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 Le blog de Léonce Lebrun

Dans aucun pays du Monde il n’y a un tel vocabulaire de marginalisation des minorités, qu’elles soient politiques ou sociétales, en vertu des diktats de la "Démocratie" qui impose la loi d'une majorité, certes légale, mais non légitime, d’un point de vue morale, car elle peut être idiote, obtenue sous le coût d’un enfumage  bien rodé, destiné aux naïfs d’un Système à bout de souffle…

... Et vous avez : communautarisme, diversité, populisme, islamisme radical,  radicalisation et le dernier né, terrorisme, dont le Pouvoir exploite politiquement les conséquences, avec le concours de médias affidés, tout  en  niant délibérément les causes, par exemple la destruction de l’Etat libyen….

Pour une nouvelle  Martinique

 

Au plus intense du mouvement du 5 février en Martinique, et des événements en Guadeloupe, notre Manifeste pour les " produits " de haute nécessité visait à soutenir sans ambiguïté les engagements en cours.

Mais il s'attachait surtout à privilégier tout de suite les inspirations précieuses du " poétique " sans lesquelles le souffle du "prosaïque " se retrouve affaibli.

Le "poétique” porte sur les aspirations profondes de l’Homme : ce qu’il recherche et qu’il pratique quand il a assuré sa survie.

Dans ce " poétique ", nous invoquions en haute nécessité, sans en clore le chapitre :

- une problématisation de la consommation- la nécessité de nous acheminer vers un processus de responsabilisation,- le réinvestissement de la notion de travail,- et l'urgence d'envisager de nouvelles solidarités sociétales et  environnementales dans un monde nouveau.

Ce qui revenait à ne plus accepter de " petits arrangements "avec la violence économique qui dénature le sens profond de notre vie : le capitalisme. Au sortir de cette crise, nous sommes hélas menacés de voir la devise républicaine française.

" Liberté Égalité Fraternité ",dégénérer dans nos pays en " Zone franche Rmi Rtsa " - ou encore en " Smic Rmi Rtsa " - … ce qui serait un comble de l'assimilation (et de son syndrome d'irresponsabilité stérilisante) et surtout d'une dénaturation de l'esprit même de ce mouvement dont l'amplitude permettait d'espérer un grand souffle bouleversant.

L'idée de haute nécessite se révèle donc plus que jamais indispensable.

A - NECESSITES POUR UNE REFLEXION COLLECTIVE

Nous proposons les nécessités suivantes avec lesquellestoute réflexion collective pourrait s'élaborer :

1 - LA NECESSITE DU KASKOD

- Une redéfinition ou une réorganisation profonde de nous-mêmes ne saurait, sans déperdition s’opérer sous les auspices d’une autorité administrante extérieure. "Redéfinition " et " réorganisation ", ne peuvent s'envisager qu'en pleine autonomie de conception et de mise en œuvre, dans un kaskod très net avec les tutelles du monde ancien et les instances sous-ordonnées du vieil imaginaire. Toute responsabilisation commence dans la responsabilisation immédiate.

Tenons nous donc à l'écart des " Etats Généraux " ! Ceque nous avons à élaborer n'est pas un " cahier de doléances(de plaintes ou de gémissements malheureux) mais un éclairde volonté et de vouloir.

2 - LA NECESSITE DE FREQUENTER L'UTOPIE

- C'est avec le dogme du réalisme expert que l’on a justifié, encore aujourd’hui, notre assistanat-dépendance. On peut y ajouter les violences économiques irrationnelles, les injustices les plus inacceptables, cadeaux fiscaux et masses monétaires impensables offertes aux profiteurs de tous poils sous prétexte de folie financière.

- Etre réaliste ce n'est pas se soumettre au réel, mais partir du réel afin d'y débrailler (avec les forces de l'utopie) tous les accès possibles ou impossibles, visibles ou invisibles, vers un large idéal. L'utopie est l'énergie de l'idéal.

L'idéal est l'âme du réalisme vrai. Que le réalisme et l'idéalismes e conçoivent sans Lyannaj, on renonce à leur tension féconde, et, par là-même, on se démet de la chance d'être vivant. Donc : ni réalisme sans âme esclave de l'immédiat, ni irréalisme ababa qui déserte le réel.

- L'idée de l'utopie (donc d'imaginer sans manman ce qui nous manque) détient la vertu de nous projeter hors des cadres convenus. Avec elle, on peut invoquer cette audace qui arrache les piquets, déserte les vieux cadres, invalide ces" aménagements techniques " qui risquent d'améliorer l'ordinaire sans être de nature à transformer cet évènement considérable en un moment proprement historique.

3 - LA NECESSITE DE RENONCER AUX PSEUDOSPOUVOIRS

- Les Conseils régional et général ne sont pas des lieux de pouvoirs, mais des organes de gestion sous-ordonnés.

Tous les pouvoirs sous-ordonnés s'illusionnent sur leurs capacités réelles, et finissent aveugles sur les sociétés qu'ils sont censés administrer.

Démonstration : quand le mouvement a surgi, massif, imprévisible, en dehors d'eux et illisible, ces institutions furent les premières à invoquer l'ordre, à désirer le calme, à freiner des quatre fers, puis à se résigner au grignotage ici d'un octroi de mer qui sert déjà d'appareillage respiratoire à combien de mairies, par-là d'une ligne budgétaire pré-affectée à la gestion des misères ordinaires... bref, à actionner dans la douleur (donc à défendre) un système qui est devenu la base confortable de leurs limites intériorisées et de leur existence.

Tous les pseudos pouvoirs doivent maintenant s'autoquestionner, tenter de renaître en visions, dans le refus définitif d'une simple gestion de la dépendance.

- Tous, autant que nous sommes, devons renoncer à l'illusion que pourraient encore nourrir ces instances sédatives. Responsabilisation véritable ou rien.

4 - LA NECESSITE DES LAKOU PERMANENTS

- Lancer dès à présent, des forums citoyens afin d'attirer cette nuée de paroles qui circulent. Que toutes les mairies puissent installer des dispositifs de Lakou - (penser : cénacle, forum, sénat, pitt a pawol....) -, des espaces conviviaux ouverts à la parole de tous, pourvus de sonorisation, d'animateurs, d'équipe de recueils et de synthèse, d'enregistrement audio ou vidéo, en sorte que les quartiers, la commune, le bourg, la ville, puissent vivre la ronde cathartique des expressions libres, des questions et des propositions, confrontée à l'autorité déclarée d'un vaste dépassement. Le même principe pourrait s'envisager sur de sites Internet de Lakou reliés entre eux..

- C'est dans les Lakou que les impossibles vont se dénouer. C'est dans leur mise en œuvre que le libre va s'insinuer dans les esprits, et que vont surgir les éclats de la providence...

- La substance ramenée des Lakou permettra d'esquisser une vision endogène de nous-mêmes et du pays dont nous voulons dans le monde dont nous rêvons. Une vision riche de mille aspirations individuelles : une mutation naissant de tous, et habitant chacun.

Cette vision endogène de nous-mêmes nous permettra d'aborder le référendum populaire à venir sur la responsabilisation et sur l'évolution institutionnelle, en considérant ces notions non pas comme des finalités gestionnaires, mais comme de simples outils de pouvoir au service d'une intention collective.

Ainsi, cette consultation aura toutes ses chances d'aboutir positivement car elle n'aura pas été confisquée par les experts et qu'elle aura été portée par les autorités de l'utopie de tous, les doucines du rêve de chacun, les fondamentaux d'une vision d'ensemble.

Nous la gagnerons sans faillir car elle se sera installée en haute nécessité dans le seul cadre qui vaille : celui d'un désir, d'un choix, et d'une décision politiques jaillis du peuple.***Avec quelles nécessités structurer ces Lakou permanents ?-

Cette crise a donc mis en œuvre un " dérangement " qui ouvre à la possibilité d'une métamorphose de notre vision sur nous-mêmes, sur la Martinique et sur sa présence dans ce monde. C'est plutôt un processus à accompagner qu'un problème à résoudre.

Plutôt une mutation à vivre dans son imprévisible qu'une difficulté à dépasser.- Il n'est de la légitimité de personne de donner la leçon, de fournir des solutions, mais il est du devoir de tous de ne pas déserter cette totale exigence : il faut participer. Participer, pour nous, c'est oser penser soi-même, oser s'interroger soi-même, oser proposer et imposer soi-même. L'idée de mutation(ou de métamorphose) s'impose alors.

Toute mutation suppose, par son ampleur, qu'une réflexion soit déclenchée au niveau de chacun, dans la conscience et dans l'esprit de chacun, et qu'elle chemine sans chaînes dans les imaginaires de tous.

- Les solidarités qui nous manquent, cette nouvelle manière de faire peuple qu'il nous faudrait imaginer, ne passent nullement par une instance qui contraindrait l'individu resté passif.

Elles se tissent dans un cheminement individuel mené à plénitude et qui, dans cette plénitude même, découvre les exigences des solidarités neuves, une aube nouvelle de la naissance ou renaissance des peuples. Compte tenu de ces considérations, deux nécessités sont éligibles:

5 - LA NECESSITE D'UNE DEMARCHE VERTEBRALE

- Identifier les vrais problèmes et leur multiplicité.- Distinguer ceux qui relèvent de notre contexte immédiat de ceux qui tiennent du contexte mondial.- Les mettre en relation pour mieux comprendre leurs incessantes interactions, voire leurs inter-rétro-actions (E.Morin).

- Se projeter dans l'"ouvert solidaire du tout-monde ". Le principe d'ouverture solidaire peut permettre des fondations ou des refondations qui ont du sens fonctionnel dans un lieu, et du plein-sens dans toutes les parts du monde.

- Dans l'ouvert solidaire du tout-monde, tenter de nous réinventer nous-mêmes, autour du souci de redonner du sens à notre vie, jusqu'à déclencher le désir-imaginant de formes sociétales nouvelles, d'un monde nouveau, que l'économie marchande et l'évangile capitaliste ne sont pas en mesure de seulement imaginer.

6 - LA NECESSITE D'UN SOCLE D'ORIENTATIONS ET D'UN CANEVAS DE QUESTIONS

- L'orientation est une structure ouverte, qui désigne un horizon sans donner le chemin. Donc : qui libère.

- Questionner, se questionner, se livrer aux errances de l'introspection questionnant, permettra a chacun de s'installer lui-même au cœur de la mutation, d'aller l'obscur de la métamorphose, de courir ses beaux risques et ses implications, et d'amorcer en lui-même par lui-même le changement global qui hissera ce moment intense que nous venons de vivre en une donne historique.

Les vieux-nègres appellent cela : fondal-natal - un déviré aux fondements intimes qui baille à renaissance. Habituons-nous d'emblée à ne pas courir aux abymes des réponses, mais à s'infliger l'inconfort des questions, à les vivre au difficile, surtout apprendre à les élaborer et à les explorer jusqu'à ce que la providence passe, ainsi que le supposait Goethe...

B - 7 ORIENTATIONS POUR UNE MARTINIQUE NOUVELLE

Nous en percevons sept, déclinées en principes, qui sontindissociables les unes des autres.

Le principe :1 - de responsabilisation 2 - de haute nécessité 3 - de l'économie relationnelle 4 - du gratuit 5 - d'une citoyenneté mondiale 6 - d'un imaginaire autre 7 - d'interdépendance relationnelle

Ces sept orientations se nourrissent mutuellement dans une boucle interactive.

Chaque question traitée dans les forums doit être placée dans le manège de cette boucle interactive.

Ex : le problème des transports Comment élaborer un système de transport qui tienne compte du principe de responsabilisation ? Comment y injecter l'idée de la haute nécessité ? En quoi notre système de transport peut-il s'inscrire dans une économie relationnelle ?

Comment y projeter le principe du gratuit ? Comment notre système de transport peut-il tenir compte des grandes problématiques mondiales ? Qu'est-ce qu'un tel système demande comme transformation de notre imaginaire ? A quels autres problèmes la question des transports est-elle liée et sans le traitement desquels elle ne saurait être parfaitement traitée ?...

La boucle interactive nous oblige a un traitement en profondeur.

1 - LE PRINCIPE DE RESPONSABILISATION

- Sortir de ces piquets d'écartèlement que sont les motsd'ordre d'assimilation, d'autonomie ou bien d'indépendance.

Nous avons été, de toute éternité, déchirés par ces pulsions et nul ne saurait affirmer que, dans les mouvements du 5 février et du Lyannaj, il n'existait pas un mélange détonnant de ces trois tendances à des degrés divers, des intensités contradictoires, antagonistes et solidaires. Les paradoxes, les apories, les contradictions font partie du vivant, ils en sont même le signe.

Et c'est parce qu'il n'y avait jamais eu autant de vie dans nos pays, qu'il est évident que ces indépassables y étaient exprimés à l'extrême, le plus souvent dans une même personne, et dans toutes les revendications, d'une sorte indémêlable.

On peut alors seulement s'accorder sur ceci : il existait dans ce vaste hosanna un désir d'existence autre, l'envie de faire peuple autrement, le chant d'habiter son pays sans avoir le sentiment d'en être d'impuissants locataires. Or, l'idée de responsabilisation nous renvoie à ces piquets d'écartèlement que sont les mots d'ordre d'Assimilation, d'Autonomie ou bien d'Indépendance.

- Renoncer aux trois piquets pour s'accorder sur un processus de responsabilisation. S'accorder sur le principe du" processus " c'est se donner une chance de rester ensemble dans l'élan créé par l'évènement.

C'est se libérer l'esprit de la rigidité du dogme ou de la peur, afin de vivre sans crainte ni division ce désir d'être, d'exister, de décider pour nous-mêmes sur des terres qui sont nôtres. Comprenons que l'idée d'un processus (an bayalé) vers une finalité (responsabilité collective) permettra au rapport de force politique, à la confrontation des niveaux de consciences, de vivre les débats d'une vie politique assainie. Sans peur de largage.

Sans renoncement à quoi que ce soit et surtout à soi-même. Le processus ouvrira d'étape en étape au degré de responsabilisation que nous aurons choisi, ou que nos doutes, exaltations ou illusions, nous permettront de supporter. Nous irons ensemble de responsabilité optimale en responsabilité optimale. Avec toujours un horizon ouvert. Toujours une haute étoile comme belle nécessité.

- " Responsabilité collective " = une assemblée délibérante unique pouvant légiférer sur ce qui nous semble essentiel. Ces éléments ne sont pas des finalités mais des outils de base permettant de mettre en œuvre la vision que nous aurons dégagée.

Cette responsabilisation collective est la seule à pouvoir galvaniser chaque responsabilité individuelle, tant en cette citoyenneté active, qu'en ce civisme salvateur dont tout peuple a besoin. C'est dans la tension féconde entre responsabilité collective et responsabilité individuelle que prend source le désir qui dynamise, qui rend avide, et qui rend créateur.

- La responsabilité collective ouvre à l'interdépendance qui est la marque du tout-monde actuel. Toute responsabilité ouvre d'abord à la lucidité.

Et toute lucidité en nos pays ne saurait ouvrir à une déclaration d'indépendance, de rupture ou de séparation, mais à une décision d'interdépendance : interdépendance avec la Caraïbe ; interdépendance avec les Amériques ;interdépendance avec la France, et à travers elle avec l'Europe; enfin : interdépendance avec le monde.

Même ouverture pour la Réunion ou la Guyane à partir de leur socle géographique. Quant à l'idée d'interdépendance, elle ouvre à la mise en place de partenaires vrais, et renonce sans appel aux sujétions de toutes natures ou à l'assistanat.

- Toute responsabilisation ouvre un syndrome vertueux desolidarités, d'ouverture, d'élévation, de confiance en soi...

La dé-responsablité au contraire déclenche un abîme vicieux de frustrations, de débouya-pa-péché, de neg kont neg, de neg pabon, de délire revendicatif ou de passivité, de racornissement de la pensée ou de perversion du désir, d'esprit mendiant ou de marronnage stérile qui invective et tournoie sur lui-même dans une mésestime...

La responsabilité collective ne supprimera pas les angoisses et les problèmes, mais elle éliminera une bonne part des rancœurs qui tiennent la scène. Elle nous délivrera des impuissances babillantes qui emplissent nos écrans. Elle nous épargnera les aigreurs du petit marronnage. Elle donnera une âme à ce qu'il faudra gérer et de la densité aux mandats politiques à venir...

Elle éliminera ce mal-être diffus qui flottait dans les défilés sous la perception plus ou moins claire d'une impuissance globale. Elle ne résoudra rien mais elle densifiera l'action, clarifiera les possibles, donnera du sens à l'impossible, suscitera ces flux de croyances et d'espérances, de saisies du futur, de tressaillements, de rêve et de désir qui n'existent jamais dans la dé-responsabilté. Elle nous réconciliera avec ce que nous avons de mieux humain.

Et donc, en nous engageant dans ce processus, il ne s'agira pas d'opérer une " rationalisation " de notre monstre institutionnel, ou d'augmenter l'efficacité de la gestion sous-ordonnée... Il s'agira d'opter pour une manière plus digne et plus haute d'être humain, plus haute et plus digne de faire peuple. Il ne saurait y avoir d'autre raison première .

>> Alors, pour chaque proposition traitée dans nos Lakou posons-nous toujours la question de savoir en quoi elle s'accorde à la nécessité de responsabilisation, et en quoi elle la conforte.

2 - LE PRINCIPE DE HAUTE NECESSITE

- Se rappeler qu'aucune idée de l'humain ne saurait se réduire aux nécessités immédiates du boire, du manger, du paraître. L'idée de haute nécessité devrait nous aider, au jour le jour, heure après heure, à percevoir en quoi nous nous éloignons d'un épanouissement véritable et à quel moment nous sombrons dans la consumation marchande.

Ainsi, le travail qui absorbe l'essentiel de notre temps, ne devrait plus constituer le cœur de notre vie s'il ne devient pas lui-même créateur ou démultiplicateur de sens. Ainsi, le bien-être ouvre à de sourdes misères s'il n'est pas accompagné de risques, de croyances, d'anxiété qui n'ont rien à voir avec les précarités du capitalisme. Ainsi, une vie ne vaut qu'habitée d'illusions qui nous mènent à bondir. Ainsi, les juvéniles engagements qui désarçonnent la Raison et le tiède du confort sont inappréciables... Les idéologies de système nous ont abandonnés.

Les belles causes prêtes-à-porter aussi. Il n'y a que du désir à construire en se construisant soi-même. Il n'y a qu'une échelle de principes et de valeurs à bricoler du mieux qu'on peut, mais au plus exigeant, et qui nous réalise sans achèvement, et qui, par là-même, nous conduit à nous ouvrir aux autres, à nous ouvrir au monde, à en avoir le plus grand des besoins.

- La haute nécessité n'a pas de limite, ni de recette. Elle résiste à la définition. Elle passe par l'individu, elle s'ouvre au collectif. Elle modifie les intensités au fil des âges, du temps, des circonstances. Elle n'a rien de la recette. On peut se perdre dans le rêve tout comme on se perd dans le sombre réalisme. On peut se consumer aussi pauvrement dans une joie béate que dans une sinistre gravité.

On peut rater sa vie en se livrant à la seule magnificence d'un art ou en se consacrant à une sidération stérile. Le tout est de savoir donner, en fonction du grand désir intime, un maximum de vie, d'exigence, de relativité, de liberté, de dignité, de créativité, de connaissances, de solidarité, de civisme et de respect, de plaisir et de joie, à chaque instant dont on dispose...

Ce qui revient à ne pas opposer prosaïque et poétique mais à toujours faire en sorte que notre prosaïque soit étincelant de poétique. Culture, savoirs, connaissance, créations et bonds de conscience, demandent du temps disponible, des milieux de vie favorables, des dispositifs institutionnels corrects, mais surtout de la haute chaleur artistique et culturelle...

La majorité de nos artistes vivent dans la précarité, tant dans leurs moyens de subsistance que dans ceux qui leur sont essentiels pour exercer leur art. Toute misère des arts est le symptôme d'un manque de projection, d'une ruine des profondeurs. En nous réorientant collectivement vers la haute nécessité, nous leur dégagerons dans nos nouveaux imaginaires, et dans nos politiques publiques, cette place qu'il n'auraient jamais du perdre...

Quant aux média qui conditionnent jour a près jour notre degré de conscience et de vouloir, il ne sont plus des contre pouvoirs, ni des éléments actifs de la démocratie. Ils gisent le plus souvent aux mains des concentrations économiques, qui en font un élément constitutif de l'imaginaire dominant et du pouvoir marchand lui-même.

Là encore, la haute nécessité nous permettra d'imaginer de nouvelles manières de relier, rallier, relayer les informations, la parole, les discussions et les propositions… un peu comme l'a esquissé cette Télé Otonom Mawon qui a surgi du mouvement social de manière étonnante. Elle s'est d'emblée inscrite dans une haute nécessité que nous avons goûtée avec profit.

3 - LE PRINCIPE DE L'ECONOMIE RELATIONNELLE

- Prendre conscience que derrière la vie chère, la paupérisation grandissante, il n'y a pas simplement des " békés profiteurs" ou des flibustiers de l'arnaque, mais une logique de méta-système, le règne d'une violence économique liée a la pensée libérale capitaliste. Nous sommes embringués dans une économie monolithique où la seule éthique qui vaille est celle du profit maximal.

Le" tout-payant ", le " tout-profit " (associé à la névrose de la Croissance perpétuelle) génère des entreprises qui n'ont pas de morale, ni de vocation sociale. Des entreprises animées d'une antienne qui sert de point de départ et de point d'arrivée : gagner plus.

Le dogme capitaliste a colonisé nos imaginaires de manière silencieuse, et génère un imaginaire qui n'existe pas seulement chez les profiteurs mais qui se retrouve chez la plus humble des marchandes de pistaches, ou chez ces producteurs venus de la campagne, ces épiceries de quartier, qui ont profité du désordre pour imposer des prix sans miséricorde à des clients aux abois.

Le dogme marchand a installé en nous l'idée que tout à un prix, que tout est marchandise ou peut le devenir, et pire : que " les vivres " peuvent instituer " le vivre ".

- Sortir de l'absolu économique marchand tout comme nous sommes sortis des absolus culturels, raciaux, identitaires.

Dans l'actuelle économie monolithique, livrée au seul esprit capitaliste, nous pouvons déployer tout de suite des manières qui viennent du plus profond de notre histoire. Au plus profond du deshumain esclavagiste, nos ancêtres avaient déployé des stratégies qui s'inscrivaient dans ce que l'humain avait de mieux humain : la solidarité, le partage, la mise en commun...

Ils avaient des " convois " qui mutualisaient leurs moyens de survie et qui leur assuraient d'être enterrés dignement. Après l'abolition, les convois se sont transformés en des dizaines de Tontines, compagnies solidaires, sociétés mutualistes, différentes formes de coopératives, d'alliances, d'association, de syndika, où l'échange, le partage, l'ensemble, le sou-à-sou, le coup de main, le Yonn a lot, tentaient de conjurer les déveines ordinaires...

Les maîtres-mots de ces époques étaient : solidarité, fraternité, espérance... Ces valeurs et ces stratégies allaient rapidement être laminés par le dogme marchand et leurs survivances nous paraissent à présent dérisoires, bonnes pour les pratiques d'église... et pourtant : elles sont reliées à des valeurs profondes, transversales à toutes les cultures, toutes les humanités, et qu'il nous est possible de réactiver : il existe un " décidéhumain ", une décence qui n'est pas la résultante d'une morale bien-pensante…

Nous avons fréquenté avec profit l'idée du métissage, les imprévisibles mélanges de la Créolisation, la poétique de la Relation d'Edouard Glissant. Nous nous sommes inscrits dans une complexité qui ouvre la conscience aux diversités de l'existant, qui les relie, les rallie, les relaye, et qui nous initie par là-même aux fluidités insondable du Tout-Monde.

Nous pouvons de même y précipiter le fait économique, l'amener au divers, au pluriel comme le soutient Edgar Morin .

- L'économie relationnelle ne relève plus d'un unique principe, mais de plusieurs possibles mis en interaction dynamique.

Elle peut se trouver riche d'un palette d'attitudes entreprenantes qui irait de l'idée de profit à celle du partage honorable mis au service du bien de tous. L'intérêt d'une économie relationnelle, c'est que sans diktat, en respectant les différents rythmes d'éthique et de conscience, elle montrera très vite, par ses effets de dynamique, où se trouve la beauté, l'élégance, la hauteur, le dépassement, où se trouve le mieux humain et les hautes nécessités - prenons le pari que ce ne sera ce pas du bord du profit.

Dans une économie relationnelle, l'économie n'est pas le seul mode de penser, ni le seul paradigme où penser, et les économistes mettent à vivre les tremblements très bouleversants du poétique...Une économie relationnelle peut valoriser un imaginaire de la sobriété, du " suffisant ", de l'assez, du recyclable, de l'optimisation de ce qui est prélevé dans la nature. Une pleine consciente des limites que l'on doit s'imposer.

Une telle économie peut rationaliser la sphère de première nécessité, voire la socialiser, et dans le même temps tendre à élargir sans limite la sphère de haute nécessité.

- Dans une économie relationnelle, l'entreprise et l'esprit d'entreprendre peuvent retrouver une âme. C'est-à-dire qu'ils peuvent se faire multidimensionnels.

Déployer autour de son noeud de profit (s'il subsiste), une auréole exaltant un rapport non prédateur à la nature, un rapport créateur à l'idée de l'humain quelle installe dans sa finalité, un rapport volontariste aux idées d'équité et de solidarité qu'elle installe dans ses valeurs actives.

L'entreprise nouvelle peut alors accueillir dans toutes ses dynamiques, ou dans ses satellites, le vieil esprit de la coopérative, l'inépuisable ferveur mutualiste, la philosophie du service public, les fastes de l'artisanat, les générosités d'une pratique solidaire qui autorise l'espoir…

Ainsi, le chef d'entreprise que nous pourrons favoriser, ne sera plus ce monstre du MEDEF qui fuit les tables des négociations, mais des êtres pratiquant les poétiques du vivre et du construire ensemble.

Parleur décision récente en faveur du Lyannaj, les petits patrons de la Guadeloupe, les petits artisans de Martinique, l'ont déjà démontré : ils ont retrouvé dans l'humain le sens ultime que devrait supposer toute entreprise. Osons penser ces entreprises relationnelles dont la vigueur contaminera les autres..

.Dans nos traditions de la solidarité, de la fraternité et de l'espérance, nos tontines, mutuelles et coopératives, les femmes étaient centrales et elles étaient les plus actives. Durant les évènements de février, elles étaient naturellement les plus nombreuses. Et c'est vrai que plus le prosaïque s'impose plus la féminité recule, et plus les femmes sont maltraitées.

La condition faite aux femmes dans l'économie marchande est proportionnelle à la perte d'âme qui s'y est produite. Nous devons retrouver de laféminité, renaître à la féminité, enlever cette notion à la répartition sexuelle prosaïque pour la restituer à cette donnée solaire qui fonde le poétique humain. Précipitons le principe du " salaire " dans un feu poétique, pourvoir ce qu'il devient, ou voir ce qu'il en reste...

- Dans une économie relationnelle le travail peut devenir créateur d'épanouissement. Il est aujourd'hui dressé au cœur de notre existence quotidienne, en idole prosaïque tentaculaire(qui désespère autant quand on en dispose que lorsqu'on n'en a pas).

Nous pourrons, dans une économie relationnelle, soit en faire un lieu d'épanouissement humain, soit lui enlever son emprise stérile sur notre existence : exiger du temps libre, vouloir du temps de vie, être jaloux de son temps créateur... Peupler notre existence d'activités, d'œuvres, d'ouvrages, de métiers au sens noble qui s'ouvrent sur la solidarité sociale, qui veillent à l'épanouissement de soi...

L'activité citoyenne, la démarche solidaire,l a concorde mutualiste, le sens du coopératif, la démarche artistique, l'éclat d'amour dans l'échange... sont des vitalités qui naîtront sans entraves du poétique déclaré de chacun, et qui s'imposeront par là-même à l'économique, ordonneront aux politiques…

Ainsi le terrible couperet de la retraite disparaîtrait, les jeunesses ne seront plus vieilles d'emblée, les vieillesses vides, vouées aux animations des mouroirs, se verront diminuées....

Cet imaginaire du sens, du vivre plein, du vivre fou, du vivre femme, du vivre jeune, du vivre ancien, appliqué au travail, autoriser a des politiques publiques, lesquelles permettront d'ajouter à l'idée de " gagner sa vie ", un chatoiement créatif à finalité humaine, base exacte et intraitable d'un vrai épanouissement.

4 - LE PRINCIPE DU GRATUIT SOLIDAIRE

- Se rappeler que toutes les sociétés se sont sédimentées autour du donner-recevoir-rendre, donc du gratuit, et cela avant même que la mentalité marchande n'apparaisse. On donnait, recevait et rendait selon des extensions temporelles aléatoires, qui ne s'inscrivaient pas dans le " donnant-donnant "des marchands.

Cette liberté temporelle faisait relation, elle était le ferment des rapports de solidarité, de bienveillance, d'amitié, de fraternité, de reconnaissance active... - finalement d'ouverture à l'Autre, autour desquels un contrat social naturel allait s'élaborer.

Et ce qui avait institué ce principe, et qui allait le renforcer, ce ne furent pas bien entendu des valeurs morales, l'idéedu bien ou du mal, mais le fait élémentaire que ceux qui donnaient le plus, qui donnaient le mieux, recevaient tout autant, et rendaient tout autant, et développaient de manière considérable leur capacité de survie.

Ceux-là se retrouvaient dans un tissu de solidarités très denses, qui dépassait le cercle proche pour s'étendre sans limites. Toutes les valeurs familiales, sociétales, tous les principes mutualistes, toutes les bases de coopératives et d'associations, vont naître de cette pratique originelle inscrite dans la survie, et animée de l'idée du don, et donc porteuse de l'idée du gratuit.

L'esprit marchand, le dogme capitaliste a dévalorisé cette base en instituant la loi du donnant-donnant tout de suite, du tout payant ouvrant au tout-profit, au profit à tout prix. L'erreur serait de laisser ce principe continuer à vampiriser nos politiques sociales, sociétales, culturelles et économiques...

Les expériences de logiciels, de dictionnaires en ligne, de bibliothèques, de base de données, d'archives, tous libres sur Internet, nous ont démontré que la viabilité économique, et donc le réalisme, n'était pas incompatible avec la solidarité gratuite, le savoir et la connaissance rendus au bien commun, la part donnée sans rien attendre aux autres.

L'inhumain du profit systématique peut être remplacé par un " bénéfice " gratuit, un supplément d'âme qui vient de tous, qui passe par tous, qui nous enrichit tous, tant de manière individuelle que collective. Ce sont avec ces germes-là que nous devons ensemencer nos nouvelles modalités sociétales.

- Faire en sorte le payant, le marchand, ne soient plus les déterminants centraux de notre vie personnelle, et de notre société. Ces dimensions se verraient reléguées au rang des exceptions qu'on ne saurait éviter.

C'est vrai que le capitalisme n'a pas peur du gratuit. Son opportunisme protéiforme saura sans doute en faire un moyen de profit qui ouvre à bénéfice marchand. Chaque éclat de lumière augmente toujours une part de l'ombre. Le tout est de ne pas craindre les ombres, en devenant un producteur continuel de lumière.

Le tout est de soupeser l'hommage que toute ombre présente à la lumière. De plus, il existe une dimension du gratuit qui restera toujours hors d'atteinte de ces grands prédateurs : quand le gratuit s'attache d'abord au bien commun, qu'il accompagne toujours une haute idée de l'humain auquel il se met entier à son service. L'imaginaire libre des individus qui bâtissent leur plénitude dans un rapport généreux à l'autre ne leur concède aucune accroche.

- Dans l'idée du gratuit il faut entendre : altruisme, solidarité, coopération, mutualisation, partage, échange, don, générosité, bénéfice non-marchand..... Introduire ces notions dans tous les aspects de notre vie quotidienne, de nos rapports sociaux, de nos entreprises économiques....

Donner de la valeur à ce qui n'a pas de prix, qui ne peut pas être acheté. Comprendre que le travail retrouve du sens quand il permet la réalisation de tout cela. Abandonner l'idée que ce qui est produit ne vaut qu'en fonction de ce que cela rapport en profit matériel, et en faire un principe...

5 - LE PRINCIPE D'UNE CITOYENNETE MONDIALE

- Reconnaître que la mondialisation a déplacé ce qui est déterminant pour notre vie quotidienne à un niveau qui est désormais mondial. Le déséquilibre du métabolisme de la planète provoque un déplacement au même niveau, de ce qu'il nous faudra mettre en œuvre pour la survie de notre espèce. Le cyberespace en diminuant les distances, en augmentant la fluidité des contacts, des informations et des états de conscience, fait de même.

Quant à l'économie marchande, de plus en plus immatérielle, informationnelle et financière, elle échappe à toute emprise nationale ou étatique, à toutes frontières, afin de sévir partout sans être vraiment nulle part, et ne peut être conditionnée qu'à un niveau d'intervention qui lui aussi doit se faire mondial. Nous nous retrouvons, peuples, populations, individus, îles et continents, villes et campagnes, dans un gigantesque biotope(Tout-Monde) sur lequel nous n'avons encore aucune emprise régulatrice concrète.

Les capitalistes marchands et la meute de leurs économistes ont, en matière de globalisation, déjà vingt ans d'avance sur ce que l'humain a de plus progressiste. À cette échelle, tout est à inventer. Les niveaux de conscience, le politique, la citoyenneté, comme le civisme de base, doivent eux aussi se pratiquer à cette échelle.

La citoyenneté n'est plus une notion seulement nationale mais une éthique mondiale qui transcende toutes les appartenances et qui s'impose à elles. Pas une misère qui soit seulement locale. Pas un évènement qui ne soit que mondial. Pas une émergence, louable ou malfaisante, qui ne se répande partout. Nous sommes tout autant victimes du monde que créateurs du monde, donc qu'on le veuille ou non, actifs ou passifs : nous sommes des citoyens du monde.

Les ONG internationales, Amnesty international, Greenpeace, les altermondialistes, qui contextualisent et globalisent tout à la fois, nous montrent déjà la voie des justes militantismes et des niveaux de conscience les mieux exacts. Ainsi la question de la dette des pays pauvres doit être un élément de notre conscience active.

De même, la marchandisation du Vivant, celle de l'eau, la nécessité du commerce équitable, les houles migratoires que de grandes civilisations cherchent à terroriser… Le métabolisme de la planète qui règle notre propre métabolisme doit être aussi parmi nos lancinances. Une perception citoyenne du monde aiguise le regard que nous portons sur notre contexte local, sur notre construction personnelle, sur nos choix politiques ; et la prise en compte interdépendante des défis locaux augmente notre capacité à vivre et à penser l'insondable du Tout-Monde.

6 - LE PRINCIPE D'UN IMAGINAIRE AUTRE

- Le réel d'un humain est en grande partie constitue par la perception qu'il se fait de la réalité. Ses gestes, ses désirs, ses actions, ses peurs et renoncements sont agis par des flux de représentations qui n'ont rien de tangible, et qui constituent nos imaginaires.

Le biotope déterminant d'Homo Sapiens a moins été naturel qu'imaginaire : il s'est construit une idée de la réalité, et des moyens de la contraindre, à force de délires, de croyances, mythes, religions, démons, zombis et diables, divinités et forces obscures, qui allaient se fixer sur les animaux, sur les forces naturelles, et qui lui revenaient en constructions symboliques collectives, lesquelles lui fournissaient des accès à un réel qu'il s'était pour l'essentiel construit. En cela, nous n'avons pas changé.

- Le système marchand capitaliste, la prééminence absoluede l'économique, n'existent en nous que par l'imaginaire.

Notre transformation en " consommateurs " compulsifs aussi. Notre crainte irraisonnée de toute responsabilité collective se terre aussi à ce niveau. Les oppressions qui sont en œuvre dans le monde s'exercent désormais (sauf archaïsmes non signifiants) sans soldats, sans contraintes, juste par une imprégnation des croyances, des perceptions et des valeurs, et des représentations qui déterminent le vouloir-être, le vouloir-faire, les perceptions du beau du bien du juste ou de l'injuste...

On aura beau réenclencher la production locale, notre soumission envers les grandes surfaces ne bougera pas d'une maille tant que notre imaginaire alimentaire restera habité des grands standard marchands. La liste syndicale des cent produits de première nécessité est le reflet ahurissant d'un imaginaire complètement possédé.

Toutes les Assemblées uniques, tous les articles74 du monde, ne nous apporteront pas un gramme d'initiativeet de liberté, d'auto-rédefinition, si notre imaginaire reste encore aliéné.

- Les représentations internes sont terriblement déterminantes.

Car leurs sédimentations sont insensibles, leur violence indolore, leurs totalisations indécelables. Elles nous habitent autant que nous les habitons. Chez un " consommateur ", il existe comme un maître intérieur par la régie duquel la pulsion remplace le désir, et la compulsion supplée la perte de sens. Les orientations proposées ici sont de nature à ébranler les assises infectées de notre esprit.

Elles peuvent enclencher la mise en branle d'un imaginaire autre qui, en retour, les conforteront. Mais elles ont besoin d'une mutation de toutes nos représentations afin d'atteindre à leur total effet. Si bien qu'a la vigilance individuelle doit s'adjoindre des politiques culturelles, des dispositifs symboliques, des rituels adaptés aux jaillissements des hautes nécessités…

Tout un dispositif qui doit agir tant autour de nous qu'au plus profond de nous, et qui nous aidera à faire muter (ou transmuter) l'insensible perception que nous avons de nous mêmes, du pays et du monde.

7 - LE PRINCIPE D'INTERDEPENDANCE RELATIONNELLE

- Refuser dans ce que nous allons imaginer (institutions, organisations, entreprises, instances, partis, mouvements...)des ossatures hiérarchisées, pyramidales, prises dans une étancheité orgueilleuse.. Ce principe si cher à la pensée complexe d'Edgar Morin s'accorde au vœu d'utopie, à cet appel aux libertés de nos imaginaires.

Toute organisation devra pouvoir irriguer ses ossatures verticales de l'énergie latérale du mouvement. Il s'agit de favoriser des plénitudes individuelles qui adhèrent à des collectifs mouvants, mobiles, protéiformes, capables de s'adapter aux aléas de l'imprévisible, capables de se répandre en des réseaux horizontaux qui leurs assurent autant des emmêlements de groupes que des cristallisations individuelles, et cela à tous les niveaux, et cela dans différents espaces.

- En tout, faire le choix de la contradiction mise en tension, de l'inventif aigu qui ne renonce a rien, de l'impensable qui autorise, bref : faire le choix du vivant. Ici le Divers est lié à l'Unité, l'individuel au collectif, l'intention de chacun s'exalte dans le vouloir de tous, en une richesse interféconde indissociable, non pas selon l'ordre d'une dialectique mais suivant le désordre d'une poétique.

Ainsi, ces collectifs qui se sont formés spontanément, et qui déchaînent leur imagination, ne doivent pas disparaître dans une concentration monolithique. Ils doivent vivre au contraire, aller leurs chaos individuels, déguster leur désordre natif, et se lier, se relier, éprouver le Lyannaj de solidarités qui peuvent être conflictuelles.

Ne renonçons à rien, tout comme le vivant ne renonce à rien, tout comme il emprunte tous les hasards, accueille les mutations les plus extravagantes... Et tout comme le vivant, mettons ce tout en relation, et attendons la providence...C'est dans cette tension du relationnel interdépendant que naîtra l'effervescence la plus féconde.

Que l'éclatement demeure dans l'intention commune ! Que la profusion règne dans le Lakou commun ! Et que l'imaginaire s'en aille aux tremblements....De même, il faut accueillir ces archaïsmes qui surgissent partout- notamment dans la relance (admise par tous comme indispensable) de l'autosuffisance alimentaire.

Ce retour à la tradition, cette nostalgie du " jardin créole ", cet écologisme mystique qui nage dans des croyances.... Tout archaïsme recèle une sapience utile, donc un vrai germe de futur... Tout archaïsme peut donner un sens nouveau, un sens précieux, à une part brusquement révélée du présent.

Et c'est en cela qu'il ne s'agit pas de refluer dans le coin des traditions, mais au contraire de les précipiter, les relier aux consciences du présent, aux à-venir des technologies nouvelles, de les soumettre à l'alchimie salvatrice de ce que Glissant appelle : une vision prophétique du passé...

L'autosuffisance alimentaire, le vieux jardin créole...,seront des sapiences du passé explosées en vision de futur. Une tournoyante relation.

- Avec le principe de l'interdépendance, le nouveau, l'imagine soudain, ne remplace pas l'ancien. Il lui donne au contraire des raisons de se régénérer, d'aller à mutation.

L'économie sociale, l'artisanat, l'échange, la coopérative, l'esprit mutualiste, la tradition associative, le bénéfice non-marchand, toutes ces " vieilleries " que l'esprit marchand nous a amené à mépriser, peuvent trouver dans nos élans d'imaginaires, mille moyens de s'allier, voire de donner une âme, aux techniques de maintenant, aux procédures modernes, aux technologies neuves, aux sensibilités contemporaines... Elles sont porteuses de plus de beauté que les eaux glacées de l'individualisme égocentrique ou profiteur.

- Avec le principe de l'interdépendance, démocraties représentative et participative ne doivent pas s'opposer. Avec ce principe d'interdépendance, l'élu n'est plus ce délégué omnipotent à qui l'on remet son destin, mais le catalyseur de la réflexion commune émanant de la créativité sociale réhabilitée. Ainsi, le participatif affinera le représentatif, lequel sera la pleine expression du participatif.

Et dans ce participatif (qui n'est pas seulement un espace de paroles ou d'opinions, mais une intensité d'élaborations et d'idées) il nous faut investir la création juridique. L'économie en devenant immatérielle a gobé le politique, si bien que les forces économiques oppressives font partie du pouvoir, donc du Droit positif. Dans le temple sacralisé du marché, le Droit est devenu un glaive régulateur.

Par l'effervescence des imaginaires que suppose la démocratie participative, il nous faudra être soucieux d'élaborer, tant au niveau local qu'à celui du Tout-Monde, des constructions juridiques qui viendront noyauter, puis déclasser, les anciens dispositifs.

Nous devons être créateurs de Droit, de règles, de conventions empreintes du poétique. La création juridique, précipitée dans la vision et le feu poétique, doit retrouver son esprit d'origine, sa force fondatrice disséminée parmi tous, et au service du mieux humain.

- Comprendre que nous affrontons toujours des syndromes complexes et jamais des problèmes isolés. Notre archaïsme colonial s'insère dans le capitalisme qui, lui profite de notre absence au monde. Notre triomphale liste de produits à prix administrés va tomber dans une logique d'économie de marché où elle sera dissoute.

La question békée s'insère dans le racisme qui est une plaie mondiale, et elle se nourrit des archaïsmes coloniaux envenimés par le capitalisme. La question des transports n'est pas un problème de voies insuffisantes ou d'autorité centrale, mais aussi une question d'urbanisme, d'existences, de mode de vie, de choix personnels, de rapport à l'automobile....

L'idée de la prééminence humaine sur le reste du vivant, d'un humanisme coupé de la nature, précède et survivra sans doute aux conceptions du " développement " qui dégradent le Vivant. L'assistanat renforce en nous de vieux démons que les hommes ont toujours eu à combattre, et qu'ils auront toujours à combattre pour mieux devenir humains...

Une des forces du capitalisme, c'est de nous avoir amené à penser que tout est économique, que l'économique est décisif, ce qui se retourne contre lui et le présente aujourd'hui comme l'ennemi public numéro un.

Mais l'ennemi véritable, le seul, c'est de ne pas être capable de mettre tous ces démons en relation et en interdépendance, et de les combattre de la même manière, en demeurant comme ils ne savent pas l'être : passionnément vivants en relation.

C- QUESTIONS POUR LA REFONDATION

Il s'agit ici de proposer un canevas de questions qui pourrait servir de base aux Lakou, sites Internet et autres forums citoyens. Ces questions pourraient être innombrables, et se décliner à l'infini, secteurs après secteurs… donc, inutile d'essayer de les répertorier toutes.

L'important est que tout un chacun puisse s'emparer du principe et l'appliquer à son espace d'activité et ses centres d'intérêt. Nous avons privilégié ce que l'on pourrait appeler des " questions génériques" qui, lorsqu'elles sont explorées, devraient ouvrir à d'autres questions...

Ainsi, de question en question, peut-être se dessineront des perspectives fondamentales et des états de conscience transformateurs, sachant que ces derniers sont plus souvent porteurs de bonnes questions que de somptueuses réponses...

Que chacun se questionne, ouvre ainsi son firmament, et habite son étoile... Ainsi, comme le désirait Marx, ce n'est pas l'idée qui ira au réel, mais bien le réel qui s'emparera de l'idée...

1 - AUTOUR DU PRINCIPE DE RESPONSABILISATION

Le " grand dérangement " de ces dernières semaines a-t-il affecté fondamentalement notre existence ?Quelles leçons en tirer ?Existait-il dans ce mouvement un désir de faire peuple ?Un sentiment d'impuissance collective appelant à plus de responsabilité ? Pourquoi ?

À quoi peut nous servir l'idée de responsabilité ?Comment la définir ? Quel sens lui donner ?Qu'y a-t-il d'effrayant ou d'insoutenable dans l'idée de" responsabilité collective " ?Pourquoi être responsable, tant du point de vue individuel que du point de vue collectif ?

Notre responsabilité collective est-elle incompatible avec le maintien d'une alliance à la République Française ?

2 - AUTOUR DU PRINCIPE DE HAUTE NECESSITE

Qu'est-ce que la " première nécessité " ?Qu'est-ce que la " haute nécessité " ?Que pourrait-on mettre d'exaltantdans l'idée de haute nécessité ?Que pourrait-on mettre de transformateur dans l'idée de haute nécessité ?Le temps libre est-il de haute nécessité ? Pourquoi ?Quels sont les besoins poétiques d'un être humain ?

3 - AUTOUR DU PRINCIPE DE L'ECONOMIE RELATIONNELLE

Comment organiser une économie plurielle, mêlant économie marchande, économie administrée et redistributive, économie de réciprocité, économie solidaire (esprit mutualiste, esprit coopératif, esprit associatif) ? Quels en seraient les avantages ?En quoi ces dimensions économiques multiples changeraient-elles nos imaginaires ?Comment concevoir une autre idée du travail ?

En quoi et comment pourrait-il être un lieu d'épanouissement véritable ?Comment concevoir des entreprises dont l'éthique ne serait pas basée sur le profit ? L'entreprise pourrait-elle devenir un lieu d'épanouissement humain, de développement personnel ?Comment l'entreprise pourrait-elle être le moteur d'une autre socialisation ?

D'une autre mondialisation ?Comment envisager un esprit d'entreprendre qui s'attache à revitaliser l'écologique, le solidaire, le social, l'intergénérationnel, les difficultés liées à la petite enfance, le culturel, le généreux, le convivial, le créatif, la joie et la musique, l'idée la plus haute de l'humain, l'idée la plus haute de notre rapport à la nature ? L'idée de service public doit-elle réinvestir ces domaines ?

" Zones franches " et " défiscalisation " garantissent-ils le principe républicain de solidarité ?

4 - AUTOUR DU PRINCIPE DU GRATUIT

Comment développer la sphère du gratuit dans notre vie quotidienne, dans notre espace social, dans notre vie économique, dans nos rapports aux autres ?Qu'y a-t-il d'insoutenable dans l'idée du gratuit ?L'intrication du non-marchand dans le marchand suffirait-il à instituer une économie relationnelle ?Existe-t-il une religion de l'économie, comment y échapper ?Un bien, une création pourraient-ils être gratuits ?Peut-on être producteur de gratuit ?

5 - AUTOUR DU PRINCIPE DE CITOYENNETE MONDIALE

Existent-ils des problèmes du monde contemporain qui ne nous concernent pas, et qui ne nous concernerons jamais ?Qu'est-ce que la citoyenneté ?Comment envisager une citoyenneté mondiale, un civisme et un militantisme mondialisés ?Comment penser, agir, vivre avec le monde, sans délaisser son lieu ?

Comment penser, agir, vivre avec le monde, et sauvegarder son lieu ?Peut-il exister une conscience ou une expérience du monde qui n'appartienne pas à la mondialisation économique ? Quelle serait son utilité ? Comment la privilégier ?Existe-t-il une haute nécessité dans notre rapport au monde ?Quelles sont nos finalités-pays, nos finalités caribéennes, nos finalités américaines, nos finalités mondiales ?

6 - AUTOUR DU PRINCIPE DUN IMAGINAIRE AUTRE

D'où nous viennent les représentations que nous avons de nous-mêmes, de notre pays, du monde ?Quelles sont nos prises sur elles ?D'où nous viennent les représentations que nous avons de l'entreprise, du travail, de l'économie ?Quelles sont nos prises sur elles ?

Quels pourraient être les grandes valeurs, les grands principes, d'une société martiniquaise nouvelle ?Comment les mobiliser ?Comment passer d'une société économique à une société culturelle? Quelles définitions donner de ces deux notions ?

7 - AUTOUR DU PRINCIPE D'INTERDEPENDANCE RELATIONNELLE

Comment garder l'esprit du " Lyannaj " dans le traitement de tous les problèmes que nous allons traiter ?Comment assurer une pérennisation de l'idée du Lyannaj, de maintenir actif l'esprit du collectif dans tout ce que nous aurons à penser, à organiser, à réorganiser ?

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