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Le point de vue de Léonce Lebrun  

 

Le populisme

 

L’étranger qui débarque  ne sait pas où se situer dans ce pays ,la France, avec une telle division  disparate de sa population, allant du communautariste au dihadiste, du républicain à l’islamiste radicalisé, du gauchiste à l'ultra-droite, de l'orléaniste au bonapartiste, du terroriste au populiste...  

…bref avec un tel attelage humain peut-on parler de « vivre ensemble », un discours   habillé  de manipulation idéologique

 

Précisément parlons du populisme, un concept qui a fait son apparition dans le domaine médiatique, mettant dangereusement en scène la qualité des personnes, avec d’un côté ceux qui gouvernent et dirigent 

 

… de l'autre, la masse des citoyens  se pliant aux injonctions d’un système suivant la couverture de la démocratie

 

Mais dès qu’un besoin  de changement se fait sentir  par des manifestations violentes, les médias affidés au Pouvoir politique, ont baptisé ce mouvement de populisme, un qualificatif  péjoratif ô combien insultant…

 

…  car il s'avère sous-entendu que le peuple n’ayant pas droit au bouleversement institutionnel, est considéré comme dépourvu d’intérêt…

 

… il lui est concédé  un droit de vote qui l’autorise à s’exprimer périodiquement en vertu des règles de la démocratie, un mode de fonctionnement que n’avait pas prévu l’auteur de l’esprit des lois…(Montesquieu)

 

… il en ressort que  comme le spécifiait en son temps un éminent homme politique disparu…

 

… le citoyen vote le Dimanche et vaquière à ses occupations le Lundi…

 

Mais ce modèle ne peut plus perdurer et exige le respect de chacune et chacun en conformité avec l'esprit républicain.

 

Car les élites aux affaires politiques depuis des lustres ont  montré leurs failles et faiblesses…

 

…En effet prenons le cas de l’Occident, avec le XXème siècle le Monde a connu  deux guerres sanglantes provoquées par les politiciens au Pouvoir...

 

...alors que ce sont les paysans et autres ouvriers au front, qui ont payé lourdement les conséquences de leurs ambitions irresponsables....

 

...que du reste en l'espèce il ne peut être exigé du citoyen un quelconque patriotisme, et l'on comprend mieux ces désertions massives des époques en cause dans les rangs de l'Armée, qu'à postériori j'approuve totalement.

 

Et depuis 1945 malgré le plus jamais ça, des peuples ont senti durement les comportements colonialistes et impérialistes des gouvernements successifs de certaines Nations de l'Occident...

 

...vis à vis des Etats de l'Ouest africain, de l'Algérie de Madagascar de l'Indochine et des territoires dits outre-mer.

 

Enfin j'observe en ce qui concerne la France, que le peuple a été volé  de sa colère de 1789… en faisant confiance à des clans antirévolutionnaires. 

 

…que depuis l’ avènement de la République  sous la domination d’une Bourgeoisie féroce et arrogante…

 

… tous les mouvements populaires ont été écrasés par la force ou la ruse.

 

Mais les soubresauts actuels entrevoient de nouvelles perspectives pour les populistes…

 

Alors, pour ces intouchables, dure sera la chute… allons nous vers le crépuscule des dieux...

 

...en tout cas ces personnages devraient retenir que les cimetières sont remplis de gans indispensables ( Clémenceau)

 

Le colonialisme

 

 

 

Le colonialisme est une doctrine ou une idéologie justifiant la colonisation entendue comme l'extension de la souveraineté d'un État étranger sur des territoires situés en dehors de ses frontières nationales. 

 

 La notion intellectuelle du colonialisme est cependant souvent confondue avec la pratique même de la colonisation étant donné que l'extension de sa souveraineté par un État implique dans les deux cas la domination politique et l'exploitation économique du territoire annexé . 

 

L'idéologie colonialiste a été développée durant la seconde partie du XIXe siècle par le mouvement colonial dans la plupart des États européens. 

 

 Elle était fondée sur la notion d'impérialisme et tentait de donner un fonds de doctrine politique à la nouvelle vague de colonisation. 

 

 Elle s'est appuyée sur la doctrine juridique élaborée depuis le XVIe siècle qui justifiait l'occupation de territoires sans maître ou non constitués sous forme d'État comme mode légal d'acquisition. 

 

Elle s'est concrétisée par la mise en place d'une administration politique, militaire et économique de ce territoire, dirigée par les représentants du pays colonisateur et imposée à une population locale. 

 

Autrefois symbole de la puissance militaire et économique des peuples qui le pratiquaient, le colonialisme a été finalement reconnu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale comme une relation inégalitaire s'opposant au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes . 

 

Le colonialisme, au sens actuel du terme a été pratiqué notamment sous la Grèce antique et sous l'Empire romain, puis par les pays européens suite aux grandes découvertes entre le XVIe siècle, et la Première Guerre mondiale. 

 

 Il a également été pratiqué dans les pays d'Asie, notamment au XXe siècle , expansionnisme de l'Empire du Japon en Mandchourie ou de la Chine au Tibet  

Le mot même de colonialisme fait son apparition au XIXe siècle au Royaume-Uni  et entre dans le dictionnaire français au début du XXe siècle. 

 

 D'abord assez neutre, l'apparition d'un autre néologisme anticolonialisme  contribue à amplifier le débat d'idées autour de ces notions. 

 

 Après la Seconde Guerre mondiale, il prend une coloration négative alors que la vague d'émancipation des colonies , ou décolonisation , débute en 1947 en Inde et se poursuit principalement tout au long des années 1950 et 60. 

 

Divers scénarios seront parfois construits par la suite pour pérenniser une certaine tutelle économique des pays colonisateurs. 

 

 Le terme de néocolonialisme est alors forgé vers 1960 pour désigner cette nouvelle phase. 

 

Apparition du terme 

Le Dictionnaire historique de la langue française d'Alain Rey note que les mots colonialisme et colonialiste apparaissent respectivement en 1902 et 1903.

D'abord assez neutres ils prennent rapidement de l'ampleur dans le débat d'idées, comme l'atteste l'apparition du terme anticolonialisme en 1903.

 Ces différents mots nouveaux sont très liés, note Alain Rey, à impérialisme et impérialiste. Le terme de néocolonialisme est forgé aux alentours de 1960. 

 

Aspects juridiques 

De tout temps, les États ont été animés d'une obsession territoriale. 

La colonisation de territoires par des États ou des peuples était à l'origine une pratique d'annexion pure et simple faite par des peuples conquérants pour accroître leur espace vital.  

 

Le terme de colonisation ne distinguait pas si le fait considéré était celui d'un peuple ou d'un État constitué. 

 

Le droit international public a été profondément marqué par l'expansionnisme des puissances occidentales tel qu'il s'est manifesté à partir de l'époque des grandes découvertes , XVe-XVIe siècle et lors de la seconde vague d'expansion coloniale , XIXe-XXe siècle. 

 

 C'est à l'occasion de l'exploration et l'annexion des terres lointaines par les États européens à partir du XVe siècle qu'a commencé à se poser juridiquement le statut de ces territoires et des personnes qui y vivaient. 

 

 C'est au XVIe siècle que la colonisation est juridiquement définie comme une politique d'expansion pratiquée par certains États à l'égard de peuples moins développés obligés d'accepter des liens plus ou moins étroits de dépendance. 

C'est d'abord au statut des personnes vivant sur ces territoires que la doctrine s'intéresse. 

 

 Le théologien franciscain Francisco de Vitoria 1480-1546 est le premier ainsi à défendre le principe d'une obligation juridique et morale pesant sur le colonisateur européen vis-à-vis des personnes vivant sur les territoires qu'ils annexent. 

 

Le statut des territoires annexés est vite aussi l'objet de débats doctrinaires qui aboutissent d'abord à l'idée générale que l'occupation est un mode légal d'acquisition de territoires sans maître signifiant que le seul fait d'avoir pris possession peut conférer des droits sur le territoire. 

 

 Cette doctrine favorisant la priorité de la découverte, développée notamment par Grotius et ses successeurs, est ensuite complétée par une jurisprudence internationale, puis plus tard consacrée par le traité de Westphalie sur la définition de l'État et de la souveraineté de celui-ci concrétisée par son pouvoir absolu sur un territoire .

 Accessoirement, cette souveraineté s'étend non seulement au territoire, sur le peuple qui y vit mais aussi sur la mer territoriale. 

 

 Par conséquent, les territoires non constitués sous forme d'État sont considérés sans maître, libres d'être annexés et tout territoire dépendant d'un État ne possède aucune personnalité juridique distincte de cet État. 

 

 En pratique, la notion de territoire sans maître manifestait souvent une négation des droits des populations indigènes comme de l'identité étatique des formes d'organisation sociale rencontrées par les diverses vagues de colonisateurs . 

 

Ainsi, lors de la conférence de Berlin en 1884 sur le partage de l'Afrique  entre les grandes puissances européennes, l'acte général du 26 février 1885 fondant le droit positif moderne en la matière ... 

 

...Définissait l'opposabilité aux autres États de l'occupation de territoires par les notions d'effectivité , installation sur place de l'État disposant d'une autorité suffisante pour assurer l'ordre et la liberté commerciale et la notification ,mesure de publicité adressée aux autres puissances. 

 

Sur cette base, en Afrique, les puissances européennes reconnurent l'existence de quatre États indépendants tels que définis structurellement pouvant échapper à la convoitise des États européens . 

 

Durant le XIXe siècle, les pays européens se lancèrent dans une nouvelle vague de colonisation poussée par la nécessité d'une expansion économique hors d'Europe et la quête de marchés commerciaux et de matières premières pour une industrie récente et en expansion. 

 

Quand le terme de colonialisme apparaît alors dans le sens de projection de l'État souverain sur un autre territoire... 

 

... Il n'est plus juridiquement qu'une application de toute la doctrine antérieure consacrée su la définition de l'État ,un territoire, un peuple, un gouvernement ayant le pouvoir de contrainte, de la souveraineté de celui-ci et de son territoire. 

 Le terme visait alors à donner des motivations ou des justifications de l'extension territoriale entrepris hors de ses frontières nationales .

Aspects politiques  

L'idéologie colonialiste qui a abouti au colonialisme a été développée durant la seconde partie du XIXe siècle dans la plupart des États européens. 

 

 Elle était fondée sur la notion d'impérialisme et tentait de donner un fonds de doctrine politique à la nouvelle vague de colonisation. 

 

Les possessions coloniales que la France détenait au début des années 1870 étaient maigres et dispersées. Elles ne résultaient pas d'une politique globale cohérente d'expansion. 

 

 Cependant, des écrivains français comme Alexis de Tocqueville commençaient à exposer les perspectives d'avenir qu'offrait une colonisation cohérente en comparant les ressources de l'Algérie à celles des Indes Britanniques. 

 

 En fait la France tout comme l'Allemagne n'avait pas à ce moment de vocations coloniales ni d'idéologie coloniale, la première étant traumatisée par l'amputation de l'Alsace-Lorraine par la seconde .

À partir de 1870, deux groupes de pression, la marine et les géographes, allaient s'employer à définir une doctrine politique cohérente favorable à la colonisation . 

 

 Alors que l'école maritime soulignait la vocation ultramarine de la France, les géographes élaboraient la doctrine coloniale propageant l'idée que la France devait participer à la grande aventure d'outre-mer. 

 

 L'économiste Paul Leroy-Beaulieu 1843-1916 devint à ce moment le grand théoricien du colonialisme français . 

 

 Sa doctrine reposait sur une nouvelle approche de la colonisation qui reposerait non sur une émigration seulement des hommes mais aussi des capitaux. 

 

 Elle était non seulement un palliatif à la perte de l'Alsace-Lorraine mais une exhortation patriotique et nationaliste. 

 

 Un peuple qui veut conserver sa vitalité doit s'étendre et essaimer. Le Royaume-Uni, les États-Unis, la Russie et même la Chine s'étaient engagées dans cette voie, l'avenir de la France était outre-mer.

 Le message fut particulièrement bien reçu par les hommes politiques comme Jules Ferry et Léon Gambetta davantage que par les capitalistes et les libéraux. 

 

 C'est ainsi essentiellement qu'entre 1870 et 1914, la France se constituait un empire colonial gigantesque, le deuxième du monde après celui de la Grande-Bretagne. 

 

En Allemagne, le même débat avait lieu. Les deux pères spirituels du colonialisme allemand sont un avocat Wilhelm Hubbe-Schleiden 1847-1900 et un pasteur, Friedrich Fabri ,1824-1891

  

Ce dernier pose comme principe que le colonialisme est une source de prospérité et permettrait d'écouler l'excédent démographique allemand.

Wilhelm Hubbe-Schleiden est lui un impérialiste revendiqué qui évoque la perspective d'un monde dominé par quelques empires gigantesques. Sa vision du colonialisme est essentiellement politique et nationaliste  

 

 A cette époque, l'Allemagne n'est encore qu'un empire continental et Bismarck est peu enclin à favoriser une expansion outre-mer.

 

 Le mouvement colonial allemand va rapidement s'étendre sur la base des idées de Wilhelm Hubbe-Schleiden et être développé par des universitaires tels que Sybel, Schmoller et Heinrich von Treitschke. 

 

 En 1882, l'association Kolonialverien était fondée pour défendre la vision de l'importance économique de la colonisation et participer à la conversion de Bismark au colonialisme. 

 

 C'est en effet ce dernier qui allait finalement apporter à l'Allemagne 99 % de ses colonies. 

 

Le plus grand empire colonial n'en reste pas moins celui de la Grande-Bretagne. Au début du XIXe siècle, la suprématie britannique sur le plan colonial, maritime et commercial était déjà totale. 

 

 Alors que le continent européen se déchirait, la vitalité du Royaume-Uni se manifestait dans la croissance de sa prospérité, le dynamisme de sa population et l'expansion de son économie.  

 

Chaque colonie était un débouché commercial de la Couronne ou une place forte stratégique lié au commerce maritime. 

 

 La prospérité britannique et l'organisation de ses colonies étaient devenus un exemple à suivre pour les théoriciens du colonialisme allemand et français, tous admiratifs d'une société britannique stable où l'élite sociale et politique légitime sa position... 

 

... En admettant progressivement en son sein de nouvelles catégories sociales et en élargissant le monde politique par le biais d'une extension graduelle du droit de vote.  

 

L'expansion coloniale de la Grande-Bretagne n'a pas été cependant une expansion purement politique comme celle de la France ni économique comme celle de l'Allemagne.  

 

Elle fut l'expansion d'une société toute entière . C'est pourquoi on parle davantage d'impérialisme que de colonialisme à propos de la Grande-Bretagne. 

 

 En 1868, Charles Dilke, un homme politique libéral progressiste, se fit l'apôtre d'une nouvelle conception de l'impérialisme qui ne serait plus basé sur le libre-échange  et qu'il appela colonialisme, en fait un vibrant éloge de la race anglo-saxonne . 

 

Influencé par le darwinisme social, des historiens s'emparent du concept et, tel George McCall Theal, avancent des définitions personnelles et subjectives, qui sont tout autant dénuées de fondement juridique, pour en faire un triomphe du progrès sur les races moins avancées .  

 

En 1884, John Robert Seeley, professeur d'histoire nouvelle à Cambridge, reprend la notion pour en faire cette fois un plaidoyer en faveur de la consolidation de l'unité de l'Empire colonial britannique, uni sous la couronne du monarque britannique . 

 

 À ses yeux, cette consolidation est vitale à mesure que les empires s'agrandissent. En 1886, l'historien James Froude , 1818–1894 publie Oceana, le premier plaidoyer en faveur de la constitution d'un Commonwealth britannique des nations. 

 

 Enfin, c'est Rudyard Kipling qui, au travers de ses œuvres, fait le plus grand éloge du colonialisme dans sa version de l'impérialisme britannique. 

 

Les motivations de la colonisation  

Les motivations ici exposées ne sont pas présentes dans toutes les formes de colonialisme, et quand elles le sont, toutes n'ont bien entendu pas la même importance selon les pays et les époques concernés.  

 

De plus, le fait qu'une motivation soit présente dans un projet colonialiste ne signifie pas qu'elle se soit traduite dans la réalité, ni que les opérations menées aient apporté le bénéfice qu'on en attendait , le colonialisme a souvent déçu ses promoteurs, notamment sur le plan économique ou politique. 

 

Motivations économiques 

      S'emparer des richesses d'un pays, et assurer l'approvisionnement en matières premières ,ex.  Amérique latine, Afrique, Asie du Sud.  

 

-Coloniser, c'est se mettre en rapport avec des pays neufs, pour profiter des ressources de toute nature de ces pays, les mettre en valeur dans l'intérêt national, et en même temps apporter aux peuplades primitives qui en sont privées... 

 

...Les avantages de la culture intellectuelle, sociale, scientifique, morale, artistique, littéraire, commerciale et industrielle, apanage des races supérieures. 

 

        Garantir des débouchés à l'industrie nationale en cas de surproduction , ex. l' Inde.  

 

Les colonies sont, pour les pays riches, un placement de capitaux des plus avantageux. 

 

 Au temps où nous sommes et dans la crise que traversent toutes les industries européennes, la fondation d’une colonie, c’est la création d’un débouché.  

 

Jules Ferry, Discours devant la Chambre des députés, 29 juillet 1885.  

        Forcer l'ouverture commerciale ,ex. , Hong Kong et guerres de l'opium.  

 

       Conquérir un espace de peuplement ,ex.  Amérique du Nord, Sibérie, Australie, États boers.  

 

       Contrôler les routes commerciales , ex. , îles britanniques dans les océans Atlantique ou Indien, Empire portugais.  

         Contrôler la traite négrière ,ex. Sao Tomé.

 

Motivations stratégiques  

      Empêcher l'expansion de puissances concurrentes ,ex.  la France en Amérique du Nord, Conférence de Berlin en 1885, Maroc.

 

        Acquérir ou améliorer une position stratégique , ex.  Djibouti, Colonie du Cap, Singapour.  

 

     Assurer la sécurité de la navigation maritime en supprimant un foyer de piraterie , Afrique du Nord.  

 

Motivations idéologiques 

     Augmenter la puissance et le prestige de la nation , ex. ,  empires coloniaux français, italien, allemand, russe, britannique.  

 

-Messieurs, dans l’Europe telle qu’elle est faite, dans cette concurrence de tant de rivaux que nous voyons grandir autour de nous, la politique de recueillement ou d’abstention, c’est tout simplement le grand chemin de la décadence- 

 

Jules Ferry, Discours devant la Chambre des députés, 28 juillet 1885.  

Accomplir une mission civilisatrice, issue de l'humanisme des lumières ou dans un esprit positiviste , ex. Afrique, Amérique du Nord.

      Établir la domination d'une race jugée supérieure sur d'autres jugées inférieures ,idéologies raciales du XIXe siècle et du début du XXe siècle.  

 

La question des indigènes doit être résolue uniquement dans le sens de l'évolution naturelle de l'histoire universelle, c'est-à-dire que la moralité supérieure doit avoir le pas sur la civilisation inférieure. 

 

L'État moderne, en tant que puissance coloniale, commet vis-à-vis de ses sujets le plus grand des crimes, lorsque se laissant hypnotiser et dominer par de confuses idées humanitaires, il épargne aux dépens de ses propres nationaux des races nègres vouées à disparaître.

        Répandre une religion , ex. évangélisation chrétienne en Amérique latine, Afrique subsaharienne.  

 

     Interdire l'esclavage , ex. Zanzibar.  

 

Autres citations  

         Joseph Chamberlain, Discours, Ministre des colonies en 1895.  

         Georges Clemenceau, Discours devant la Chambre des Députés, 30 juillet 1885.  

   Aimé Césaire, p. 11-12 Discours sur le Colonialisme, 1950.  

·         Aimé Césaire, p. 21-22 Discours sur le Colonialisme, 1950.  

 

Histoire du colonialisme 

Colonialismes antiques et médiévaux  

L'Empire romain  

Les colonies romaines étaient des établissements créés par l’État romain et destinés au contrôle d’un territoire récemment conquis, à la différence des colonies puniques, comptoirs commerciaux, ou des colonies grecques, colonies de peuplement.

 Elles mêlent dans le même cadre urbain, religieux et institutionnel, les citoyens romains et les autochtones vaincus, esclaves, affranchis et pérégrins. 

 

 D’abord garnisons militaires au IVe siècle av. J.-C. elles deviennent des colonies de peuplement offrant des terres aux prolétaires à partir du IIIe siècle, et aux vétérans démobilisés à partir de Sylla, qui leur offre les terres confisquées aux proscrits. 

 

La colonisation arabe  

Déclenchée par Mahomet et ses successeurs contre le monde non musulman, sous le nom de Djihad , guerre sainte, la conquête arabe s'est développée avec succès contre les territoires chrétiens Moyen-Orient... 

 

...Afrique du nord, Espagne et Gaule franque et païen ou animiste Afrique noire, Asie centrale et Sud-est asiatique. Les peuples colonisés sont soumis au statut du dhimmi. 

 

Les États latins du Levant  

Les États latins du Levant sont formés au Proche-Orient, lors des croisades chrétiennes, dont la première, suite à l'appel du pape Urbain II, aboutit à la prise de Jérusalem par l'armée de Godefroy de Bouillon en 1099. 

 

 À leur apogée, ils s'étendent du Sud-Est de la Turquie actuelle à la Palestine, en passant par le littoral syrien et libanais, territoires conquis sur les Turcs seldjoukides ou les Fatimides. 

 

 Quatre États, reproduisant le système féodal occidental, sont constitués ,le Comté d'Édesse ,1098-1144, la Principauté d'Antioche , 1098-1258, le Comté de Tripoli , 1102-1289 et le Royaume de Jérusalem , 1099 -1291. 

 

 Les croisés sont essentiellement français, provençaux, italiens, allemands et anglais. Certains d'entre eux donnent naissance à des ordres de moines-soldats puissants , Templiers, Hospitaliers, Teutoniques. 

 

Les chrétiens qui s'installent alors au Levant restent numériquement très faibles. Ce sont surtout des nobles sans terre acquérant des domaines fonciers, ou des marchands installés dans les villes côtières. 

 

 Les sociétés chrétiennes et musulmanes parviennent à cohabiter pacifiquement dans ces États, et les échanges commerciaux ou culturels se développent. 

 

Toutefois, elles restent distinctement séparées, les métissages demeurant rares, et la pression militaire extérieure est constante. Le chef guerrier kurde Saladin chasse les croisés de Jérusalem une première fois en 1167, et la dernière ville, Acre, est évacuée en 1291. 

 

 Entre temps, la Quatrième croisade a été détournée en 1204 par les Vénitiens vers Constantinople, capitale de l'Empire byzantin et des chrétiens orthodoxes. 

 

 Les croisés fondent de nouveaux États en Grèce et en Asie Mineure, ainsi que l'Empire latin de Constantinople, qui résiste à la reconquête byzantine jusqu'en 1261. 

 

Les Croisades , ou la Reconquista espagnole, également dirigée contre les musulmans ont aussi été une source d'inspiration lors des mouvements de colonisation européens ultérieurs, notamment dans le Nouveau Monde. 

 

Le Drang nach Osten  

Le Drang nach Osten  poussée vers l'Esten allemand est un mouvement colonial germanique initié par le saint empereur romain germanique Frédéric II Hohenstaufen dans la première moitié du XIIIe siècle.

 Il se traduit par un mouvement de colons allemands vers des terres slaves et souvent païennes. 

 

 L'ordre des chevaliers Teutoniques, créé lors des Croisades, fondateur d'un État dans les Pays baltes, est un aspect de ce colonialisme, jusqu'à leur défaite à Tannenberg, en 1410. 

 

 Évangélisant les régions païennes avec une extrême brutalité, ces moines-soldats ont permis l'installation de colons allemands dans ce qui deviendra plus tard la Prusse. 

 

Un peuplement germanique s'est répandu plus pacifiquement dans plusieurs régions de l'Europe centrale, par l'installation de paysans, de marchands et d'artisans. 

 

 Elle se poursuit plus faiblement, jusqu'au XVIIIe siècle, notamment dans le cadre de l'Empire d'Autriche-Hongrie.

 

Les Allemands deviennent majoritaires dans des régions de Tchéquie Sudètes ou de Pologne Silésie, Poméranie.  

 

Dans ces deux dernières régions, la politique de germanisation, se traduisant par l'usage obligatoire de la langue allemande et la domination foncière des nobles prussiens , junkers, a été pratiquée au XIXe siècle par le royaume de Prusse, puis le Deuxième Reich.

 Les Allemands constituent également des communautés importantes en Transylvanie, Hongrie, ex-Yougoslavie ou dans les Pays baltes. 

La quasi-totalité de ces populations, dont la présence avait servi de prétexte aux doctrines pangermanistes, a été expulsée à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le colonialisme à l'Époque moderneXV– XVIIIe siècles  

Les Grandes Découvertes  

Les Grandes découvertes XVè XVIè siècle marquent le début de l’expansion européenne outre-mer et de la domination de l’Occident sur le monde. 

 

 Plusieurs facteurs ont contribué au moteur initial de cet essor ,des avancées technologiques, les expériences accumulées de la navigation sur l’Atlantique, la persistance d’un esprit de croisades. 

 

La recherche d’une route menant aux richesses de l’Asie en évitant à la fois le monde musulman et le monopole vénitien sur le commerce des épices, un certain dynamisme démographique, la formation de pouvoirs étatiques forts, ou encore l’émergence d’un modèle capitaliste moderne. 

 

En mai 1493, le pape Alexandre Borgia promulgue la bulle Inter Coetera, modifiée par le traité de Tordesillas, partageant le monde à découvrir entre la Castille , hémisphère Ouest, les Amériques et le Portugal hémisphère Est, l'Afrique et l'Asie.  

Ces arrangements, tout en légitimant les futures conquêtes au nom de la chrétienté, permettaient aussi d'éviter un affrontement direct entre les deux puissances ibériques. 

 

L'expansion portugaise  

Les explorations portugaises sont initiées par le prince Henri le Navigateur, gouverneur de l'Ordre du Christ héritier portugais de l'Ordre du Temple, au début du XVe siècle. 

 

 La recherche de ressources est alors autant une motivation que l'esprit de découverte. 

 

 Étape par étape, les Portugais contournent le continent africain pour atteindre les Indes, sous-continent aux richesses convoitées, avec lequel les contacts commerciaux terrestres ont été rompus depuis que les Turcs ottoman se sont emparés de Constantinople en 1453.

En 1488, le cap de Bonne-Espérance est atteint, et en 1499, Vasco de Gama revient de son périple vers les Indes avec une cargaison de poivre. 

 

Entre temps, les Portugais se sont installés dans des archipels atlantiques vierges  Açores, Madère, Cap-Vert. 

 

 En exploitant ces territoires, ils développent un système économique colonial moderne, avec des cultures exotiques, canne à sucre, le début de la traite négrière européenne , à partir des années 1440, et des investissements capitalistes élevés pour l'époque.

 Des contacts commerciaux sont établis avec les populations côtières africaines , pour acquérir esclaves, or ou ivoire, et quelques comptoirs sont alors établis, dont le plus important est celui d'Elmina ,actuel Ghana, fondé en 1482.

 Les Portugais considèrent le commerce et la navigation dans ces zones comme leur monopole absolu et répriment violemment les incursions des navires des autres pays européens. 

 

Dans la première moitié du XVIe siècle, les Portugais assurent le contrôle de l'océan Indien, après avoir vaincu les flottes des États musulmans, en établissant une série de comptoir fortifiés...

 

...Du Mozambique aux Moluques en passant par la Côte de Malabar , Cochin, Goa. Cette expansion est motivée par le commerce très lucratif des épices , poivre, clous de girofle, noix de muscade, cannelle. 

 

Au Brésil, découvert officiellement par Pedro Alvares Cabral en 1500, les premiers établissements permanents datent des années 1530.  

 

Plusieurs vagues pionnières successives liées à l'exploitation d'une ressource , canne à sucre, or, café, bétail,  accompagnent jusqu'à nos jours l'expansion territoriale. 

 

 La conquête de l'intérieur du pays est essentiellement le fait d'expéditions des habitants des établissements côtiers , bandeirantes, le plus souvent métis et relativement autonomes vis-à-vis de L'Europe. 

 

Le déclin de l'empire colonial portugais est inévitable, compte tenu des limites démographiques , un million d'habitants et économiques de la métropole par rapport à l'étendue de son empire.

 

De 1580 à 1640, le Portugal est annexé à la couronne d'Espagne, et les Hollandais nouvellement indépendants en profitent pour s'emparer de nombreux comptoirs et colonies portugais. Jusqu'en 1822, le Brésil est la principale colonie d'un Portugal sous influence britannique.

 Ensuite, les possessions africaines , Angola, Mozambique, Guinée-Bissau sont développées. Dans les années 1960, la dictature de Salazar tente vainement de les préserver malgré des guerres d'indépendance, qui s'achèvent en 1975, après la Révolution des œillets. 

 

L'expansion espagnole  

La première étape de l'expansion espagnole outre-mer a été les îles Canaries. Attribuées lors du traité d’Alcáçovas contre les Portugais en 1479, elles sont conquises en 1491-1496, entraînant l'extermination du peuple autochtone, les Guanches. 

 

Le royaume de Castille ne s'investit dans l'expansion dans l'océan Atlantique que lorsque la Reconquista contre les musulmans d'Espagne est achevée, après la chute de l'Émirat de Grenade en janvier 1492. 

 

Après un refus du roi du Portugal, le Génois Christophe Colomb arrive à convaincre les Rois catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon, de financer une expédition qui doit permettre d'atteindre les Indes et ses richesses par l'Ouest. 

 

 En octobre 1492, Colomb atteint l'île de San Salvador , Bahamas, puis fonde le premier établissement colonial du Nouveau Monde à Hispaniola. 

 

 Il est nommé vice-roi des Indes , 1493- 1500,  par les rois espagnols avec des privilèges très importants  son gouvernement se révèle désastreux, pour les colons qui s'affrontent entre eux, mais surtout pour les autochtones d'Hispaniola dont la population s'effondre du fait des exactions des conquérants. 

 

 Au cours de trois autres voyages jusqu'en 1504, Christophe Colomb explore les Antilles et le littoral de l'Amérique centrale, mais c'est à un autre Génois, Amerigo Vespucci qu'est attribuée, en 1507, la découverte d'un nouveau continent, l'Amérique, après trois voyages entre 1499 et 1504. 

 

La conquête du Nouveau Monde par les conquistadors est rapide. En 1511, la Caraïbe, Cuba, Hispaniola, Porto Rico sont conquises. 

 

 Certaines légendes, notamment celle de l'Eldorado, poussent des aventuriers souvent issus de la petite noblesse castillane pauvre d'Estrémadure, à se risquer dans de périlleuses, lointaines et fréquemment mortelles expéditions. 

 

C'est avec quelques centaines d'hommes qu'Hernán Cortés conquiert le Mexique sur les Aztèques en 1519-1521, et que Francisco Pizarro conquiert le Pérou sur les Incas en 1532-1534. 

 

 La supériorité technologique et l'audace des Espagnols, ainsi que la démoralisation , à laquelle participent des croyances comme le mythe de Quetzalcoatl et les divisions des Amérindiens ont permis ces conquêtes exceptionnelles. 

 

À partir du Mexique, les Espagnols colonisent les Philippines , années 1560, où ils se heurtent aux limites orientales de l'Empire colonial portugais.

En 1503, les autorités castillanes créent, à Séville, la Casa de Contratación, un organisme chargé de réglementer le trafic entre l'Espagne et les nouvelles colonies. 

 

 Il est chargé de prélever une taxe correspondant au cinquième du commerce avec le Nouveau Monde , Quinto Real et de collecter les informations sur les découvertes des explorateurs.

 En 1524, le Conseil des Indes , Consejo de Indias est doté du pouvoir d'administration, relayé sur place par onze audiencias , tribunaux, la première ayant été établie à Saint-Domingue en 1511.


Les colons espagnols s'enrichissent avec le système de l'encomienda , droits de seigneurie sur les communautés indiennes.
 

 

 Les grandes propriétés agricoles , latifundia se développent surtout à partir du XVIIe siècle. Parallèlement, l'Espagne exploite intensivement les riches gisements d'or , en Colombie et d'argent , Zacatecas au Mexique, Potosí en Bolivie. 

 

Le coût humain de cette expansion est très lourd. La population amérindienne s'effondre, passant d'environ 80 millions d'habitants au début du XVIe siècle à environ 12 millions cent ans plus tard.

 Les massacres, le travail forcé, les déportations, la déstructuration des sociétés indigènes, et surtout les maladies amenées par les Européens sont responsables de ce désastre. 

 

Les exactions des conquistadors espagnols ont été dénoncée à l'époque par le moine dominicain Bartolomé de Las Casas. 

 

 En 1550, lors de la controverse de Valladolid qui l'oppose au théologien Juan Ginés de Sepúlveda, il parvient à imposer l'idée que les Amérindiens ont une âme. 

 Le roi d'Espagne Charles Quint avait par ailleurs commencé à restreindre le système de l'encomienda. 

 

Au XVIIe siècle, les Jésuites établissent des missions ou Reducciones, notamment au Paraguay avec les Guaranis, en Bolivie, au Pérou ou au Brésil. Ce sont de véritables petites républiques, dont le but est d'évangéliser les Amérindiens. 

 

 Pour ce faire, les Jésuites reproduisent l'organisation des villes espagnoles, mais s'adaptent au mode de vie et accueillent les Amérindiens qui fuient l'esclavage.  

 

Leur présence irrite donc fortement les colons, qui à force d'intrigues parviennent à les faire interdire par le pape, l'Espagne et le Portugal dans les années 1750-1760. 

 

La forte baisse démographique des Amérindiens a pour conséquence de priver les colons d'une majeure partie de leur main d'œuvre. Les Espagnols se tournent alors vers la Traite des Nègres, pratiquée par les Portugais.

Malgré les mauvais traitements infligés aux Amérindiens et aux Nègres, l'Amérique latine, y compris le Brésil portugais, devient un exemple unique de société coloniale métissée. 

 

Le déclin de la puissance coloniale espagnole est perceptible dès le début du XVIIe siècle, malgré , ou à cause de,  la domination militaire en Europe et le développement de colonies de peuplement. 

 

 La politique d'accumulation de métaux précieux, aussitôt dépensés pour honorer les dettes envers les fournisseurs et banquiers d'Allemagne , Fugger, Welser ou d'Italie , banquiers génois, ne favorise pas le développement de la métropole. 

 

 Celle-ci, non seulement pâtit du manque d'investissement qui se conjugue à une forte inflation, mais a aussi tendance à se dépeupler au bénéfice du Nouveau Monde. 

 

 Le choix d'une domination à la fois outre-mer et en Europe , contre les protestants, en Italie et aux Pays-Bas engendre de coûteuses dépenses militaires. En 1627, l'Espagne ne peut éviter une banqueroute.

La domination économique de l'Europe mécontente les élites créoles , blancs nés dans les colonies. 

 

 À l'instar de Simón Bolívar, elles s'inspirent de la Révolution française, et profitent de l'occupation de l'Espagne par Napoléon 1er en 1808 pour proclamer l'indépendance des pays d'Amérique latine.

Celles-ci interviennent malgré la répression espagnole et après plusieurs affrontements militaires, entre 1811 et 1825.

En 1898, au cours de la guerre hispano-américaine, l'impérialisme des États-Unis agresse l'empire colonial espagnol, qui perd Cuba, Porto Rico et les Philippines. 

 

L'Espagne ne contrôle plus que quelques possessions africaines, dont le Rif marocain, acquis au début du XXe siècle, et conservée au prix de sanglantes luttes anti-guérilla contre Abd el-Krim, en 1921-1926, avec l'aide de troupes françaises commandées par le maréchal Pétain.

 Le Maroc espagnol est après les Canaries, la première base de l'insurrection franquiste en juillet 1936, et pourvoie des troupes , les Maures, et les troupes coloniales, les Banderas del Tercio ou légion étrangère, dont l'usage se révèle décisif dans la guerre d'Espagne. 

 

 Cette colonie est rétrocédée au Maroc en 1956, mais Ceuta et Melilla restent espagnoles. 

En 1975, après la mort de Franco, l'Espagne quitte le Sahara occidental. 

 

L'expansion mercantiliste 

Entre les XVIe et XVIIIe siècles, la pensée économique mercantiliste se développe en Europe. Cette théorie préconise un enrichissement national grâce au développement du commerce extérieur combiné à un rôle protectionniste de l’État qui encourage les exportations. 

 

Allant à l’encontre de l’influence de l’Église catholique qui reprouvait l’enrichissement et les mécanismes inhérents au capitalisme comme le prêt , banalisé par les banquiers italiens et allemands de la Renaissance, les souverains européens ont comme objectif d’accumuler un maximum de métaux précieux , or, argent. 

 

Le mercantilisme s’est décliné en plusieurs variantes selon les pays. Le mercantilisme espagnol , bullionisme se concentre sur l’accumulation de métaux précieux , le mercantilisme français , colbertisme est davantage tourné vers l’industrialisation ,  et le mercantilisme anglais ou hollandais , commercialisme est plus ouvert sur le commerce extérieur. 

 

Cette période est également caractérisée par l'économie du commerce triangulaire, pratiquée tant par la France que par l'Angleterre et les Pays-Bas, dès le début du XVIIe siècle.

Ces puissances maritimes , pouvoir étatique et armateurs cherchent à s'établir, à la suite de l'Espagne dans le Nouveau Monde, en particulier dans la Caraïbe, qui rapportent à l'Europe d'important revenus grâce à des cultures d'exportation , sucre, café, indigo. 

 

 Les colonies du Nouveau Monde sont exploitées grâce à une main d'œuvre esclavagisée prélevée sur le littoral africain où s'établissent les négriers européens. À la même période, des comptoirs commencent à se développer en Amérique du Nord et aux Indes. 

 

Les Néerlandais  

L'expansion coloniale néerlandaise , fruit de l'activité mercantile soutenue de la Hollande et de la Zélande trouve son origine dans l'annexion du Portugal par l'Espagne , 1580-1640 et la déclaration d'indépendance des Provinces-Unies vis-à-vis de l'Espagne 1581. 

 

 La jeune nation néerlandaise développe alors une flotte, qui à partir de sa base de Flessingue, attaque les convois espagnols se rendant à Anvers. 

 

 Elle s'empare également de nombreuses possessions portugaises très mal défendues ,  Elmina, São Tomé, Cochin, Colombo, Malacca, Bantam, Amboine, Pernambouc, Bahia. Cette expansion se nourrit également du déclin espagnol.

Les Hollandais font preuve d'un grand dynamisme commercial et l'initiative individuelle est encouragée. La Compagnie hollandaise des Indes orientales , Vereenigde Oostindische Compagnie, qui obtient un monopole commercial avec les Indes, est créé en 1602. 

 

 La Wisselbank d'Amsterdam, qui détient un monopole des changes, est fondée en 1609. La capitale hollandaise devient le centre international des métaux précieux et le plus grand marché de capitaux.

 

 La Compagnie hollandaise des Indes occidentales , West-Indische Compagnie ou tout simplement WIC, qui obtient un monopole commercial avec les Amériques, est créé en 1621.

La Nouvelle-Amsterdam , future New York,  est fondée en 1626 par la WIC cherchant à établir des comptoirs pour le commerce de la fourrure. 

 

 Elle devient le principal établissement d'une région appelée Nouvelle-Néerlande , Nieuw-Nederland, correspondant à la vallée du Hudson entre les actuels Delaware et Connecticut.  

 

Pour le compte de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, Peter Stuyvesant développe et fortifie la colonie entre 1647 et 1664. 

 

En Amérique du Sud, les Néerlandais s'installent sur la Côte sauvage à partir de 1616 et dans les îles néerlandaises, à partir de 1634. 

 

 Elle conquiert des territoires au Brésil à partir de 1624, entre le Sergipe et Maranhão et les baptise Nouvelle-Hollande, récupérée par les Portugais en 1654 avec la chute de Recife. 

 

En 1652, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, fonde la Le Cap en Afrique du Sud , colonie du Cap à partir de 1791. 

 

 Dans les Indes orientales , future Indonésie, les Hollandais après s'être installés à Bantam, sur l'île de Java, en 1596, et à Amboine en 1605, fondent Batavia ,future Djakarta en 1619, et prennent possession de Malacca en 1641.  

 

Plus au nord, ils s'installent à Formose , future Taïwan en 1624 avant d'être délogés par les Chinois en 1662. Au Japon, après des premiers contacts avec les Portugais, le shogun avait refusé, vers 1590, l'accès au pays aux commerçants européens, craignant les prémices d'une invasion militaire. 

 

 Les Néerlandais sont par la suite les seuls Occidentaux à obtenir, en 1641, un comptoir à Nagasaki. En 1658, les Néerlandais s'implantent à Ceylan. Au milieu du XVIIe siècle, la Compagnie hollandaise des Indes orientales est la plus riche compagnie mondiale. 

 

Le déclin de l'empire maritime et commercial néerlandais est consécutif à l'essor des concurrents anglais et français à la toute fin du XVIIe siècle. 

 

 La Compagnie des Indes occidentales, après la perte des Nouveaux Pays-Bas par les Anglais en 1664 , et une seconde fois en 1674, réduisit ses activités principalement à la traite négrière depuis Curaçao et Saint-Eustache, mais en vain elle fut liquidée par les États généraux en 1674 et refondée sur de nouvelles assises. 

 

 La nouvelle Compagnie des Indes Occidentales perdura jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, ainsi les territoires coloniaux néerlandais ne furent définitivement administrés directement par l'État qu'à partir de 1791. 

 

 En Orient, les Néerlandais conservent les Indes orientales mais cèdent Ceylan, ainsi que la Colonie du Cap aux Britanniques au cours des guerres napoléoniennes. 

 

Les Britanniques  

L'expansion outre-mer de l'Angleterre démarre sous le règne de la reine Élizabeth Ire , 1558-1603, bien que l'explorateur vénitien John Cabot ait déjà atteint, en 1497, pour le compte de Henry VII, l'Amérique du Nord, en redécouvrant Terre- Neuve. 

 

 Le même roi avait aussi donné une impulsion décisive à l'essor de la marine marchande anglaise, qui continua à exploiter des liens avec l'Europe continentale développés par le commerce de la laine. 

 

En 1577-1580, le corsaire Francis Drake réalise le deuxième tour du monde. L'invincible Armada est anéantie en 1588, mettant ainsi fin à l'hégémonie navale de l'Espagne. 

 

 L'implantation coloniale en Amérique du Nord est tentée une première fois par Walter Raleigh en Virginie en 1584, avant d'être réussie de manière permanente dans la même région par John Smith en 1607.

 Les pèlerins puritains du Mayflower, qui débarquent en 1620 en Nouvelle-Angleterre , dans le Massachusetts, fuient les persécutions religieuses en Angleterre. 

 

En 1651, Oliver Cromwell promulgue le Navigation Act, qui réserve à la marine anglaise un monopole presque complet sur le commerce extérieur anglais, notamment avec les colonies américaines et antillaises en développement. 

 

 Les Anglais inaugurent ainsi un système mêlant libéralisme et protectionnisme.

En Amérique du Nord, les 13 colonies ont divers statuts. La Pennsylvanie, la Delaware et le Maryland ont été octroyés par des chartes royales à des propriétaires privés. 

 

 Dans le cas de la Pennsylvanie, ce furent des colons quakers menés par William Penn en 1681. 

 

 Le Rhode Island et le Connecticut ont été octroyés par chartes à des groupes de colons. Le New Hampshire, le Massachusetts, le New York, le New Jersey, la Virginie, la Caroline du Nord, la Caroline du Sud, et la Géorgie sont des colonies royales, propriétés de la couronne. 

 

 Ces installations se heurtent aux peuples amérindiens et sont la cause de guerres indiennes dès le XVIIe siècle. Au Canada, les Britanniques s'emparent des possessions françaises, d'abord l'Acadie , 1713, puis le Québec , 1763. 

 

La Compagnie anglaise des Indes orientales, société à action, est fondée suite à une charte royale accordée par Élizabeth Ire en 1600. En 1609, elle obtient le monopole du commerce avec les Indes orientales. 

 

 En 1612, elle commence à s'implanter dans des comptoirs en Inde, où elle installe ses manufactures, d'abord à Surat, puis à Bombay, Madras et Calcutta, qui deviennent des places fortes suite à un accord avec l'empereur Moghol Jahangir. 

 

 En 1670, le roi Charles II accorde à la Compagnie le droit d'acquérir de nouveaux territoires, de frapper monnaie, de commander des troupes armées et d'exercer la justice sur ses possessions. 

 

 Elle utilise d'une façon très efficace les divisions des princes et les jeux d'alliances pour asseoir son propre pouvoir dans une Inde où l'empire Moghol décline inexorablement. 

 

 Après la victoire de Robert Clive à la bataille de Plassey, la Compagnie prend le contrôle du Bengale, puis évince les Français à l'issue de la guerre de Sept Ans en 1763. 

 

Malgré le statut autonome et privé de la Compagnie, le Parlement britannique exerce un droit de regard sur ses possession coloniales.

 

En 1773, le Regulating Act lui impose des réformes économiques et administratives, et en 1784, une loi attribue à la couronne le gouvernement des Indes, la Compagnie conservant son monopole commercial. 

 

En Australie, le début de la colonisation britannique commence en 1788 sous la forme d'un établissement pénitencier, avec l'arrivée d'un convoi de bagnards , convicts en Nouvelle-Galles du Sud. 

 

Les Français  

L’idéologie coloniale française est un système d’idées, de conceptions et de représentations visant à promouvoir et à défendre l’idée des colonies en France, et qui fournit une interprétation globale du monde impliquant certains points de vue et engageant à des normes et des directives d’action. 

 

Les historiens considèrent qu'elle s'est construite progressivement, est née, a été validée et a existé dans des contextes particuliers, que l'on peut particulièrement rattacher aux évolutions de la France dans les relations internationales. 

 

 Il ne s'agit donc pas de connaître les développements qu'a connus la politique coloniale française, étant ici entendue comme l’ensemble des mesures et les orientations décisionnelles des autorités françaises en France en lien avec le sort de ses colonies outre-mer. 

 

Création de l’Empire colonial 

Dans la période immédiate suivant la Révolution, le traitement des questions coloniales doit notamment se comprendre par le prisme de la guerre avec la Grande-Bretagne ,et ensuite le Royaume-Uni à partir de 1793... 

 

Et la concentration de Napoléon sur l’affirmation de l’ensemble français, par l’expansion, l’extension de l’influence française hors des frontières et la proclamation de l’Empire. 

 

 S’ensuit l’idée centrale de la conception de la nature du lien entre la France et les colonies qui est alors celle de l’assimilation , les colonies sont considérées comme parties de l’empire français. 

 

 Cependant, la conception d’empire n’est pas encore celle de l’empire colonial, mais elle est liée à la politique expansionniste napoléonienne en Europe. 

 

 En réalité, outremer, la politique vis-à-vis des colonies, manifestant une  volonté d’atteindre l’Angleterre en tous les points du globe , révèle en fait un Napoléon qui se montre homme d’Ancien Régime, s’opposant à l’assimilation révolutionnaire, rétablissant l’esclavage. 

 

 La quasi-disparition du domaine colonial français , conquêtes britanniques , Canada, abandon de possessions , vente de la Louisiane en 1803,  et révoltes dans la Caraïbe, l'indépendance d’Haïti en 1804 poursuit la crise qui n’est que précipitée en 1815. 

 

 Au sortir du Congrès de Vienne, ce sont moins les amputations territoriales , qui, tant en Europe qu’outremer, ne constituent pas le souci principal ni des assemblées révolutionnaires... 

 

...Ni, après l’épisode napoléonien, de Louis XVIII que l’affaiblissement de la présence et de la puissance politique françaises, en Europe et outremer, qui donnent à la colonisation un nouveau visage, une nouvelle identité. 

 

Le territoire ,évolution d’une conception, vers l’expansionnisme impérialiste  

Alors que la colonisation française , comme la colonisation en général, était surtout axée sur des motivations mercantilistes jusqu’à la fin de la Restauration, c’est un événement déclencheur qui donne à la colonisation française une nouvelle définition... 

 

...Axée sur la promotion et le soutien à la puissance politique de l’État, et où le territoire prend une importance nouvelle , il s’agit de la prise d’Alger. 

 

La prise d’Alger et la phase de transition  

Le 4 juillet 1830, suite à trois semaines d’invasion, la prise d'Alger sous la houlette du général de Bourmont et la reddition du dey Hussein Hodja , gouverneur sous autorité ottomane nominale ne donna pas l’effet que la chancelante et très menacée monarchie de Charles X escomptait. 

 

 Elle reçoit peu l’assentiment de la population et de la classe politique, plus préoccupées par les troubles internes et les luttes de classes à l’intérieur du pays, celles-là même que l’expédition d’Alger visait en réalité à canaliser vers l’extérieur, au-delà des motifs plutôt anecdotiques de cette expédition militaire.  

 

L’expédition est lancée à cause d’un coup de manche d’éventail , ou de chasse-mouche donné par le dey au consul de France en raison d’une sombre affaire de non-paiement de cargaisons de ravitaillement datant des années 1797 à 1800. 

 

 Le dey ayant refusé d’adresser des excuses, l’expédition embarque le 23 mai 1830 avec à bord 37 000 hommes, 91 canons et 457 bâtiments navals. 

 

 Même si au plan international la conquête d’Alger et de ports côtiers menace tant symboliquement que territorialement la présence et les intérêts britanniques sur la rive méridionale de la Méditerranée. 

 

 Le Royaume-Uni, déjà engagé dans des pourparlers somme toute assez peu vigoureux avec la France en vue d’une dissuasion, et préoccupé dans les années 1830 par les menaces plus grandes à l’équilibre comme les révolutions belge, italienne et polonaise, n’accorde plus à Alger un grand intérêt diplomatique. 

 

Cette expédition se transforme après hésitations en guerre de colonisation. 

 Même si l’on doit cela à une certaine bonne grâce accordée à la France au niveau diplomatique ,des considérations d’ordre interne ont sans doute joué un rôle plus important sur le cours des événements. 

 

 Pour la monarchie de Juillet fraîchement installée, Alger constitue un legs plutôt encombrant et onéreux.  

 

L’administration des possessions françaises en Alger suscite un conflit parlementaire entre  colonistes , partisans d’une politique de prestige et d’expansion, et  anticolonistes , libéraux, opposés à l’expansion coloniale.

 La position des  colonialistes l’emporte, prévalence portée par l’affirmation d’une volonté de maintien et de développement de l’occupation française , 1833. 

 

 S’ouvre alors une période de transition où la question du territoire se pose en des termes différents l’Alger est une contrée où la France et les Français doivent s’établir et moderniser.

La pacification de la plus grande Algérie est pourtant longue et difficile. Constantine, à l’est, est prise en 1837 ,la smala du grand rebelle de l’ouest, l’émir Abd el-Kader, n’est prise, opportunément, que le 16 mai 1843 , le territoire n’est lui-même soumis que vers 1848. 

 

Si l’on ne tient pas compte des poches de résistance aux alentours de Tizi-Ouzou, pourtant voisine d’Alger, qui ne s’inclinent que vingt-sept années après cette dernière, en 1857. 

 

 Ceci dit, bien que longue et difficile, cette colonisation de l’Algérie se déroule dans un climat de transition où, de plus en plus, l’on colonise pour s’installer et développer. 

 

 Il ne s’agit plus simplement de commerce, mais la colonisation prend progressivement la forme d’une colonisation de peuplement, d’acquisition et d’établissement des territoires colonisés en tant que réelles parties de la France . 

 

C’est ce transport d’une population considérable, d’une population agricole, commerciale, industrielle c’est cette transplantation d’une population mâle et femelle, formant familles, villages et villes queconstitue la colonisation de l’Algérie.  

 

 Il s’agit de concevoir ce qu’on appellerait un lien ombilical  entre les deux rives de la Méditerranée, que l’Algérie devienne une partie intégrante de la France. 

 

 La transition voit aussi le dépérissement du vieux système colonial , les révoltes caribéennes revigorées par la nouvelle de la révolution de juillet 1830 ravivent le débat sur l’abolition de l’esclavage et conséquemment de la traite des Noirs en 1834. 

 

 Ce qui pousse à se préoccuper de la mise en valeur des colonies ,préoccupation qui prend des proportions très importantes sous la Troisième République , on commence à commercer à échelle industrielle avec les comptoirs africains ,il y a un gain d’intérêt pour l’Extrême-Orient ,ouverture de cinq ports en Chine en 1845. 

 

Le Second Empire et la phase préimpérialiste  

Si l’année 1848 évoque la complétion de l’invasion coloniale de l’Algérie, elle représente un tournant pour la politique coloniale française, et le début de la constitution du terreau de la fameuse idéologie coloniale française impérialiste. 

 

 Le coup d'État du 2 décembre et la proclamation du Second Empire par Napoléon III, alias Louis Napoléon, neveu de Napoléon Ier ouvrent une ère résolument tournée vers l’expansionnisme territorial. 

 

 Ce régime qui tripla l’étendue du domaine a sans doute écrit une page décisive de l’histoire coloniale française , écrivait encore Jean Martin en 1987. 

 

 Il faut rappeler que sur le plan des principes, l’expansionnisme du Second Empire ne fut pas toujours louable dans sa mise en pratique. 

 

 Il n’en reste pas moins que c’est en cette période que des Français, pourtant loin de mettre sur pied une politique coloniale englobante ou clairement identifiable, sous l’autorité suprême.

Car pas forcément le commandement ,d’un Napoléon III surtout intéressé par le prestige international, s’arrangent à utiliser au mieux les forces internes et moins souvent, internationales , pour mener à bien l’expansionnisme. 

 

Les missions catholiques vers l’Extrême-Orient et l’Afrique jouent un rôle important, se rendant utiles aux expéditions d’explorateurs dans les terræ incognitæ et intensifiées à partir des années 1850, et servent aussi à apaiser les relations entre Napoléon III et le parti catholique brouillés sur la question de la politique italienne. 

 

 L’idéologie des saint-simoniens influence les grandes lignes politiques de la colonisation, avec en particulier le poids de Prosper Enfantin, grand inspirateur de la politique algérienne du Second Empire. 

 

 Enfantin, d’ailleurs, et Ferdinand de Lesseps sont à l’origine du percement à partir de 1854 du canal de Suez qui s’avère être une réussite et donne à la France une influence culturelle en Égypte , une influence politique trop grande étant certainement pour déplaire aux Anglais qui néanmoins s’affaiblit dans les années 1880.

 Le support militaire se fait sans grand-peine sur le plan interne , il n’en est pas de même dans les relations entre la France et l’Allemagne bismarckienne. 

 

 Grâce au réarmement et à l’accroissement de la qualité des flottes et canonnières françaises, ainsi que grâce à la multiplication de stations navales dans quasiment toutes les régions où la France possédait des colonies. 

 

 D’habiles manœuvres entamées en 1853 permettent à Joseph Lambert, commerçant et armateur à l’île Maurice, et à ses compagnons, d’obtenir pour la France, dès 1860, une grande influence sur Madagascar , en raison de changements dans la politique malgache. 

 

Cette influence ne dure que jusqu’en 1863 , le tout dans une grande prudence de Napoléon III dans ses relations avec l’Angleterre. 

 

 L’influence française grandit aussi aux Comores grâce à un trafic négrier qui se mit en place, poussé par les besoins en main-d’œuvre , paradoxalement, des besoins occasionnés par l’abolition de l’esclavage, dans les années 1860. 

 

Cette expansion, qui n’est pas tellement le résultat d’une politique unie, donne néanmoins une  coloration  au colonialisme français, malgré tout concurrent au colonialisme britannique les développements du colonialisme français manifestent une tendance impérialiste... 

 

...En ce que celui-ci s’opère dans la recherche d’une influence décisive sur une région donnée, sous la forme d’un règne sans partage, pourvu qu’il n’empiète pas sur la domination d’une autre puissance européenne. 

 

L’enjeu économique  

La colonisation française a dans ses débuts été menée pour diverses raisons, parmi lesquelles la raison principale était sans aucun doute le mercantilisme, notamment le commerce triangulaire qui faisait la fortune des ports de l’Atlantique.  

 

Après un changement conjoncturel défavorable aux colonies pendant la Révolution, c’est un changement de l’économie mondiale pour le dire simplement, il s’agit de l’industrialisation qui ne manque pas d’apporter son lot de répercussions sur le regard de la France sur ses colonies, colonies qu’elle ne décide pas d’appeler  empire colonial  par hasard. 

 

Le mercantilisme, dans la Restauration  

Dans un premier empire colonial morcelé qu’il reste à la France en 1815, le caractère vital des colonies pour l’économie se fait sentir en France.

Le régime de l’Exclusif, aussi nommé système colonial, qui ferme législativement le marché extérieur des colonies au strict échange avec la France aboli en 1791, est rétabli dès 1801.

 

La conception de colonies au service du commerce français avait encore de beaux jours devant elle, ainsi que le rappelait le ministre des Colonies en septembre 1817 .  

 

 La fin qu’on s’est proposée en établissant des colonies étant essentiellement de favoriser et d’étendre le commerce de la France ce serait un contresens ruineux que de rien tolérer qui peut augmenter le petit nombre de dérogations au régime de l’Exclusif.

 

 Cette idée fait alors la quasi-unanimité parmi les hommes politiques, à l’image de l’intervention cette même année du député Cotton sur la nécessité des colonies en tant que fournisseuses de denrées et débouché pour les produits européens. 

 

 Face à ce qu’il voyait comme une fermeture des marchés des États européens ,bientôt les différents peuples n’auront rien à se fournir les uns aux autres. Le commerce extérieur sera tiré par les progrès mêmes du commerce et de l’industrie . 

 

Pourtant, c’est en cette même période que la France fait face à une profonde crise coloniale qui se répercute sur ces termes de l’échange entre colonies et métropole , la suppression de la traite ruinant les comptoirs sénégalais et engendrant la ruine progressive des cultures antillaises .

 La concurrence du sucre de betterave sur le sucre de canne, conjuguée à un désintérêt pour l’esclavage en tant que ressource de production, ne faisant que s’alourdir le fardeau sur la Caraïbe... 

 

...Le peu d’émigration vers les colonies que lui préfère l’exode rural en France , tout cela ne sont qu’autant de facteurs qui donnent en France l’impression globale que les colonies sont peu utiles. 

 

Mis en forme par le Pacte colonial, l’Exclusif est supprimé en 1861, sous le Second Empire, au grand regret des protectionnistes qui réussissent en 1889 à remettre ce régime en vigueur, convainquant les députés avec la peur que l’indépendance économique ne pousse à l’indépendance complète, et dans un climat politique différent, tendant vers l’impérialisme .

 La suppression de l’Exclusif en 1861 par Napoléon III rend aussi témoignage de la percée des théories libre-échangistes en France déjà consacrées dans le traité de libre-échange de 1860, qui devait ouvrir les voies à la grande colonisation capitaliste moderne. 

 

Libre-échange et capitalisme coloniaux  

La prospérité économique et la stabilité des institutions, le développement du machinisme et de la grande industrie vont s’accélérant, ce qui fait ressentir le besoin d’un changement de régime économique. Napoléon III et son régime libéral s’en chargent sans trop de difficulté. 

 

 L’ancien système colonial était devenu obsolète.  Déjà discréditée lors de l’abolition de l’esclavage, la colonisation mercantile s’efface derrière le libre-échangisme, un concept qui trouve un fondement idéologique non sans lien avec l’idéologie coloniale.  

 

 La liberté commerciale est vue comme le pendant de la liberté individuelle, un pas vers la consécration de la liberté individuelle dans le cadre de l’expansion coloniale, et accessoirement dans la continuité de l’émancipation des Nègres qui avait été la visée de l’abolition de l’esclavage. 

 La colonisation devient, elle aussi, peu à peu porteuse de valeurs nobles. 

 

Pourquoi et comment de l’expansion coloniale avant 1871    

L’expansion coloniale française avant 1871 est une colonisation en devenir, reflet d’une situation politique interne à la France, où le régime se cherche également, entre deux révolutions.  

 

Ce manque de stabilité provoque évidemment un manque de définition globale de ce qu’est ou doit être l’expansion coloniale. 

 

 Le règne de Napoléon III témoigne d’ailleurs du fait que, même si les forces en faveur de l’expansionnisme sont bien présentes , prospérité économique, assurance logistique, personnages entreprenants. 

 

 La complexité de la situation interne et des rapports de force internationaux surtout vis-à-vis de l’Angleterre ne permettent pas d’activisme colonial  encadré par le pouvoir. 

 

 Les observations transversales nous permettent néanmoins de dresser le constat d’une colonisation changeante, façonnée primo par le libre-échangisme et le libéralisme, et secundo par la volonté de prestige et d’expansion. 

 

 Ces deux traits principaux ne donnent qu’une esquisse grossière, mais ce sont eux qui ont porté à des degrés fluctuants la volonté des acteurs français partis et factions, personnages, chefs d’État dans l’expansion coloniale de ce demi-siècle. 

 

Il faut attendre la chute du Second Empire pour voir s’opérer le façonnage d’une idéologie au sens de  système d’idées, de représentations, de conceptions sociales, qui exprime des intérêts de catégories et groupes sociaux. 

 

 Fournit une interprétation globale du monde tel qu’il est organisé et implique des points de vue, des normes de conduites et des directives d’action , consécutive à une mobilisation dirigée vers un  activisme colonial  à l’initiative de Jules Ferry. 

 

 Mobilisation également nourrie par une prétention à l’accomplissement d’une mission de la population entière de la France, marquant ainsi un découplage définitif d’avec l’ancien mercantilisme, et détrônant sur le plan idéologique, mais ambigument , une colonisation portée par des intérêts privés. 

 

Du colon à l’émancipateur ou l’œuvre de la Troisième République  

L’ordre établi par Vienne eut l’efficacité de rendre les Puissances européennes, et surtout la France, assez prudentes en ce qui relevait des menaces aux intérêts européens outremer ,les cas de l’Algérie et de Madagascar le montrent. 

 

 Les choses changent pourtant avec la Troisième République, à cause de considérations liées à la situation internationale en Europe. 

 

Le seul grand enjeu géostratégique pour la politique coloniale de la France dans le Second Empire est l’unification des possessions coloniales.

 

L’immensité des territoires à conquérir et une colonisation non hostile aux autres puissances européennes permettent à la France de passer pour une puissance coloniale assez inoffensive outremer. 

 

 Cette impression est renforcée lorsqu’est mise en exergue l’apparente faiblesse militaire et politique française lors de la guerre franco-allemande de 1870. 

 

 À vrai dire, peu se soucient des colonies à l’intérieur du territoire français, et l’on ne manqua pas de se demander sérieusement 

 À quoi bon les colonies   un symptôme que Charles-Robert Ageron cible comme une « absence de motivations instinctives et de traditions contraignantes , et sur lequel rebondit le discours colonial.

 

Loin des rives africaines et asiatiques, ce qui concentrait beaucoup les politiques était principalement l’Allemagne et la récupération après la défaite de Sedan. 

 

La défaite de Sedan, l’amertume française et l’exutoire colonial  

La défaite de l’armée française à Sedan en septembre 1870 marque profondément les orientations politiques de la France durant la IIIe République.  

 

Le traité de Francfort , mai 1871 sur lequel la défaite débouche, scellant le sort du territoire français en Europe ainsi que celui des relations franco- allemandes jusqu’en 1914, fait du problème allemand  un sérieux sujet de préoccupation pour les hommes d’État. 

 

 En termes géographiques, c’était elle, l’Allemagne, la réelle et constante menace. Pis encore, son développement démographique assurait aux Allemands un développement économique et militaire qui concurrençait continuellement la puissance française. 

 

Surtout, dans l’opinion publique française, l’annexion de l’Alsace-Lorraine est vue comme une oppression des peuples, une injustice réalisée contre le vœu des populations.

L’idée d’une revanche est présente, légitimée et entretenue , Loin de jouer les agresseurs, la France n’aurait fait que réparer une violation du droit en reprenant les provinces perdues.  

 

Bien que la question d’Alsace-Lorraine s’estompe fortement dès les années 1890, elle reste un point délicat qui ne cesse d’orienter la politique étrangère française, et rend très difficile un rapprochement entre les deux pays. 

 

 En effet, le régime français étant fondé sur le suffrage universel, les hommes politiques ne pouvaient pas compter sur un effacement de ce facteur sentimental provoquant l’hostilité populaire des Français à l’égard des Allemands.

 

L’idée d’une revanche ne s’éteint donc pas et, au contraire, continue à préoccuper les esprits et donne lieu au maintien de l’effort militaire en vue d’une guerre. 

 

Le retard de l’industrie métallurgique française sur une Allemagne avec une production propulsée par l’abondance du bassin de la Ruhr et de la Lorraine annexée , ceci constituant un gros avantage pour la guerre moderne... 

 

...Conjuguée à un ralentissement de la croissance démographique face au maintien allemand, finit par mettre en évidence l’incapacité française de se mesurer seule à seule avec l’Empire allemand. 

 

 Par surcroît, l’isolement de la France face à l’Allemagne bismarckienne installea le sentiment que la politique de revanche acculait la France dans une impasse. Le nécessaire exutoire à cet acculement est trouvé dans le colonialisme.

C’est ainsi que Jules Ferry,  un des premiers, comprit que le pays devait se tourner vers d’autres horizons. 

 

 La solution de rechange, c’était la politique d’expansion coloniale qui devait permettre à la France de retrouver son rôle de puissance. 

 C’est également l’avis partagé de façon encore plus convaincue par Léon Gambetta, opposant de l’Union républicaine aux conservateurs.

 Les conservateurs, parfois royalistes mais surtout cléricaux, ne sont pas particulièrement anticoloniaux  la ligne de fracture se trouve en réalité parmi les républicains, en matière coloniale, entre une tendance radicale, celle de Ferry, requérant des solutions immédiates aux questions... 

 

...Et une tendance  opportuniste , Jean Ganiage, celle de Gambetta, qui estime que les expéditions coloniales doivent se lancer dès que l’opportunité s’en présente. 

 Il va sans dire que la constitution d’une doctrine coloniale n’en devient que plus difficile à dégager.  

 

C’est par jeu de persuasion et de discours colonialistes orchestrés par le truchement des médias de masse il s’agit avant tout de la presse, montant en force , qu’une idéologie se constitue.

 

Emportée par cette tendance, la colonisation française épouse progressivement la forme que les élites politiques veulent lui donner , la colonisation devint avant tout affaire de députés et d’élites, et non vraiment l’affaire du peuple.  

 

Ressort dans cette période toute l’importance des forces parlementaires ,ainsi que, de manière compréhensible, les forces élitistes au cours de la réalisation de cette  œuvre de la Troisième République 

Du discours colonial à l’idéologie coloniale 

Nous avons eu l’occasion de constater que le discours colonial français avait déjà conduit la conquête de l'Algérie, ainsi que la politique algérienne de la France après coup. 

 

 Avec la nouvelle donne franco-allemande depuis 1871, le discours colonial s’oriente nettement plus résolument vers le colonialisme. 

 

 À ce titre, en 1874 Paul Leroy-Beaulieu publie De la colonisation chez les peuples modernes et devient une personnalité influant en faveur de l'expansion du second empire colonial français . 

 

 Mais le colonialisme de la IIIe République est de nature différente de celui auquel le parlement avait eu affaire aux jours de la victoire française en Algérie. 

 

 La progression des idées colonialistes parmi les parlementaires est ici portée  primo, par la constitution d’un réel parti colonial, matière grise du discours colonialiste représentant une catégorie sociale identifiable  secundo, par une disposition populaire à la revanche militaire face à l’Allemagne.

 

Sur cette seconde observation, on tendrait à dire que la construction de l’idéologie coloniale française, qui suit un schéma situationnel dans une large mesure, s’est réalisée sur une toile de fond pathologique...  

 

...Assimilable à un complexe d’infériorité vis-à-vis de l’Allemagne, et conférant accessoirement un apparent sentiment d’exiguïté dans les frontières de l’Hexagone. 

 

 Les contrées à coloniser comme l’Afrique occidentale devenaient accessoirement et accessoirement seulement des arènes pour redorer le blason français lorsqu’il était terni sur le Vieux Continent. 

 

Cette remarque veut servir de base pour l’argument suivant, bien que Jules Ferry, devenu président du Conseil en 1880, soit aujourd’hui encore l’une des figures de proue de l’expansion coloniale sous la IIIe République, il est surprenant que sa personnalité et son parcours politique eussent pu lui attribuer autant de force parlementaire. 

 

 Le régime de démocratie imposait une certaine assise populaire à une politique expansionniste, qui deviendrait impérialiste. 

 

 On est donc, pour ainsi dire, forcé de penser que cette subite résolution coloniale de la France laisse envisager en filigrane un  retournement de l’esprit public  qui aurait rencontré les intérêts d’un Ferry dont le leadership était marqué par le prestige et la grande politique. 

 

 C’est à cette assise populaire, importante lorsque l’on songe à une idéologie, qu'il est intéressant de se focaliser. Laquelle a-t-elle été  

 

Le  parti colonial ou le façonneur d’idéologie 

Selon Charles-Robert Ageron, le parti colonial est  un comité de notables dirigé par des parlementaires et s’efforçant d’exercer une action politique. Mais ce parti était original en ce qu’il recrutait dans toutes les familles de pensée et qu’il n’avait pas d’ambitions électorales.  

 

Le parti colonial ne manque pas de ressentir comme aigre la supériorité allemande. Le principal moteur intellectuel du parti colonial est constitué par le mouvement géographique animé par les membres des sociétés de géographie qui conquiert alors avec succès  tout un peuple de lecteurs modestes . 

 

 En effet, le mouvement géographique qui attire l’intérêt du public notamment pour être parvenu à faire de la géographie en 1872 une matière scolaire, est tout naturellement stimulé par la volonté coloniale .

 

 C’est le nord-ouest de l’Afrique  que nous devons choisir pour le principal théâtre de nos recherches et de nos explorations , écrivait-on déjà en 1873 Seulement, avec l’idée en tête qu’il fallait réformer la manière de faire de la géographie pour la rendre plus pratique, et donc plus populaire pour le soutien à l’expansion coloniale. Ainsi. 

 

 La supériorité allemande dans son approche des sciences était vue comme une partie des raisons sous-jacentes à leur victoire, et la science de la géographie, tout spécialement dans le sens pratique de sa description du terrain, des ressources, et de la topographie, semblait avoir une application évidente en temps de guerre. 

 

 La popularisation et la praticité devinrent les mots d’ordre des réformateurs alors qu’ils recherchaient à refaire leur science, qu’ils voyaient comme étant devenue trop théorique, académique, et lourde.  

 

Vivement actif dans la promotion, le couronnement et la popularisation des explorateurs, le mouvement géographique champignonne dans une forme issue de cette réforme, celle de la  géographie commerciale .

 

Le mouvement en vient à se marquer profondément par les intérêts économiques de l’expansion coloniale  ainsi observe-t-on une refonte dans l’adhésion à plusieurs grandes sociétés géographiques, allant jusqu’à 66 % de membres venant d’un contexte commercial à Bordeaux entre 1872 et 1879. 

 

 À côté de cela, le versant politique du mouvement capote, telle la Société française de Colonisation qui est  un feu de paille  entraîné dans le discrédit de l’idée coloniale qui suivit la chute de Jules Ferry . 

 

 Il ne reste donc que l’importance du  groupe de pression  que forme le parti colonial, alimenté en idées par les membres des sociétés géographiques. 

Cette dépendance du discours colonial vis-à-vis des intérêts situationnels ne cesse de se vérifier. 

 

 La chose n’est certes pas nouvelle, si l’on garde à l’esprit que ce sont bien souvent les commerçants de la Méditerranée principalement Marseille qui ont été les plus activistes dans le colonialisme depuis le début du XIXe siècle. 

 

 La différence se joue ici sur l’entraînement des valeurs républicaines dans la volonté colonialiste du parti colonial, désormais teintée de capitalisme et d’ esprit d’entreprise . 

 

Du colon à l’émancipateur , colonialisme républicain , quelle traduction en termes politiques  

Il serait opportun ici de se pencher en quelques lignes sur la validation idéologique du colonialisme français renouvelé, ainsi que les extensions qui ont suivi dans les faits et dans les relations internationales. 

 

L’influence importante du parti colonial, ayant épousé le républicanisme, lui rend nécessaire pour populariser ses idées de valider une idéologie à l’intérieur des frontières. 

 

 Les valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité entre les peuples sont invoquées. 

 

 Les conditions pour une idéologie ,au sens de M’Bokolo  catégorie sociale, interprétation du monde, points de vue, normes et directives d’action sont réunies. 

 

L’idéologie est adaptée à la situation pour être validée. 

 Ainsi la liberté des peuples hisse au-dessus du colonialisme français la bannière de la libération des peuples opprimés, libération due à l’affirmation de la fraternité entre les peuples, vieille d’une ère napoléonienne révolue , l’idéal de libération faisait frémir les puissances conservatrices en Europe depuis au moins le début du siècle. 

 

 Mais la France n’avait rien à craindre, il s’agissait de l’Afrique. Les prétentions coloniales ne concernaient encore que des territoires qui étaient considérés res nullius, Tunisie, Sénégal, et bientôt Haute-Volta, Guinée, Côte-d’Ivoire, Dahomey, Gabon, Congo français... 

 

...Et de nombreux autres territoires qui pour la plupart ont formé jusqu’en 1914 l’Afrique occidentale française et l’Afrique équatoriale française, et constituent aujourd’hui la majorité des pays francophones d’Afrique occidentale et équatoriale.  

 

Les cas du Maroc et de l’actuel Sahara occidental sont d’exception. Les autres puissances n’étaient pas explicitement menacées.

Nul besoin n’était, par ailleurs, d’établir sérieusement que les peuples africains étaient opprimés le traitement, même traître, des comptes-rendus des explorateurs semblait suffire à convaincre les parlementaires du bien-fondé de la volonté libératrice française. 

 

 Il arrivait cependant souvent que les explorateurs ramènent des récits attestant d’organisations politiques élaborées, au sein desquelles l’oppression des peuples par une forme quelconque de tyrannie n’était nullement affirmée. 

 

 Divers auteurs rattachent cette méthode à une classique rhétorique de guerre visant à discréditer l’adversaire , adversaire que les peuples en question étaient effectivement, lors des guerres coloniales 

 

L’établissement et l’annexion effective des territoires libérés  par l’autorité française est une autre question  pourquoi coloniser des peuples prétendus égaux .

 

La réponse est simple, mais est sûrement atypique de la rhétorique républicaine française  il ne s’agissait pas de peuples égaux, mais de peuples inférieurs.  

 

Les avis scientifiques , trempés de darwinisme social  à l’appui, la popularisation massive, dans les médias, de peuples et de sociétés exotiques mais inférieures aux indo européens...

...Revêtait la France d’une mission plus belle encore, si belle qu’elle convainc le parlement de la nécessité d’une entreprise coloniale sous le drapeau tricolore ,l’émancipation des peuples.

 La France libère non seulement les peuples du joug de la tyrannie, mais les émancipe pour en faire des citoyens, citoyens qu’ils n’étaient sûrement pas, et aspiraient certainement à devenir. 

 

 L’émancipation des peuples est le porte-étendard d’une colonisation à visage humain, par distinction par rapport aux concurrents européens  qui pourtant possédaient aussi, dans les idéologies coloniales, leurs Marianne. 

 

 Au moment de la Conférence de Berlin sur le partage des colonies en Afrique, en février 1885 ,témoignant de la survivance d’un système du concert en décrépitude , cette présomption de supériorité, en contradiction avec les droits de l’homme et le principe d’égalité des hommes et des peuples... 

 

... Fondements même de l’identité de la France républicaine, posait sérieusement problème dans les enceintes parlementaires françaises et mettait à mal l’unité de position que la France devait exprimer à la Conférence.  

 

 Elle fut donc soigneusement évitée. Il y a là un dilemme, qui n’est pas neuf, mais qui injectait un problème d’ordre existentiel dans l’idéologie coloniale française. 

 

 L’idée inégalitaire d’une primauté naturelle des indoeuropéens, qualifiés de race supérieure par rapport aux Nègres, Jaunes et autres sauvages, s’accommodant mal de l’affirmation des droits de l’homme, ce n’est pas en s’appuyant essentiellement sur une argumentation théorique que les défenseurs d’une telle contrefaçon ont réussi à l’imposer. 

 

 Leur démonstration tenant du sophisme, la seule manière d’y parvenir était de suggérer que cette hiérarchie est d’une évidence tellement éclatante que l’on n’a pas même besoin de la démontrer. 

 

 C’est en contournant le débat de 1885, bien mal engagé pour eux, que les tenants de cette théorie ont pu faire en sorte qu’elle finisse par apparaître comme une vérité d’évidence.  

 

Le versant économique de la colonisation, auquel le parti colonial tenait beaucoup , fait ressurgir diverses questions et achève de transformer le modèle économique pour les colonies françaises.  

 

Un Exclusif d’un genre nouveau est recréé, avec la progression dès le début du XXe siècle du concept de  mise en valeur des colonies, sacralisant le libre-échangisme comme mode économique. 

 

 La méthode d’implantation en Afrique occidentale se concentre sur une réplication de l’exemple algérien, avec une installation, une modernisation et une exploitation du terrain. 

 

 La discordance entre les intérêts des colonialistes français, majoritairement économiques, et les idéaux mis en avant, ceux du républicanisme dominant, est manifeste. Gilles Manceron résume assez bien cette contradiction dans le chef du parti colonial  

 

 Constitué, le 15 juin 1892, par quarante-deux députés, il en compte cent vingt l’année suivante et, tandis qu’un groupe analogue se forme au Sénat en 1898, près de deux cents en 1902. 

 

 Pendant toute la IIIe République, ce groupe, qui fournit, entre 1894 et 1899, cinq des sept ministres des Colonies, comptera les hommes politiques les plus en vue du régime, recrutés sans exclusive dans tous les partis politiques, hors les communistes. 

 

 Il épouse, bien évidemment, le discours républicain dominant, mais à la manière de ces colons du club Massiac sous la Révolution, dont Milscent disait en 1794, dans Le Créole patriote, qu’ils ont le langage du républicanisme sur les lèvres pour proposer la subversion des principes et la conservation des privilèges 

 

Ainsi, le colon devient émancipateur, mais aussi entrepreneur. 

L’importance de l’économie dans l’expansion coloniale française, accentuée par la sorte de lobby économique que constitue, pour une grande part, le parti colonial, est réellement à l’origine des conflits coloniaux, surtout entre la France et l’Angleterre dans l’ouest de l’Afrique et avec l’Allemagne en Afrique centrale et équatoriale. 

 

 On peut sans doute considérer ce paramètre parmi les origines de la Première Guerre mondiale. 

 

Un paradoxe, un dilemme. Une colonisation qui ne  tourne pas rond  

On peut tenter, avec la brièveté qui incombe, de se risquer à une évaluation critique de traits dominants de l’idéologie coloniale française avec les développements survenus dans la politique coloniale française. Nous retenons deux traits. 

 

D’abord, le paradoxe entre, d’une part, le colonialisme libre-échangiste, réalisé sur le terrain par la  mise en valeur  et la promotion d’entreprises mutuelles, un processus défenseur de valeurs individualistes  et d’autre part, l’ouverture à une colonisation émancipatrice, défenderesse de valeurs universalistes ,par définition transcendantes aux intérêts privés. 

 

 On ne saurait que trop voir une correspondance avec ce qui caractérise l’idéologie selon la définition que nous avons choisie, à savoir, que les points de vue impliqués dans l’idéologie coloniale expriment inévitablement des intérêts de catégories et groupes sociaux, et non pas un universalisme républicain. 

 

Mais il y a plus qu’un simple caractère d’incompatibilité paradoxale entre le dit et le fait. On ne tarde pas, non plus, à concevoir un certain malaise entre les concepts de France républicaine et de colonialisme français. 

 

 À la suite du paradigme réaliste qui dans le champ de la théorie des relations internationales théorisait le dilemme du canon et de l’identité, il nous faut ici rendre compte de ce que nous devrions appeler le dilemme de la colonisation et de l’identité. 

 

 Une première expression de ce dilemme dans l’histoire française nous est bellement donnée par Gilles Manceron, qui rappelle la bataille argumentaire, parlementaire et d’opinion publique qui opposa les colonialistes de la Révolution et les premiers parlementaires tenant mordicus à l’abolition de l’esclavage et à l’abandon du colonialisme, à la fin du XVIIIe siècle. 

 

 Le slogan qui animait les anticolonistes,  périssent nos colonies plutôt qu’un principe , représentait bien cette contradiction fondamentale entre le principe de la colonisation et le principe de la République à la française. 

 

 Il n'est pas difficile de voir que cette contradiction a poursuivi la France jusqu’aujourd’hui, et, bien qu’elle ne constitue pas l’apanage de la  Patrie des droits de l’homme...

 

...Catalyse les mouvements panafricains et antifrançais face aux traces laissées par l’idéologie coloniale française orientée vers la spoliation matérielle, l’exploitation économique, la domination politique et culturelle et le racisme. 

 

La droite et la gauche françaises et l'idéologie coloniale  

La droite fut d'abord anti-colonialiste  

Contrairement aux idées reçues, la droite française était d'abord, dans les années 1880-1890, farouchement opposée à l'entreprise coloniale en Afrique. 

 

 Pour elle, la France devait choisir entre la Revanche impératif patriotique, et l'expansion coloniale, chimère détournant les Français de la ligne bleue des Vosges. 

 

 Les énergies qui se dissiperaient dans l'aventure coloniale devaient être orientées vers les provinces perdues. Cet anticolonialisme nationaliste fut incarné par Paul Déroulède. 

 

 Pour lui, jamais les colonies ne pourraient offrir une compensation à la perte de l'Alsace et de la Lorraine et c'est dans ce sens qu'il répondait à Jules Ferry . 

...J'ai perdu deux sœurs, et vous m'offrez vingt domestiques.. . Quelques années auparavant, en 1884, devant le Sénat, le duc de Broglie, sénateur monarchiste orléaniste et ancien président du Conseil affirma face aux postulats de Jules Ferry...  

 

...Que les colonies affaiblissent la patrie qui les fonde. Bien loin que de la fortifier, elles lui soutirent son sang et ses forces.  

 

Une large fraction de la droite resta hostile à l'Empire colonial comme le futur Général de Gaulle dès avant 1914. 

 

La gauche a longtemps été colonialiste  

Le 25 juillet 1885, Jules Ferry déclare devant la Chambre .Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. 

 

 Quarante ans plus tard, Léon Blum affirmait pour sa part, toujours devant la Chambre. Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d'attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture, et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la science et de l'industrie.

 Ces citations sont autant de preuves d'un tendance qui aura duré jusqu'à la fin de la IVe République. 

 

Le colonialisme après la décolonisation  

Espaces coloniaux  

Colonialisme et violence  

Après la conquête militaire initiale, le colonialisme s'est souvent accompagné d'actes de violences pour soumettre les populations , massacres ,celui notamment des Hereros par le général Lothar von Trotha lors de l'insurrection de 1904 dans le Sud-Ouest africain allemand...

...Des chinois lors du massacre de Nankin en 1937 ou lors de la conquête de la Mandchourie par le Japon à partir de 1931, populations chassées de leurs territoires, dépouillées de l'accès à leurs ressources naturelles, journées de travail obligatoires .

Cette dimension spécifique des entreprises de colonisation reste un sujet très sensible dans les sociétés contemporaines, aussi bien du côté des anciens colonisateurs que du côté des ex-colonisés. Elle fait l'objet de controverses politiques et historiographiques . 

 

Bilans du colonialisme  

Bilans démographiques 

L'impact de la conquête coloniale a été violent et parfois catastrophique ,Amérindiens. Les progrès de la médecine, de la production et des transports inhérents à l'évolution du monde et de la science ont largement contribué à amorcer ensuite l'explosion démographique des pays colonisés.

Le colonialisme a aussi provoqué d'importants mouvements de population, qui ont profondément modifié la population de nombreuses régions du monde. On peut distinguer: 

      l'émigration volontaire des métropoles , et parfois d'autres pays européens vers les colonies.  

          l'émigration forcée d'esclaves, surtout africains, vers les colonies américaines .  

     l'émigration plus ou moins volontaire d'une colonie à l'autre. Il y a eu des mouvements à courte distance , Mossis du Burkina Faso vers la Côte d'Ivoire, Bengalis vers la Birmanie et d'autres beaucoup plus longs Indo-Pakistanais vers les colonies britanniques, Libanais vers l'Afrique française.  

En fait, la colonisation a déplacé beaucoup plus de migrants africains et asiatiques, volontaires ou forcés, que d'Européens. 

Un quatrième flux, plus récent, est celui des colonisés et ex-colonisés vers la France.

 

Bilans économiques  

Les puissances colonisatrices ont pu sécuriser leurs importations de matières premières, ou de produits agricoles, notamment durant les guerres. 

La canne à sucre ou la banane dans la Caraïbe , Cuba, , Jamaïque, Saint-Domingue, exploitée notamment grâce à des esclaves, importés par l'Espagne, l'Angleterre et puis les Britanniques, la France ou les Pays-Bas.

L'or d'Amérique du Sud, qui finança la domination militaire de l'Espagne sur l'Europe jusqu'au début du XVIIe siècle.  

 

Le café et le cacao américain ou africain, commercialisé entre autres par la compagnie française Banania.  

 

Toutefois la concomitance du colonialisme et de la croissance économique n’est pas si évidente dans les faits. 

 

 Les grands empires coloniaux qu’ont été l’Espagne et le Portugal n’ont par exemple pas connu le développement du capitalisme industriel avant le XXe siècle. Au contraire, des nations comme l’Allemagne et le Japon ont su développer un capitalisme efficace bien que ne possédant pratiquement pas des colonies.

Bilans politiques 

Le système colonial est associé à l'application d'une domination politique, militaire et économique des anciennes colonies par les puissances européennes ,  il a laissé le souvenir d'un système par principe inégalitaire. 

 

En ce qui concerne les anciennes colonies françaises, l'Algérie est un des pays où la rancœur est la plus grande. 

 

 Ainsi, le gouvernement algérien a vivement critiqué la loi française qui introduisait officiellement le rôle positif de la colonisation à travers son article 4 qui a finalement été abrogé. 

 

 Cette position algérienne s'explique par la violence de la conquête coloniale, par l'application en Algérie du code de l'indigénat et par le souvenir de la guerre de décolonisation. 

 

Toutefois, d'autres pays n'ont pas la même rancœur. L'organisation internationale de la francophonie, créée à l'initiative d'anciennes colonies françaises, et les sommets France-Afrique... 

 

...Attestent des bonnes relations diplomatiques de la France avec la plupart de ses anciennes colonies, même si ces dernières ont également manifesté leur hostilité à l'article 4 de la loi du 23 février 2005. 

 

De même, le Commonwealth réunit le Royaume-Uni et ses anciennes colonies. 

D'autres gouvernements sont particulièrement critiques vis-à-vis de leurs anciennes puissances coloniales: le gouvernement du Zimbabwe ,Robert Mugabe vis-à-vis du Royaume-Uni, une partie du gouvernement ivoirien Laurent Gbagbo vis-à-vis de la France. 

 

Bilans culturels 

Le premier bilan culturel est linguistique. En effet, dès l'antiquité, le latin se propage en Europe au détriments des langues slaves et saxonnes. Plus tard, les Espagnols et les Portugais imposent l'usage de leur langue dans le nouveau monde. 

 

Enfin, les dernières colonisations ont aussi imposé leurs langues dans les colonies. 

 

La controverse de Valladolid confirme la bulle pontificale Sublimis Deus qui interdit l'esclavage des Indiens d'Amérique du Sud ainsi que la lettre Veritas ipsa reconnaissant l'humanité des Indiens. 

 

 Cette controverse permet la transcription de la bulle pontificale dans le droit espagnol. 

L'enseignement du colonialisme  

Loi française n° 2005-158  

La Loi française du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés dispose notamment  

 

 La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l'œuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d'Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française. 

...Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit...  

 

Cette affirmation d'un rôle positif a suscité un vif débat dans la société française, en France et outre-mer.  

 

L'article 4 controversé a été abrogé par un décret , le 16 février 2006 après être proclamé relevant du domaine réglementaire par le Conseil constitutionnel , le 31 janvier 2006. 

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