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 Le blog de Léonce Lebrun

Drôle de monde dans lequel nous vivons, un monde  où la Démocratie, ne fait pas bon ménage avec l’éthique et la déontologie, il suffit pour une chapelle de ramasser la mise, que dis-je le pactole du Palais Bourbon ave à peine 20% du corps électoral...

Car Il a fallu la maladresse d’un courant, et une chance extraordinaire, pour  rétablir la Bourgeoisie dans toute sa splendeur, sous couvert d’une habile monarchie républicaine.

Oui mais dans tout ce climat idyllique, il y a une masse qui attend son heure pour renverser la table, par tous les moyens, y compris un remake à la mode de la Commune de Paris (1871) alors là, il n’y aura pas de Versaillais pour sauver la mise, car l’Histoire m’a appris qu’on avait toujours tort d’abuser du peuple,...dure sera la chute... 

Une Coupe du Monde et l'Afrique

 

 

De la Coupe du monde comme allégorie de la gouvernance et du développement

 

Un tournoi majeur de football comme la Coupe du monde est-il simplement un événement sportif d’envergure ou peut-il apparaître, à travers son déroulement et la prestation des différentes équipes, le reflet de la marche de la société globale . La question reste d’actualité après la piètre prestation des pays africains en Afrique du Sud.

 

 

Aucun événement n’a suscité autant d’espoir en Afrique au cours de la dernière décennie que la Coupe du monde 2010. En accueillant la compétition pour la première fois depuis son lancement en 1934, le continent était en droit d’attendre monts et merveille d’un tournoi qui semblait lui tendre les bras.

 

En vertu d’une certaine tradition  qui voudrait que le prestigieux trophée soit remporté par un représentant du continent qui accueille la compétition. « Gagner en Afrique avec l’Afrique , avait lancé d’emblée, comme une injonction, Sepp Blatter, le président de la FIFA.

 

 C’est le moment de l’Afrique , claironnait la chanteuse colombienne Shakira dans une chanson largement diffusée lors du tournoi et inspirée d’un vieux succès du groupe musical camerounais Zangalewa . Pour une fois, l’Afrique semblait favorisée par le sort, en recevant sur son sol la planète football, en étant représentée, exceptionnellement, par six équipes, dont l’Afrique du Sud.

 

Pour certaines formations comme le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Nigeria ou le Ghana, le rêve de remporter la Coupe du monde était d’autant plus permis que les meilleurs joueurs africains évoluent dans les grands clubs professionnels européens et que les sélections bénéficient désormais d’une bonne préparation.

 

L’immense espoir nourri par les millions d’Africains sera finalement déçu à l’issue du premier tour avec l’élimination de cinq équipes sur six. Malgré le combat héroïque du Ghana en quart de finale, le dernier carré a été monopolisé par l’Amérique du Sud et surtout l’Europe qui a remporté la Coupe du monde à travers l’Espagne.

 

La prestation sans relief des équipes africaines a suscité chez certains observateurs des interrogations en rapport avec la situation actuelle du continent sur le plan économique, social, politique.

 

L’une des questions les plus récurrentes est la suivante , le sport de haut niveau , le football en particulier doit-il rester un simple jeu ou peut-on voir à travers les résultats enregistrés sur le terrain la traduction d’une certaine hiérarchisation entre les nations, le reflet de la marche du monde et de la société globale .

 

En d’autres termes, est-il possible de faire un rapprochement entre la trajectoire d’un éventuel vainqueur de la Coupe du monde (premier tour, huitièmes de finale, quarts de finale, demi-finale, finale et les différentes étapes à franchir par un pays pauvre pour atteindre les hautes sphères du développement économique et du progrès social.

 

Des réflexions menées ici et là aux lendemains de la débâcle sud-africaine laissent entendre qu’il existerait des similitudes frappantes entre le monde du sport et celui du développement global qui sont tous deux installés dans la logique de la concurrence et du dépassement.

 

Un célèbre historien observait que l’Afrique a toujours été une abonnée traditionnelle aux promesses aussi extravagantes qu’irréalistes. Bailleurs de fonds, partenaires au développement et experts  en tous genres, en ont usé et abusé.

 

Les organisateurs de la Coupe du monde 2010, avec en tête la FIFA, étaient-ils dans la même logique en faisant rêver des millions d’Africains fortement convaincus que leur tour était enfin venu de gagner . Malgré les multiples déboires du passé, les Africains ont cru sur parole, une fois de plus, les prophètes du bonheur sur commande et du triomphe sans effort.

 

Jusqu’à la veille du coup d’envoi, on évoquait ici et là une certaine légitimité africaine à atteindre les limites de l’impossible, à toucher enfin le Graal. Il suffisait d’entrer sur la pelouse pour jouer et gagner.

 

Sans effort particulier puisque c’était écrit d’avance et que les instances dirigeantes du football mondial ne pouvaient manquer de tenir leurs promesses. Les Africains avait-ils oublié à ce point la boutade d’un célèbre homme d’Etat français pour qui les promesses politiques ou autres n’engagent que ceux qui y croient .

 

Avec le recul et au regard de la prestation mitigée des équipes africaines, certains en viennent à penser que les bienveillantes déclarations des maîtres du football mondial ainsi que les prévisions optimistes des amoureux de l’Afrique à la veille de la compétition n’étaient que de la poudre aux yeux.

 

Une attitude qui rappelle étrangement les commentaires élogieux et autres propos dithyrambiques que certains experts  originaires des pays amis  se plaisent à émettre sur la sagesse  des dirigeants africains et sur l’avenir glorieux  de leurs pays respectifs.

 

Pour ceux qui prétendent lire entre les lignes, le fiasco sud-africain vient aussi rappeler, de la manière la plus brutale, que l’inflation d’éloges peu sincères et de promesses sans lendemains n’ont jamais été déterminants dans la bataille contre le sous-développement et la pauvreté. L’effet pervers étant que la générosité supposée des bienfaiteurs n’ait d’égal que l’extrême minceur des réalisations concrètes.

 

Dans le domaine du football en particulier comme dans celui du développement en général, il y a fort à craindre que ce continent d’avenir  qu’est l’Afrique en soit toujours à ronger ses freins, en attendant mieux.

 

L’idée largement répandue sans arguments solides) que c’était le tour de l’Afrique de remporter la Coupe du monde puisque la compétition se déroulait pour la première fois sur le continent et que d’autres régions du monde l’avaient fait en d’autres temps  n’aura été, en définitive, qu’une terrible illusion.

 

Par ironie du sort, l’optimisme béat, doublé d’une affligeante naïveté, aura eu pour conséquence de mettre en veilleuse la vigilance et la concentration, si indispensables lors d’une compétition de cette envergure. Et quand est venu le moment de confirmer ces prévisions osées, l’espoir suscité a viré rapidement au cauchemar.

 

En matière de records inédits, difficile de faire mieux : pour la première fois, le pays organisateur a été éliminé d’entrée. Des équipes d’expérience, très attendues comme le Cameroun et le Nigeria ont baissé pavillon dès les deux premières rencontres. L’Algérie a quitté la compétition sans marquer le moindre but.

 

La Côte d’Ivoire semblait n’avoir qu’une ambition : éviter le ridicule. Malgré sa fougue, le Ghana, seul rescapé africain du premier tour, n’a pas pu faire autant que la Corée du Sud qui hissa pour la première fois l’Asie en demi-finale d’une Coupe du monde en 2002.

 

Alors on peut s’interroger : pourquoi les équipes africaines ont-elles échoué là où d’autres ont réussi par le passé . La logique commande de revenir sur terre pour voir plus clair. Car au-delà des vaines spéculations, seule l’Histoire peut permettre de mieux éclairer le présent. Et les faits sont têtus.

 

L’implacable vérité c’est que la Coupe du monde de football ne se gagne, ni par le fait du hasard, ni à coups de slogans creux. Voilà une des plus vieilles compétitions de la planète qui continue à refuser ses charmes, passablement défraichis du reste, au premier venu.

 

Depuis la première édition organisée en 1930 en Uruguay, huit décennies sont passées, sans le moindre bouleversement dans cette logique implacable. Quatre-vingt ans que ça dure. Chaque fois, il y a toujours beaucoup d’appelés au départ et très peu d’élus en fin de compte.

 

En 2010, le prestigieux trophée était remis en jeu pour la 19e fois avec seulement 8 pays différents ayant atteint la première marche du podium. Les mêmes noms reviennent ou presque , le Brésil couronné 5 fois, l’Italie, l’Allemagne , l’Uruguay et l’Argentine.

 

L’identité et le profil des différents vainqueurs ne laissent place à aucun doute et en disent long sur leurs immenses potentialités. Exception faite de l’Uruguay qui s’imposa au tout début d’une compétition alors peu disputée, tous les lauréats ont des solides arguments à faire valoir. Tous peuvent se prévaloir d’un poids démographique certain, d’une puissance économique incontestable, d’une influence politique et diplomatique considérable.

 

Raisons pour laquelle les vainqueurs les plus réguliers sont considérés comme des grandes ou moyennes puissances selon les critères d’analyse et figurent, pour la plupart, parmi les toutes premières économies du monde. Tout ceci ne tient pas du simple hasard. Dans ces conditions, d’aucuns pourraient trouver paradoxal que des géants comme la Chine, les Etats-Unis, le Japon ou l’Inde ne figurent pas au palmarès.

 

Cela peut s’expliquer tout simplement par le fait que l’engouement populaire pour le football soit relativement récent dans ces pays qui pratiquent d’ailleurs en priorité un sport national. Encore que les performances de l’Amérique en Coupe des Confédérations 2009 prouvent qu’elle est en train de mettre des bouchées doubles pour rattraper son retard avec pour ambition déclarée d’accéder tôt ou tard au podium.

 

Sans aller jusqu’à minimiser les chances d’un « petit » pays de remporter un jour la Coupe du monde, on ne peut s’empêcher d’établir un parallèle entre une compétition de cette envergure et les étapes à franchir pour gagner le prestigieux trophée d’une part et, d’autre part, la problématique globale du développement dans les pays africains.

 

Souvent confrontés à maints obstacles sur le chemin du progrès, ces derniers se trouvent dans l’obligation de souscrire à un véritable cahier des charges du développement qui exige de remplir certains préalables pour remporter la bataille de l’épanouissement collectif et de l’émergence globale.

 

Pour certains observateurs, la débâcle inattendue des équipes africaines à la Coupe du monde 2010 alors qu’elles disposaient d’importants atouts , la proximité géographique, un public largement acquis, des joueurs de talent au palmarès éloquent évoluant dans les plus grands clubs professionnels, l’appui multiforme des pouvoirs publics est tout à fait symptomatique et rappelle étrangement la déplorable situation économique et sociale d’un continent qui recèle pourtant d’abondantes ressources naturelles stratégiques qui profitent surtout aux puissances extérieures.

 

L’écart abyssal entre les multiples potentialités agricoles et minières dont disposent des pays aussi différents que l’Algérie, le Cameroun, la Côte d’Ivoire ou le Nigeria et leur niveau réel de développement économique serait au cœur même de la problématique de la richesse, de la réussite ou de l’échec des nations.

 

Cela vaut en en économie, en sport comme dans beaucoup d’autres domaines. Si, en toute logique, les pays économiquement faibles ne produisent généralement que des petites équipes , on ne peut manquer de s’interroger sur les facteurs objectifs qui plombent leur progression vers les sommets.

 

Même en partant du principe que certaines difficultés tiennent parfois à des facteurs imprévisibles comme l’arbitrage, quelques observateurs mettent en exergue l’incapacité des pays économiquement faibles à présenter des masses critiques  suffisantes pour les projeter vers l’avant, à l’instar d’un ressort, et faire ainsi pencher progressivement la balance en leur faveur lors des grandes compétitions .

 

D’autres analystes chevronnés n’hésitent même plus à établir la comparaison entre l’élimination prématurée des pays africains à la Coupe du monde 2010 et leur marginalisation dans une économie de plus en plus mondialisée.

 

Pour les tenants de cette thèse, l’effort et surtout la méthode à déployer pour remporter un trophée qui couronne en fait la première puissance du football mondial, serait, à tous points de vue, comparables aux exigences à remplir par un pays pauvre et dépendant pour rejoindre le club restreint des pays développés et riches. Sur ce plan, l’Afrique a encore du chemin à faire.

 

A côté de ceux qui pensent que le football dans les pays pauvres apparait de plus en plus comme l’opium, qui permet d’éloigner le peuple des préoccupations de développement et de bien-être , un nouveau courant de pensée a fleuri récemment sur Internet et voit dans la mauvaise prestation de certaines équipes le parfait révélateur de la situation politique, économique et sociale dans leurs pays respectifs.

 

C’est l’idée défendue en particulier par Achille Mbembe, politologue de renom à l’Université du Witwatersrand en Afrique du Sud. Pour lui, les mauvais résultats des Africains ne surprennent que ceux qui refusent de regarder la réalité en face. L’argumentation est sans concession . 

 

Chaque équipe nationale de football est à l’image du pays qu’elle représente, le reflet de sa culture, de ses modes d’organisation et de ses tares.

 

  Et d’indexer au passage ceux qui sont passés maîtres dans l’art de la fraude, de l’improvisation et de la prévarication, ceux qui veulent récolter ce qu’ils n’ont pas semé, qui, en lieu et place d’un labeur de longue haleine, réclament des miracles et, faute de les obtenir, inventent des boucs émissaires.

 

Or, le foot moderne ne connaît ni miracles, ni magie. Seuls comptent l’organisation, la discipline, le travail et la prévision. 

 

Poussant plus loin la comparaison entre le management d’une équipe de football et la gestion des affaires publiques, un consultant en relations internationales observe qu’à l’image d’un sélectionneur qui s’emploie à choisir dans l’équipe mise à sa disposition les meilleurs joueurs et à élaborer la meilleure tactique pour engranger le maximum de victoires.

 

Nos dirigeants et tous ceux qui prétendent au leadership en Afrique gagneraient à renforcer leurs capacités dans la définition des objectifs à atteindre, dans la détection des talents, dans la mise en œuvre d’une politique efficiente et des intelligences appropriées, dans la gestion des écarts de comportement ainsi que la coordination de la stratégie globale de développement dans la perspective d’un bonheur à partager.  Plus facile à dire qu’à faire.

 

Sans aller jusqu’à verser dans l’amalgame, on peut logiquement se demander si certains phénomènes récurrents comme le recrutement d’un entraîneur étranger à la dernière minute, le temps de préparation limité à quelques semaines du coup d’envoi d’une grande compétition, la gestion chaotique des effectifs et des talents, l’indiscipline rampante, l’absence de rigueur tactique, la fragilité de la ressource mentale, les difficultés d’ordre relationnels

 

L’égocentrisme qui prend le pas sur l’altruisme et le patriotisme, ne sont pas à rapprocher avec d’autres sujets brûlant comme la corruption, le détournement des ressources publiques, l’atteinte aux libertés individuelles, le tribalisme, l’anarchie institutionnalisée et multiples autres problèmes de gouvernance qui empêchent la plupart des pays africains de transformer l’essai du développement durable.

 

Dès lors, la question est incontournable : comment valoriser les ressources énormes dont regorge l’Afrique pour en faire des richesses au profit du plus grand nombre . Là est toute la problématique, en sport, en économie comme dans d’autres domaines d’activité.

 

Un géo-stratège de nos connaissances se demandait si à l’instar de nombreux pays du continent, riches en ressources naturelles mais pauvres parmi les pauvres en matière d’industrialisation ou d’indice du développement humain, la principale difficulté des équipes africaines ne résidait pas dans leur incapacité à tirer le meilleur des multiples talents dont elles regorgent.

 

Pour la plupart, les sélections nationales présentes à la Coupe du monde avaient dans leurs rangs des joueurs de classe mondiale, évoluant dans les plus grands championnats professionnels d’Europe ou d’ailleurs. Mais entre leur performance en club et leur rendement en équipe nationale, l’écart est celui entre le jour et la nuit.

 

Lorsqu’ils évoluent dans leurs clubs respectifs, des vedettes confirmées comme le Camerounais Samuel Eto’o, l’Ivoirien Didier Drogba ou le Ghanéen Michael Essien n’ont rien à envier à l’Argentin Lionel Messi, au Brésilien Kaka ou à l’Espagnol David Villa.

 

Très souvent, les Africains figurent parmi les meilleurs buteurs en championnat d’Espagne, d’Angleterre ou de France. Curieusement, quand ces joueurs de grand talent rejoignent l’équipe nationale de leurs pays d’origine, ils redeviennent des éléments ordinaires.

 

Difficile dès lors de mettre à leur crédit une action d’éclat, une passe décisive, une empreinte personnelle dans l’organisation du jeu, une prise de risque devant les buts.

 

Tout le contraire de ce qui se passe sous d’autres cieux. Des leaders comme David Villa en équipe nationale d’Espagne, Wesley Sneijder aux Pays-Bas ou Diego Forlan en Uruguay sont apparus, à maintes reprises, comme des pièces maitresses pouvant faire la différence à tout moment , des véritables hommes providentiels capables de tirer leurs équipes vers le haut même dans des situations les plus difficiles.

 

Dans le cas africain, il est rationnellement difficile d’expliquer le fossé entre la performance en club et la prestation en équipe nationale. Pour certains commentateurs, la différence entre les grands joueurs africains et leurs homologues européens ou sud-américains, ne se situe pas au niveau du bagage technique ou du talent individuel, mais plutôt à celui du mental et des ressources morales.

 

Sinon, comment comprendre que des talents déjà confirmés sur le plan international, se fondent facilement dans la médiocrité ambiante une fois revenus dans leurs pays d’origine ? Nos prétendues stars seraient-elles en réalité des diamants mal polis dont l’éclat ne brillerait que par intermittence en fonction du contexte et des enjeux .

 

D’aucuns croient dur comme fer que la tendance qu’ont certains joueurs à s’occuper de l’accessoire (luttes d’argent, indiscipline caractérisée, querelles d’égo, bagarre de leadership…) plutôt que de se concentrer sur l’essentiel ,la victoire constituer a, pour longtemps encore, le ventre mou des sélections africaines en compétition internationale.

 

Ici comme dans d’autres domaines, les Africains semblent prisonniers d’un complexe d’infériorité qu’on pourrait même assimiler au complexe du colonisé. Quand on a peu confiance en soi, le salut ne peut venir que des autres.

 

L’opinion largement partagée étant que l’Africain ne peut trouver son salut en lui-même, par son génie et sa détermination propres, le recours systématique à l’expertise étrangère va devenir un réflexe de type pavlovien. Qu’on les appelle coopérants , conseillers  ou « spécialistes du développement , ces experts sont toujours parés de toutes les vertus.

 

On les croit infaillibles, programmés génétiquement pour gagner ou pour faire gagner. Dans le sport et le football en particulier, l’Afrique s’est habituée depuis longtemps à l’expertise étrangère. Le recours quasi-routinier des équipes nationales africaines aux entraîneurs européens est la règle plutôt que l’exception.

 

On leur a d’ailleurs collé le surnom de « sorciers blancs . C’est dire toute l’étendue du pouvoir mystérieux qu’on leur accorde, sans la moindre justification objective. En dehors de l’Algérie, toutes les sélections africaines ayant pris part à la Coupe du monde 2010 étaient conduites par des entraîneurs non africains.

 

Trois des cinq techniciens en poste ayant été recrutés quelques mois avant le début de la grande compétition, il est évident qu’ils n’avaient pas eu suffisamment le temps, ni pour mieux connaitre et maitriser leurs effectifs, ni pour mettre en place des schémas tactiques et des automatismes indispensables en haute compétition.

 

Il n’empêche qu’ils s’étaient vu confier ici et là une mission quasiment impossible à remplir du moment où toutes les conditions n’étaient pas réunies. Tout se passe comme si du seul fait des origines ou de la couleur de peau, le recrutement d’un nouveau sélectionneur déclencherait à tous les coups des victoires de portée messianique.

 

Alors que des pays relativement novices en matière de football comme la Corée du Sud et le Japon font désormais confiance aux nationaux pour coacher leurs équipes lors des compétitions internationales, en Afrique, on continue de vénérer les sorciers blancs  qui constituent pour certains les pendants sportifs des fameux conseillers  et autres experts  en développement qui écument l’Afrique.

 

A voir avec quelle désinvolture se préparent les compétitions de haut niveau, tout se passe comme si un soupçon de défaitisme s’était incrusté dans le subconscient collectif africain, empêchant tout saut qualitatif vers l’excellence.

 

Au coup d’envoi de la Coupe du monde 2010, peu d’équipes africains avaient pour ambition d’aller jusqu’au bout de l’aventure, en remportant éventuellement le trophée. Les dirigeants comme les joueurs croyaient peu en leurs capacités propres à s’imposer au plus haut niveau. Raison pour laquelle certaines réservations d’hôtel étaient faites au jour le jour.

 

En attendant l’élimination programmée. Quant bien même la chance s’offre d’aller plus loin, elle est vite gâchée. Probablement par manque de confiance en soi ou par défaut de concentration.

 

En 2010, les Ghanéens avaient, grâce à un pénalty, l’occasion historique d’atteindre les demi-finales de la Coupe du monde seniors. Ils l’ont ratée. Comme les Camerounais en 1990, ils avaient sans doute déjà la tête ailleurs.

 

A l’heure de la célébration du Cinquantenaire des indépendances africaines et au regard des déceptions enregistrées jusqu’ici, tout semble indiquer que la perspective d’engranger des victoires au plus haut niveau sera d’autant plus éloignée que l’Afrique n’aura pas intériorisé l’ambition de gagner par et pour elle-même.

 

En faisant sienne la célèbre maxime - YES I CAN - qui a fait la fortune d’un candidat outsider lors de l’élection présidentielle de 2008 aux Etats-Unis. Logiquement, l’éventuel vainqueur africain d’une Coupe du monde sera le pays qui sera parvenu à surmonter le sempiternel complexe d’infériorité.

 

Celui qui aura su mettre les valeurs universelles du travail, de l’organisation, de la planification, de l’altruisme, du patriotisme et de la volonté au-dessus des intérêts égoïstes. D’où la nécessité d’un sursaut d’orgueil dans la perspective d’une véritable décolonisation des mentalités qui irait au-delà de la simple dimension sportive.

 

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