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 Le blog de Léonce Lebrun

Dans aucun pays du Monde il n’y a un tel vocabulaire de marginalisation des minorités, qu’elles soient politiques ou sociétales, en vertu des diktats de la "Démocratie" qui impose la loi d'une majorité, certes légale, mais non légitime, d’un point de vue morale, car elle peut être idiote, obtenue sous le coût d’un enfumage  bien rodé, destiné aux naïfs d’un Système à bout de souffle…

... Et vous avez : communautarisme, diversité, populisme, islamisme radical,  radicalisation et le dernier né, terrorisme, dont le Pouvoir exploite politiquement les conséquences, avec le concours de médias affidés, tout  en  niant délibérément les causes, par exemple la destruction de l’Etat libyen….

Retour de la Caraïbe

 

LYON, le 28 septembre 1981

Le Directeur de Cabinet

Secrétariat d’État aux T.O.M. D.O.M.

PARIS

OBJET - Observations sur la situation à la Guadeloupe et la Martinique.

Cher Camarade,

A n'en pas douter, la Guadeloupe et la Martinique, deux îles de la Caraïbe de culture française, sont des pays où se mélangent pêle-mêle les paradoxes, les contrastes et les contradictions, autant de caractéristiques qui ne peuvent échapper au "touriste", tant soit peu averti et attentif.

Ainsi, de retour de mon pays natal, à la suite d'un séjour de vacances, les conversations que j'ai eues avec les uns et les autres, observateurs engagés ou neutres et mes propres observations, m'amènent à te communiquer quelques informations portant sur des domaines divers.

J'ai donc été frappé particulièrement par la qualité de l'information, le fonctionnement des services publics, le développement de la consommation dite populaire, le dysfonctionnement et les incohérences de la gouvernance administrative

L'information

Le 10 mai 1981, alors même que les français ont émis un vote d'intelligence, les électeurs des îles et de la Guyane plébiscitaient le candidat de la droite, tout au moins au niveau des suffrages exprimés.

Outre les avantages sociaux de caractère temporaire et artificiel que les tenants de l'ancien régime ont déversé sur certaines catégories de personnes de ces pays, le résultat du scrutin doit être recherché dans le contexte de la qualité de l'information véhiculée essentiellement par la radio, la télévision et le quotidien France-Antilles, autant d'organes au seul service du pouvoir giscardien.

Mais, malheureusement, il s'avère que les choses n'ont pas changé.

Il est tout à fait intolérable que ces stations de radio et de télévision régionales soient demeurées des instruments facilitant la diffusion des thèses de la nouvelle opposition, tout en dénaturant, voire même en falsifiant les projets et propositions du nouveau gouvernement. Ce n'est, certes, pas la piètre émission du jeudi 20 août 1981, diffusée par FR 3 Guadeloupe, intitulée "La presse face aux parlementaires", grande première, paraît-il, qui apportera un démenti à ce constat.

Les créations locales sont totalement absentes de programmes venant de PARIS ; la culture caraibéenne n'y trouve pas son compte, en un mot, les médias sont placés au seul service de la minorité européenne, sans doute pour faciliter à ces ressortissants une adaptation en terre conquise.

Guy THOMAS, P.D.G. de FR 3, est, certes, plein de bonne volonté ; des hommes nouveaux ont, paraît-il, été placés à la tête de ces Services mais avec quels moyens ? Les mêmes journalistes sont restés dans les rédactions et les idées de droite, porteuses d'aliénation pour l'homme caraïbéen, continuent d'avoir droit de cité.

Fonctionnement des Services Publics

Que l'on sollicite la coopération d'un Service à caractère public, semi-public ou assimilé, on est frappé par l'existence d'un même phénomène, un « je m'en foutisme systématique. »

On pourra bien polémiquer sur la douceur du climat ou faire état de la présence constante de la chaleur qui n'incite pas à l'effort, à la rigueur et à la discipline.

Mais, la cause à mon sens doit être recherchée ailleurs et, notamment, au niveau de la qualité du personnel d'encadrement.

Dans ce domaine, il est une fois de plus regrettable de constater que la plupart des administrations d’État sont dirigées par des Européens, mutés à titre temporaire, bénéficiant d'avantages exorbitants en espèces et en nature et animés du seul désir de faire fortune dans cet eldorado caraïbe (40 % de vie chère oblige) au détriment des autochtones.

Il est difficile, dans ces conditions, d'attendre des agents locaux un esprit de pondération et d'imagination dans l'exécution de leurs tâches quotidiennes. Ils sont pourtant au service de leur pays.

Au hasard de mes souvenirs, je pense, en particulier, à l'état lamentable de certaines voies de communication, ces villes sales et mal entretenues, conséquence possible d'un manque évident de moyens en hommes et en matériel, le budget dégagé étant plus que misérable, le défaut de signalisation approprié aux différentes intersections qui sont autant de sources certaines d'accidents graves, le non respect caractérisé du code de la route..., l'absence de service public, de transport et j'en passe…

La consommation populaire

Dans un pays donné, la logique conduit à adapter la consommation des ménages en fonction de la production, en clair on ne peut consommer que ce qui a été effectivement produit, or il est patent que cette règle n'est pas en vigueur dans nos îles... entendons Guadeloupe dépendances et Martinique.

A l'époque où j'ai quitté mon île natale, je crois me rappeler que mes compatriotes disposaient de peu de moyens, mais nous étions heureux, il y régnait entre tous les membres de la communauté un réel esprit de solidarité qui nous a permis de surmonter bien des épreuves.

Mais, la fin de la guerre d'Algérie conjuguée avec l'indépendance des colonies africaines ont favorisé 1'arrivée dans nos territoires d'une horde de personnes casées dans la fonction publique ou les entreprises privées avec au bout des situations privilégiées.

Ces familles, ces femmes, ces hommes ont amené avec eux leur mode de vie et leurs conceptions des rapports sociaux etc...

Pour eux, il a fallu tout importer... produits manufacturés, denrées alimentaires.

Parallèlement, les autochtones n'ont pas tardé à suivre le mouvement... abandon de l'exploitation du sol, dégradation de la nature, course aux belles voitures (avec quel revenu fixe) créant un parc automobile anormalement gonflé en qualité et en quantité, eu égard aux ressources de ces pays et à leurs superficies réduites.

L'esprit de lucre, l'arrivisme, l'affairisme, le travail au noir se développent à bon train au milieu d'une absence d'esprit civique caractérisé et pour couronner le tout, l'existence d'une petite bourgeoisie locale de comportement médiocre et dont certains membres sont plus réactionnaires que les gros détenteurs de capitaux.

Le résultat et pour le service de la bêtise humaine, nos îles importent cinq à six fois plus qu'elles n'exportent des produits, essentiellement agricoles.

Le monopole abusif d'Air-France et de la C.G.M. (Compagnie Générale Maritime) n'explique pas tout et les raisons profondes de cette situation dégradante pour l'homme caraïbéen doivent être recherchées dans la volonté politique du pouvoir parisien de maintenir ces peuples d'outre-mer, dans un état permanent d'aliénation et d'assistance.

On ne construit pas un pays, une nation à coup de privilèges, de subventions et d'avantages sociaux, et, à cet égard, les 40 % de vie chère (une absurdité) accordés à certaines catégories de travailleurs sont de nature à aggraver les disparités, les rancœurs et les convoitises, les prix au détail étant alignés sur les revenus de ces privilégiés du système... mais de cela nous en reparlerons.

Dans un tout autre domaine, l'île de la Guadeloupe vient d'être secouée par un scandale dit affaire de la S.O.D.E.G. La situation n'est probablement pas plus saine dans les autres îles et à la Guyane. En tout, cet incident fait ressortir que les fonds publics ont dû servir à bien d'autre chose qu'à l'amélioration de l'environnement ou au soulagement de la misère des plus démunis.

Quoi qu'il en soit, mes compatriotes de la Guadeloupe veulent que toute la lumière soit faite sur l'affaire précitée et quelle que soit l'étiquette politique des hommes qui s'y trouveraient impliqués, ils ne comprendraient pas que sous la direction socialiste, cette histoire soit proprement enterrée, la crédibilité du nouveau régime s'en trouverait fortement entamée.

En te rapportant ces quelques observations, compte tenu du poste que tu occupes dans l'échiquier politique, je crois faire œuvre utile, pour l'avenir, de nos îles. Comme le dit avec émoi notre compatriote Edouard GLISSAND « « d'esclaves, puis de producteurs de denrées coloniales, les caraïbéens sont devenus des clients faussement adulés pour une cause dont ils ignorent les tenants et les aboutissants » ».

Le 10 mai 1981 a consacré la victoire de l'espoir contre le défaitisme, de l'intelligence contre la peur.

Combien de temps les socialistes conserveront la direction du pays ? 400 jours, 5 ans, 7 ans, peu importe, l'essentiel étant que tout ce qui sera fait devra être marqué par le signe du progrès dans tous les domaines et l'Histoire ne retiendra que cela.

De l'avenir de nos territoires et de la dignité de mon peuple, il en est aussi question dans ce nouveau contexte que nous vivons, d’une modification de la gouvernance par l'instauration d'une « assemblée unique » en lieu et place des conseils généraux et régionaux.

N'es-tu pas d'accord avec moi ?

En attendant tes appréciations, je te prie de croire, Cher Camarade, en l'assurance de mes sentiments amicaux et militants.

Léonce Jean Lebrun

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