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 Le blog de Léonce Lebrun

En pleine campagne électorale  des minorités ethniques sont visées directement par certains qui opèrent un rapide raccourci entre immigration et insécurité...

Mais en quoi ces minorités constituent une menace pour les institutions républicaines, et on finit par penser que leur regroupement tant redouté, peut constituer une force  politique non négligeable pour la défense des droits des personnes concernées, d’où la manouvre de les repousser dans la mouvance du  Communautarisme, synonyme de dévaluation sociétale…

Fenêtre de tir -3-

 

 

Les affaires reprennent ce jour avec la diffusion sur AFCAM de l’acte trois de Fenêtre de tir…

 

Contrairement à des clichés et des stéréotypes  habilement distillés dans l’opinion, en terre caribéenne nous ne sommes pas tous du même moule, les béni oui  oui d’un Système appelé à perdurer, des gens de fêtes et de plaisir, insouciants et nécessitant donc un éternel encadrement politique…mais voilà… 

 

 

Les historiens sont unanimes, en ce printemps de 1836 il a fait un temps radieux  sur le Texas, une possession du Mexique à l’époque, mais 197 texans ne verront  pas le crépuscule, à l'ultime assaut des forces du dictateur Santa Anna, piégés, encerclés sur leur aire de résistance par une armée mexicaine hyper entraînée, l’une des meilleures des Amériques, disposant de canons de longue portée, venus d’Europe…

 

La peur se lisait dans les yeux de ces combattants, voués à une mort certaine, mais il n’y eut  aucune désertion parmi leur rang, et le soir venu en ce mois de Mars 1836, à San Antonio du Texas, les derniers et rares blessés, recevaient le coup de grâce d’une balle tirée en pleine tête par un officier de cavalerie, sans état d’âme, guidé par la règlepas de quartier c’était la guerre…

 

Toutefois les texans sortirent  vainqueurs de cette révolution, face au maître absolu généralissime du Mexique, Santa Anna, et plus tard le Texas devenait un Etat des USA.

 

 

C’était la guerre, l’un des faits d’arme les plus extraordinaires de ce XIXe siècle, avant la terrible guerre civile de sécession américaine -1860-1865- aussi loin et malgré le temps qui passe, l’Histoire étant ce qu’elle est, je revois avec émotion ces scènes de combat mettant en exergue  le courage des hommes qui donne un sens à la vie éternelle,  les héros ne meurent jamais .

 

Car la guerre, ne soyons pas hypocrites, des Nations dites civilisées sont toujours disponibles pour en découdre, hurlant à qui veut les entendre sur la place de leur pays dans l’échiquier international, à coup de budget militaire excessif  tenant compte de l’état de leur économie avec un BIP en berne -produit intérieur brut- mais prêchant la paix pour les pauvres…

 

Oui, la guerre fait partie du patrimoine virtuel de l’Humanité au même titre que les ouragans les cyclones et autres tremblements de terre, comme jadis ont su lui donner ses lettres de noblesse les légions romaines, auxquelles des généraux à leur tête justifiaient les prétentions matérielles et de pouvoir devant le Sénat souverain de Rome, grâce à leur implication personnelle, le glaive à la main, suivant la devise…Force et Honneur…

 

Mais de nos jours, le courage a disparu, car les Occidentaux ont inventé les frappes aériennes et les drones, voir sans être vu donner la mort à volonté sans un seul tué dans ses rangs et vous aurez compris tout ce scénario inimaginable qui se met en place, au titre duquel on connaît les seules victimes, car chez ces gens là Monsieur on ne partage plus les horreurs, les souffrances, les misères et les morts de la guerre, les civils massacrés sous couvert de dommages collatéraux, sans indemnisation   pour les ayant- droit des victimes…

 

Un nouveau monde se met en place, un monde qui ne fait confiance qu’à l’arsenal nucléaire avec la manipulation des masses.

 

Et en rédigeant tout cela je me pose ces éternelles questions …pourquoi….pourquoi…

 

Pourquoi, la pensée politique d’Aimé Césaire, n’a pas envahi l’espace territorial caribéen de la Guadeloupe ,dépendances, la Martinique, et l’espace sud américain, la Guyane…

 

Pourquoi, Frantz Fanon n’a pas pris la tête dans les années 1950  d’un mouvement insurrectionnel armé à la Martinique, qui aurait sans nul doute modifié le destin politique de ce territoire.

 

De telles perspectives n’étant pas évidentes, ces hommes ne sont pas en cause, car l’Histoire a entrepris depuis longtemps son œuvre de destruction mentale et de dépersonnalisation par le jeu pervers de l’Assimilation  qui porte toujours ses fruits en plein XXI è siècle, au sein des communautés guyanaises guadeloupéennes et martiniquaises.

 

Dans ce contexte, il est aisé d’ expliquer le désastre politique du 10 Janvier 2010 à la Martinique et la Guyane, ce camouflet sans précédent infligé à notre Humanité en quête de Liberté, par des peuples sous tutelle, qui ont refusé en temps de paix et par référendum, une fenêtre de tir proposée par la puissance coloniale, les autorisant à repenser leur avenir au titre d’un esprit de responsabilité, de rigueur et de compétence dans la gestion et au service des affaires publiques, sans remettre en cause les fondamentaux institutionnels impérialo-colonialistes, et ces fameux droits acquis…

 

Notons au passage que le résultat n'aurait été guère différent à la Guadeloupe, en se référant au sort réservé à la consultation de Décembre 2003, portant sur l'adoption d'une assemblée unique en lieu et place du Conseil Général et du Conseil Régional du territoire, des instances devenues obsolètes.

 

Et donc sans entrer dans le détail, je vous propose de revisiter l’Histoire de nos peuples pour tenter de comprendre les avatars de ces temps contemporains, en évitant les problématiques sociétales, les épineuses questions touchant l’éthique la déontologie d’un point de vue individuel et collectif, les relations inter caribéennes et nos rapports avec les communautés africaines.

 

Lorsqu’en  Mai 1802, Napoléon Bonaparte, Premier Consul à vie à l’époque, décide de balayer les dispositions du Décret d’Abolition de Février 1794 des générations d’Africains sont établies dans l’espace américain et caribéen depuis plus de trois siècles et sont exploités par les Européens en qualité d’esclave.

 

Ces enfants ces femmes et ces hommes, nos ancêtres, déracinés de leur Continent natal par la ruse, la force et une certaine naïveté des anciens, connaîtront des destins différents une fois vendus sur les marchés spécifiques, pour être dirigés en ce qui nous concerne sur les exploitations de la Guyane la Martinique, Saint Domingue et la Guadeloupe, mis à la disposition de riches propriétaires terriens européens - Les békés- et traités suivant les directives du Royaume de France.

 

Ces êtres doivent une obéissance absolue à leur maître -européen- et une dévotion à la lointaine mère-patrie qui bien entendu n’est pas l’Afrique…

 

 

Je subodore que tout un système a été mis en place pour faire oublier à ces personnes leur origine leur  passé, ils ont subi ce que je désignerai un véritable big bang virtuel cérébral les faisant basculer dans une méga acculturation qu’un de mes anciens enseignants  ce formidable faiseur de cerveaux, doué d'une intelligence et d'une capacité d'adaptation hors du commun, résume ainsi…

 

 

 Sé moune la fouté en bondieuserie en pié nou, pou nou enpéché avancé ,et vou ti bo lom sar ka fe en pays fret moune en….

 

 Traduction… Ces gens ont utilisé les ressources religieuses pour nous empêcher de progresser, et vous mon garçon qu'est ce que vous faites dans le pays froid de l'autre....

 

 Relevez au passage qu'il fait état du pays froid de l'autre en ne tombant pas dans la ligne rouge d'acculturation par l'utilisation de mots tels qu’hexagoneou autre métropole  le signe d'un parfait équilibre malgré un âge avancé, alors que d'autres reprennent à leur compte sans discernement la rhétorique du Colonisateur avec les Antilles, antillais, antillaise, métropolitain, métropolitaine...etc 

 

 Effectivement toutes les mouvances du Christianisme et la force publique ont été mises à contribution pour satisfaire les impératifs de l’Assimilation.

 

... Bienheureux les humiliés, les fouettés, les insultés, ils seront admis dans le royaume des cieux, c'étaient les Béatitudes à la sauce esclavagiste...

 

Et nous tombons au cœur de la principale charge du Crime contre l’Humanité qui n’est pas retenue dans le dispositif législatif , pas plus que les Nations ayant pratiqué une activité très lucrative dans la traite négrière transatlantique et l’Esclavage, à savoir par lettre alphabétique...

 

...L’Espagne, La France, la Grande Bretagne, la Hollande le Portugal...

 

 d’où ma réserve au regard de la loi promulguée le 23 Mai 2001, et commémorée chaque année le 10 Mai…

 

Mais nous savons que ce processus assimilationniste n’a eu aucun effet sur le peuple de Saint Domingue (plus tard Haïti) qui sortira vainqueur de son combat contre le corps expéditionnaire napoléonien pour arracher sa liberté, devenant la première Nation Nègre indépendante à partir du 1è Janvier 1804 grâce à l’action déterminante des Hommes tels que Dessalines et Toussaint Louverture…  allez savoir pourquoi…

 

Car quand le Général Richepance arrive à la Guadeloupe en Mai 1802  à la tête d’une armada de 3500, 4000 hommes, les jeux sont faits nous assistons au premier effet négatif de l’assimilation c’est à dire au non soulèvement de la Guadeloupe peuplé à l’époque de 90 000 habitants environ.

 

 

Les Guadeloupéens n’ont pas compris que c’était la fin de leur liberté et le retour à l’état d’Esclave d’avant Février 1794.

 

Notons qu’à cette époque la Martinique était placée sous tutelle britannique.

 

Des hommes et des femmes comme l’Officier supérieur martiniquais Delgrès, Masotto, Ignace, Mme Solitude ont saisi qu’une fenêtre de tir leur échappait avec la perspective d’une Guadeloupe débarrassée de l’emprise colonial, et sans soutien populaire  ils ont donc préféré s’en aller vers l’au-delà en ce 28 Mai 1802 à Matouba sur la Commune de Saint Claude, accompagnés de 300 soldats avec ce cri de désespoir…Vivre libre ou mourir…

 

Oui, mourir plutôt que de subir les affres de l’Esclavage et les chaînes….

 

 

Par la suite, la Guadeloupe connut une purge sévère avec plus 6000 personnes tuées, un chiffre élevé par rapport au corps expéditionnaire de 3500 soldats, des questions se posent donc sur les auteurs de ces meurtres…

 

 

Pour l’anecdote, placez un escadron bien outillé de 300 hommes sous mon commandement, ine fine je serais probablement abattu au cours des combats, ou lors de l'assaut final du commando renforcé de l'Etat colonialiste, mais nos adversaires auront subi une nouvelle Bérézina -Russie-(déroute de la Grande Armée napoléonienne en Décembre 1812 ), avec de larges dégâts dans leurs rangs...

 

En tout cas pour moi, le rétablissement de l’Esclavage à la Guadeloupe aura été un tournant dans l’Histoire complexe des luttes pour l’émancipation de nos peuples caribéens et guyanais caractérisée par toute une série de fenêtres de tir perdues aussi bien pour la Martinique, que la Guyane dont il est inutile de dresser un catalogue, chacun se reconnaîtra en toute conscience.

 

Je souligne toutefois qu'en 1848 soit 44 ans après l'indépendance d’Haïti, un semblant de liberté juridique nous a été consenti, sans remise en cause de la possession des terres cultivables, sans moyens économiques et financiers, et donc condamnés à végéter sur l'HABITATION lieu de travail et de vie des anciens esclaves, mais propriété appartenant toujours au béké( européen) du reste un nombre trop élevé d'entre nous n'y sont pas encore sortis virtuellement après tant d'années... 

 

En 1946 nos peuples ne sont pas consultés, alors qu'une simple loi va faire basculer leur destin - 19 Mars -

 

En Mai 1967 à Pointe à Pitre le soutien populaire n'a pas été au rendez- vous ce qui a permis au pouvoir colonial de laisser un nombre élevé mais inconnu de victimes dans les rangs des grévistes, alors que le GONG organisation nationaliste guadeloupéenne, fut dissout, ses dirigeants jugés et emprisonnés hors de la Guadeloupe, pour atteinte à la sûreté de l'Etat...

 

Enfin les mouvements de grève observés sur nos territoires en Janvier et Février 2009 malgré leur ampleur, n'ont pas débouché pas sur un soulèvement populaire une perspective possible, d'ailleurs,  je les ai considéré comme des manifestations de ventre des escarmouches qui permettent aux forces de gendarmerie dépêchées sur ces lieux de crise d'assouvir leur penchant raciste loin de l'Europe..

 

Et donc l’échec politique du 10 Janvier 2010 aurait pu être considéré comme un épi- phénomène, s’il ne mettait pas en lumière le fait que la colonisation des esprits a superbement bien réussie à la Guyane la Martinique la Réunion la Guadeloupe.

 

Ces peuples ont été touchés par le Syndrome de Stockholm un mode de comportement observé par les sociologues, qui consiste à pardonner à tout va un processus qui a meurtri et humilié nos ancêtres.

 

 Nos compatriotes n’ont pas confiance dans la valeur de leurs frères de race, et ont adopté comme seule référence, la supériorité supposée de l’indo- européen.

 

 C'est le refus absolu de s'assumer dans la dignité, avec cette expression rapportée des chaumières caribéennes...men pa lé neg coumandé moin. .. "Je ne veux pas être commandé (dirigé) par un Nègre", une concrétisation de l'ouvrage emblématique de Frantz Fanon...Peau noire et masque blanc...très prisé dans les universités américaines, et sur le Continent africain.

 

En ce sens l’Assimilation a été un échec total au regard de nos évolutions irrationnelles, et doit être condamnée sans réserve, mais j'en conviens que pour certains, c'est une nécessité universelle difficile à envisager en l'état et des séquelles du big bang cérébral évoqué.

 

Il est donc difficile de concevoir dans un tel système une  vulgarisation circonstanciée de la doctrine de Césaire Aimé vis-à-vis du Colonialisme et ses méfaits, quant à  Fanon il a du penser comme moi , que trop de civils auraient été passés par les armes -fusillés par un peloton d'exécution- pour intelligences avec l'ennemi , haute trahison, actes de sabotage sur des infrastructures publiques en temps de guerre.

 

 

Mais un certain réalisme conduit à considérer qu'on ne construit pas  une Nation sans le soutien  massif et l’adhésion du peuple, faut-il qu'il en soit éclairé...

 

Dans un entretien à Paris (France) Août 2007, l’ancien Président Abdoulaye WADE, qui m’avait invité au Sénégal en Avril  2010 pour l’inauguration du monument de la Renaissance Africaine,  me confiait en aparté, que j’étais un grand de la diaspora…

 

Cependant je considère qu’on est un Grand, quand , tombant à la tête de ses compagnons de combat les armes à la main, dans un conflit de libération nationale, mes hommes interdisent à quelle que autorité de profaner ma dépouille,  se chargeant de me porter en terre sur cette dernière portion de route qui conduit vers l’Eternité, après une ultime salve d’honneur faisant trembler un ciel martiniquais endeuillé.

 

Cela aurait été une sortie de légende, un Soldat qui est parti...car,

 

Quand  on ne craint pas la mort pour une grande cause, sa vie n'est pas ratée..

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Eh oui, "la culture est ce qui reste quand on a tout oublié", disait un brillant Homme d'Etat disparu... sauf l'essentiel...ai-je ajouté.

 

 C'était Fenêtre de tir...

Fenêtre de tir

Une contribution en trois actes, dans le cadre du 100è anniversaire de la naissance d’Aimé Césaire, écrivain, homme politique de la Martinique.

Léonce  Lebrun                                              

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