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Le point de vue de Léonce Lebrun  

Le terrorisme

 

Immigration, insécurité, terrorisme, voilà le triptyque sécuritaire sociétal en vogue dans certaines Nations de l’Occident.  

Chaque composant de cet attelage, appelle un long développement, faisant  ressortir  pour les populations visées …  

…que  la mouvance  maghrébine est en pole position pour un rejet à base de rancœur vis à vis des peuples qui  se sont émancipés de la tutelle colonialiste.

Car après plus de 60 ans une certaine opinion a bien du mal à digérer   ce concept universel …

 

du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes

 

Et donc l’islam est devenu  un excellent repoussoir  avec cette propagande dérisoire de rendre collectivement  responsable, des actes criminels isolés …

 

…, les musulmans qui aspirent à vivre en paix dans ce pays…

 

… à moins de démontrer qu’ils ne sont pas des citoyens à part entière.

 

Mais qu’est ce que le « terrorisme » qui a fait naître en un temps record un vocabulaire islamophobe insupportable depuis cette journée sanglante à Paris du 7 Janvier 2015.

 

Au cours de l’Histoire on a toujours confronté à des situations dangeuruses de guerre, isolées...

 

... Si nous remontons au Conflit mondial de 1939- 1945, les maquisards en France  avaient recours à tous les moyens pour contrarier la présence militaire  allemande...

 

...des actions considérées comme du terrorisme par l'Etat major du 3è Reich, dont les auteurs arrêtés par la Gestapo,(Police politique allemande à l'époque) les SS, et autres "collabos" français s’exposaient aux pires châtiments.

 

Mais après l’Armistice de 1945  ces hommes de l’ombre ont été considérés comme des héros.

 

Par ailleurs ,durant l’occupation de la Palestine par les Britanniques, le bras armé l’Irgoun de l’Organisation nationaliste hébraïqueHaganah, multiplia les opérations et autres missions de terreur...

 

...dont l’explosion de l’Hotel de David, le 22 Juillet 1946, logeant des familles militaires, faisant des centaines de tués et blessés.

 

Et  de nos jours l' Etat hébreu est bien mal placé pour accuser les résistants palestiniens de terrorisme.

 

Car l’Histoire choisit toujours son camp, terroriste aujourd’hui, héros demain.

 

Et donc, qu’on ait présent à l’esprit, que des Occidentaux sont sur le pied de guerre depuis 1945,  détruisant et destabilisant sans motif, des pays entiers Arack, Libye, Syrie …

 

…que demain et tôt où tard, la mouche ayant changé d'âne, les descendants de ces victimes innoentes d’hier, exigeront  des comptes aux nations de l'Occident, responsables…

 

…alors là, bonjour les dégâts, car voici venu le temps des commandos puissamment armés, avec des hommes obéissant aux ordres ,opérant sur des cibles déterminés...

 

...car la roue tourne toujours, ainsi va l'Histoire de notre Humanité...

 

… mais au fait ,devra- t-on les qualifier de "terroristes"…

 L'Abolition de l'Esclavage
 
L'Abolition de l'Esclavage consiste à interdire juridiquement la pratique esclavagiste. Si on trouve historiquement des exemples ponctuels et localisés d'affranchissement des esclaves, l'interdiction légale de l'esclavage, étendue à toutes les catégories de population, reste rare jusqu'à l'époque contemporaine

 

À la fin du XVIIIe siècle et au XIXe siècle, un mouvement historique d'ampleur internationale, consécutif à l'émergence de l'abolitionnisme, conduit à l'abolition de l'esclavage au sein des États américains et des sociétés colonisées par l'expansion européenne.

 

 Au XXe siècle, l'interdiction de l'esclavage s'est progressivement étendue à l'ensemble des États de la planète.

 

Précédents historiques
Des interdictions ponctuelles et localisées

 

Selon l'historien du colonialisme Yves Benot, la première abolition connue fut celle de l’archonte grec Solon au VIe siècle av. J.-C. Sa législation, la seisakhtheia ou libération des dettes , ne concernait cependant qu’une catégorie très particulière de la population, les citoyens athéniens asservis pour dettes.

 

 Elle interdisait toute créance garantie sur la personne du débiteur, mais également la simple vente d'un Athénien libre, y compris par lui-même.

 

 Solon essayait d'enrayer la crise économique et sociale que traversait Athènes , l'esclavage pour dettes des paysans prenait de telles proportions qu’il mettait en danger le fonctionnement de la cité. Toujours pendant la période antique, les Esséniens auraient condamné l'esclavage si l'on en croit Flavius Josèphe.

 

À partir du VIIIe siècle l'esclavage rural, hérité de l'Antiquité, fut progressivement remplacé par le système du servage en Europe occidentale. Aucune législation ne vint cependant mettre un terme officiel à cette pratique, si ce n'est au moment de la Révolution française.

 

Dans le royaume de France, une ordonnance de Louis X le Hutin, datée de 1315, proclama que le sol de France affranchissait quiconque y posait le pied.

 

 On trouve des traces tardives et ponctuelles de l’application de ce texte par les parlements français au XVIe siècle ,  à Bordeaux, en 1571, il est invoqué pour justifier la libération d’une cargaison d’esclaves africains, transportée par un négrier normand qui prend la fuite.

 

 L'application de l'ordonnance royale sera cependant strictement circonscrite au territoire européen, ne remettant à aucun moment en cause la participation active de la France au commerce triangulaire et à la mise en place d'une économie esclavagiste dans ses colonies caraïbéennes.

 

 Avec le développement de la traite, la législation évolua sur le sol de la France dans un sens de plus en plus défavorable aux esclaves , l'automaticité de l'affranchissement fit place à la tolérance de l'esclavage édit d'octobre 1716 puis au strict contrôle du séjour des Nègres déclaration royale de 1738.

 

En Europe, l'esclavage connut un renouveau avec le début de l'expansion européenne au XVe siècle. L'esclavage des Indiens d'Amérique, pratiqué dès l'arrivée de Christophe Colomb sur Hispaniola, se constitua progressivement en problème politique.

 

 Le souverain espagnol Charles Quint l'autorisa d'abord, puis l'interdit en 1526 dans tout son empire sur recommandation de son Conseil des Indes. Dès la fin du XVe siècle, la papauté tenta de mettre un terme à la traite et condamna l'esclavage , c'est le cas de Pie II, de Pie V, d'Urbain VIII ou encore de Benoît XIV.

 

 Le 2 juin 1537, le pape Paul III l'interdit à son tour en termes vigoureux dans sa lettre Veritas ipsa, suivie le 29 mai de la bulle officielle Sublimis Deus. La controverse de Valladolid suivra treize ans plus tard.

 

 Le Nouveau Monde est toutefois loin de Rome, les nouvelles qui en parviennent ne sont que celles que des témoins peuvent ou veulent en donner, et il n'est par ailleurs point de droit possible sans force pour le faire appliquer , la bulle du pape sera complètement ignorée, en dépit d'actions de Bartolomé de Las Casas et d'une partie des évêques.

 

La liberté conquise , révoltes et marronages

 

L'émergence de multiples formes de résistance peut être considérée comme une donnée structurelle des sociétés esclavagistes. Les guerres serviles sous la République romaine puis, à partir du XVIe siècle, le marronnage, constituaient des formes de contestation de l'esclavage par l'esclave.

 

 Les Marrons fuyaient de la propriété de leur maître et partaient se réfugier dans des lieux inaccessibles où ils se regroupaient parfois pour former des sociétés organisées capables de s'organiser contre les chasseurs ou les armées envoyés à leurs trousses, comme le montre l'exemple emblématique du quilombo brésilien de Palmares.

 

 De telles révoltes ne sont pas l'exclusivité du domaine occidental ,  la rébellion des Zandj contre le pouvoir des Abbassides entre 869 et 883 dans le sud de l'Irak constitue historiquement l'une des principales révoltes d’esclaves Nègres.

 

Le XVIIIe siècle , une remise en cause progressive
L'argumentaire abolitionniste
Les arguments philosophiques et moraux

 

Dès le milieu du XVIIIe siècle l'esclavage devint un sujet fréquemment évoqué par les philosophes des Lumières ,  Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Raynal , secrètement épaulé par Diderot écrivirent tous sur le sujet.

 

 Si la dénonciation morale de l'esclavage fut fréquente, elle franchit plus rarement le cap de la remise en cause du système esclavagiste existant dans les colonies. D'autre part, plusieurs encyclopédistes investirent leur fortune dans le commerce triangulaire

 

Les arguments économiques

 

Dans les années 1760 émergea chez les économistes libéraux et les physiocrates français une condamnation économique de l'esclavage. Considéré comme moins productif que le travail libre, le système esclavagiste apparaissait aussi pour ces auteurs comme un frein au développement du marché intérieur

 

. Adam Smith écrivait ainsi que l'expérience de tous les temps et de tous les pays s'accorde, je crois, pour démontrer que l'ouvrage fait par des mains libres revient définitivement à meilleur compte que celui qui est fait par des esclaves.  Ces arguments, qui trouvèrent en France dans le comte de Mirabeau un relais fidèle, permirent de rallier une partie des milieux d'affaire.

 

Devant la condamnation morale qui se généralisa au XIXe siècle, les esclavagistes français se replièrent néanmoins derrière des arguments économiques opposés , sans l'esclavage, affirmaient-ils, la prospérité de la France ainsi que sa position dans le concert des nations serait mise en danger.

 

Les premières sociétés anti-esclavagistes

 

À la fin des années 1780, des sociétés anti-esclavagistes furent fondées quasi-simultanément aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en France.

 

 Leur travail de dénonciation, principalement sur le terrain moral, permettait de diffuser à une large échelle l'information existant sur les conditions de vie des esclaves, comme en attestent le succès des pétitions des années 1788-1789 demandant un débat parlementaire sur l'esclavage en Angleterre ou la revendication de l'abolition de l'esclavage dans les colonies dans une cinquantaine de cahiers de doléances françaises en 1789.

 

L'intensification des révoltes d'esclaves

 

Le XVIIIe siècle se caractérisa par une recrudescence des révoltes d'esclaves dont le nom des leaders connut une postérité importante dans toute l'Europe.

 

 Makandal, chef des insurgés de 1748 à Saint-Domingue, Orookono, leader des marrons de Surinam ou Moses Bom Saamp en Jamaïque sont autant de figures qui nourrirent le mythe du Spartacus dont Raynal se fit l'écho dans son Histoire philosophique et politique des établissements & du commerce des européens dans les deux Indes.

 

La révolution haïtienne 1791 à 1804, première révolution anti-esclavagiste du continent américain, constitue le point d'orgue de cette chaîne des insurrections .

 

 Les Nègres libres et les esclaves de la colonie française de Saint- Domingue se rebellèrent sous la direction de François Dominique Toussaint Louverture puis de Jean-Jacques Dessalines, tous deux anciens esclaves émancipés. La République d'Haïti, proclamée en 1804, devint alors le deuxième État indépendant du continent après les États-Unis.

 

Voies nationales de l'abolition
Au Danemark

 

L'État danois fut le premier à abolir officiellement la traite, en 1792. Influencés par les vigueur des débats abolitionnistes en Angleterre et en France, persuadés que l'abolition allait intervenir rapidement dans ces deux pays majeurs, les Danois, un an seulement après avoir constitué une commission chargé d'étudier cette éventualité et sans qu'une réelle mobilisation ait eu lieu au sein de la population ou des élites intellectuelles du pays, décidèrent de franchir le pas de l'interdiction de la traite.

 

 Ils accordèrent néanmoins à leurs colonies à sucre un délai de dix ans, jusqu'en 1803, pour adapter leur système productif et notamment développer la reproduction du stock d'esclave présent sur place par accroissement naturel.

 

 En fait, malgré l'importance, plus grande que pour la France ou la Grande-Bretagne, du commerce colonial dans l'économie du pays, les membres de la commission avaient constaté la maigre rentabilité de la traite du fait de ses coûts importants , décès d'esclaves et de marins, naufrages, entretien des forts nécessaires au commerce sur les côtes africaines.

 

 Dès lors, rien ne justifiait de la maintenir pour elle-même, et de continuer à la subventionner par le biais des avantages concédés aux compagnies de commerce .

 

Au Royaume-Uni

 

Les prémices de l'abolitionnisme britannique, entre Grand Réveil  et philosophie des Lumières

 

L'Angleterre connut assez tôt l'émergence de discours condamnant l'esclavage , par exemple, le non- conformiste Richard Baxter, qui en 1673 considérait que les négriers étaient des ennemis de l'humanité ou valorisant et humanisant la figure du Nègre d'Afrique asservi, présenté, avec une nette connotation religieuse puritaine, comme un être noble et bon dont la pureté s'opposait à la dépravation de ses maîtres.

 

 La place tenue par les quakers dans ce mouvement initial de dénonciation de l'esclavage doit être soulignée , c'est dans leurs rangs qu'il se cantonnera pendant plusieurs décennies.

 

Cependant, vers 1750, 90 000 quakers parlant anglais des deux côtés de l'Atlantique constituaient une masse de manœuvre non négligeable , et dont les convictions antiesclavagistes ne tardèrent pas à se diffuser dans d'autres églises protestantes britanniques, dans le cadre du développement d'un évangélisme égalitariste s'incarnant dans le Grand Réveil, même si ce dernier mouvement, tout à la fois produit et réaction à la philosophie des Lumières, n'entraîna pas systématiquement l'engagement de ses adeptes en faveur des thèses abolitionnistes.

 

Au Royaume-Uni, c'est dans le sillage du renouveau religieux impulsé par le fondateur du méthodisme, le prédicateur John Wesley que le mouvement anti-esclavagiste prit une ampleur déterminante  en 1774, la publication par Wesley de ses Thoughts on Slavery, encouragea les pasteurs méthodistes à réclamer avec force la disparition de la traite dans leurs sermons

 

 Ainsi, le pasteur James Dore, condamne fermement la traite dans le sermon qu'il prononce à Maze Fond, Southwark, le 30 novembre 1788 . Vous êtes des Hommes, respectez l'humanité. Si vous êtes plus puissants que vos voisins, cela doit-il vous autoriser à les priver de leurs droits ? Vous êtes des Britanniques.

 

 Vous aimez la liberté. Est-il possible d'être britannique et de na pas aimer la liberté . Est-il possible d'aimer la liberté et de ne pas vouloir en même temps toujours qu'elle étende sa douce influence .

 

 Oh , Angleterre, Angleterre, les mots cherchent à décrire les horreurs de ta condamnation. Finalement, vous êtes chrétiens, et comme tels, vous ne pouvez sans crainte justifier la traite.

 

 La loi royale, la première grande maxime de l'Évangile, demande de ne pas faire aux autres ce qu'on ne voudrait pas qu'ils nous fassent. Est-il possible que les pauvres Nègres embrassent joyeusement le christianisme en voyant ce que nous faisons 

 

Premières sociétés abolitionnistes

 

De fait, si les Quakers étaient précurseurs dans cette lutte, c'est avec la première des associations anti-esclavagistes non exclusivement quaker, la Société pour l'abolition de la traite  . Anti-Trade Slavery Society créée en 1787 à Clapham, que le combat abolitionniste prit toute son ampleur dans le monde britannique.

 

 Certains des membres de ce groupe étaient jeunes, comme par exemple Thomas Clarkson ou William Wilberforce, mais d'autres disposaient d'une expérience déjà riche en matière de lutte contre l'esclavage.

 

 Ainsi, à l'occasion de l'affaire James Somerset, Granville Sharp avait obtenu dès 1772 que le le Lord Chief of Justice reconnut qu'aucune loi positive n'autorisait de manière explicite la réduction en esclavage sur le territoire des Iles britanniques, et que dès lors, tout esclave fugitif pouvait, en Grande- Bretagne, réclamer juridiquement avec succès la reconnaissance de sa liberté

 

Réaliste dans ses objectifs, l'Anti-Trade Slavery Society visait, comme son nom l'indique, non à abolir l'esclavage en tant que tel dans les colonies britanniques, mais à en tarir la source en mettant fin à la traite négrière dans le cadre du commerce triangulaire.

 

 Cet abolitionnisme pragmatique  ou graduelliste  ne détournait pas la société de son objectif ultime, à savoir abolir la condition d'esclave elle-même.

 

 Elle espérait simplement réduire ainsi l'efficacité économique du système esclavagiste , en effet, un esclave nouvellement arrivé, peu au fait des réalités du monde dans lequel il était projeté et notamment des rapports de forces entre esclaves et maîtres, était souvent plus docile et facile à contrôler qu'un esclave né au sein de ce système.

 

 Dans ce cadre, en tarissant l'esclavage à la source, on obligerait les maîtres à mieux traiter leurs esclaves puis à les affranchir .

 

 L'augmentation des coûts, alliée aux prévisibles difficultés à renouveler le stock d'esclaves par croît naturel minerait à terme suffisamment le système pour rendre sa réforme indispensable et permettre la disparition en quelque sorte naturelle  de l'esclavage lui-même.

 

La  machine  abolitionniste

 

L'action de l’Anti-Trade Slavery Society , ATSS se manifesta par un travail de mobilisation de l'opinion publique britannique, doublé d'une action politique au sein même du Parlement visant à encourager l'État à mettre un terme légal à la traite.

 

 Le chef d'orchestre de cette efficace mobilisation propagandiste auprès de la population britannique fut le quaker Thomas Clarkson , diffusion d'information, organisation de comités abolitionnistes locaux ou de conférences, et plus largement élaboration d'un argumentaire bien huilé.

 

 Pris comme modèle pendant un demi-siècle par tous les abolitionnistes d'Europe, ce bréviaire de l'anti-esclavagiste réunissait des considérations morales et religieuses à des arguments d'ordre économique ,  l'augmentation de la productivité attendue des affranchis rendraient l'abolition bénéfique d'un point de vue économique pour les planteurs.

 

Il s'agissait en premier lieu de convaincre les interlocuteurs européens de l'humanité des Noirs, pour rendre de ce fait la traite insupportable moralement. De ce point de vue, le sceau de l'ATSS, dessiné par Josiah Wedgwood en avril 1787 puis décliné par William Hackwood sous forme de médaillon, était d'une étonnante efficacité.

 

 Il représentait, à genoux, un esclave Nègre enchaîné interpellant le lecteur . Am I not a man and a brother . Ne suis-je pas un homme et un frère .

 

 Percutant, ce médaillon connut un très grand succès et fut reproduit en de nombreux exemplaires, arboré par les hommes et les femmes de la bonne société britannique et américaine et même recopié, en France, par la Société des amis des Nègres pour établir leur sceau.

 

Thomas Clarkson, n'hésitait pas à faire la chasse aux documents susceptibles de démontrer le caractère intolérable des conditions de la traite, non sans certaines exagérations dans le discours, parfaitement adaptées, cependant, à une Europe de plus en plus portée par la vague du  sentiment .

 

 Ainsi, il enquêta à plusieurs reprises dans le grand port négrier britannique qu'était alors Liverpool, interrogeant les marins et visitant les navires, ce qui n'était d'ailleurs pas sans danger , lors d'une ces visites, il faillit périr noyé au bout d'une jetée d'où l'avaient poussé des marins mécontents.

 

 Il obtint néanmoins en 1788 un document précieux dont il sut faire bon usage pour stigmatiser la traite , les plans du navire négrier Brookes lui permirent d'en faire une représentation parlante par son apparente froideur, susceptible de démontrer que les idées abolitionnistes ne reposaient pas sur de simples préjugés alarmistes à propos de la condition des esclaves, mais bien sur une connaissance précise des réalités de la traite.

 

 En effet, on distinguait sur ce document la place disponible pour chacun des 454 esclaves que pouvaient transporter le navire.

 

 Sur la figure centrale, le choix de superposer les niveaux de captifs, répartis en fait sur plusieurs étages du fait des plate-formes, procurait une impression frappante d'entassement des hommes, d'autant plus insupportable que l'on savait la traversée durer trois mois.

 

 Ce type de document, qui connut du reste un grand succès, illustre la volonté des abolitionnistes d'articuler arguments concrets et chiffrés d'une part, appel à la sensibilité du public d'autre part ,c'est en insistant sur la dimension pathétique de la traite  mais également en s'appuyant sur la présentation froide et rationnelle des preuves pour eux irréfutables la barbarie de la traite , que les abolitionnistes l'ont emporté sur le terrain de la morale .

 

Un important réseau de clubs abolitionnistes provinciaux se développa, largement financé par les quakers, entre 1787 et 1792 Cette mobilisation encouragea en 1788 le Conseil privé de la Couronne à diligenter une enquête sur les conditions de la traite.

 

 L'ATSS multiplia dès lors les campagnes de distribution de tracts, la récolte de témoignages d'esclaves et la mise en avant des atrocités commises à leur encontre

 

On s'appuya ainsi sur la publication du témoignage d'Olaudah Equiano, un ancien esclave calviniste connu sous le nom de baptême de Gustavus Vassa, un des rares livres de témoignage sur la traite vue du côté des Africains déportés.

 

 La sensibilisation et la propagande de l'ATSS trouva son aboutissement dans l'élaboration de pétitions recueillant des centaines de milliers de signatures et régulièrement déposées devant les parlementaires de la Chambre des Communes et des Lords.

 

Dynamique abolitionniste et interdiction de la traite

 

Le principal relais de l'action abolitionniste au niveau parlementaire fut William Wilberforce , 1759-1833, fils d'un riche homme d'affaires et jeune député méthodiste de l'entourage du premier ministre William Pitt.

 

 Il s'était fait connaître par son implication dans la lutte contre le travail des enfants, mais entra dans la postérité pour sa contribution à la lutte abolitionniste.

 

 Confronté à la violente opposition des planteurs, il échoua d'abord en 1788, puis en 1791, à ce que la Chambre des Communes consente à abolir la traite, même si elle accorda en 1788 aux esclaves une réglementation qui leur assurait davantage d'espace sur les navires négriers , Dolben Act.

 

 Par la suite, en 1792, Wilberforce trouva une majorité pour voter une abolition graduelle de la traite à l'exemple de ce qui avait été fait au Danemark, mais la décision fut différée du fait de l'opposition des Lords

 

Les campagnes pétitionnaires se multiplièrent dès lors fortement ,  en 1792, 500 pétitions réunirent 390 000 signatures. Finalement, l'abolition de la traite fut votée le 23 février 1807 lorsque Wilberforce obtint un vote favorable à l'abolition à une large majorité, par 100 voix contre 36 à la chambre haute, 283 contre 6 aux Communes.

 

Obtenir l'abolition de l'esclavage

 

En 1823, la création de la Society for the Mitigation and Gradual Abolition of Slavery, plus connue sous le nom d’Anti-slavery society, marqua le passage vers la revendication de l'abolition graduelle de l'esclavage.

 

 Ce parti pris d'une abolition progressive s'appuyait sur la conviction largement répandue, même au sein du mouvement antiesclavagiste, que les esclaves devaient être préparés à la liberté, notamment par l'apprentissage des principes élémentaires du christianisme , c'était par exemple la conviction de Thomas Clarkson, contre la volonté de William Wilberforce.

 

 L’Anti-slavery society entendait aussi, dans une perspective cette fois plus stratégique, se rallier la part des élites économiques la plus réticente, en laissant la possibilité aux planteurs d'obtenir une période transitoire vers l'organisation du travail libre des esclaves.

 

 Après le retrait de Wilberforce en 1825, Thomas Fowell Buxton fut le principal défenseur de cette position au Parlement.

 

En 1833, le flot des pétitions réclamant l'abolition de l'esclavage devint particulièrement spectaculaire , le gouvernement en reçut cette année-là plus de 5000 réunissant au total plus d'un million et demi de signatures.

 

 Le 28 août 1833, le roi Guillaume IV sanctionna l'Abolition bill voté par le Parlement britannique. Le texte prévoyait une abolition graduelle ,  un délai de sept ans était accordé pour les esclaves des plantations et de cinq ans pour les esclaves domestiques ou urbains. Elle comportait aussi une clause d'indemnisation des propriétaires.

 

 Le 1er janvier 1838, l’émancipation des deux catégories d'esclaves, urbains et agricoles, fut proclamée, avant l'échéance prévue par le texte de 1833 pour les esclaves des plantations.

 

L'abolitionnisme britannique hors du monde britannique

 

Dès 1807, l'interdiction de la traite obtenue pour la Grande-Bretagne, les abolitionnistes britanniques poursuivirent leur travail de propagande pour étendre l'interdiction du commerce triangulaire à l'ensemble des nations.

 

 L'État britannique les soutint et se fit désormais champion de la lutte contre la traite. Les négociations diplomatiques de 1814-1815 consécutives à la chute de Napoléon Ier lui fournirent une occasion précieuse de faire triompher ses vues en ce domaine . 

 

 Le Royaume-Uni obtint ainsi, le 8 février 1815 lors du congrès de Vienne, que les belligérants approuvent une  déclaration sur l'abolition de la traite des Nègres , contraignant ainsi par exemple Louis XVIII à intégrer cette interdiction au droit français, malgré l'opposition persistante des armateurs qui continuaient la traite clandestinement .

 Néanmoins, on en resta largement aux déclarations d'intentions, dans la mesure où les États concernés étaient très réticents à concéder aux Britanniques les moyens d'une lutte effective et coordonnée contre les négriers.

 

 La tentative britannique de prolonger l'effort, lors de la conférence de Londres du 28 août au 22 novembre 1816, pour obtenir l'établissement d'une ligue internationale disposant des moyens de mettre un terme à la traite se heurta à l'opposition des autres puissances.

 

 En fait, ces dernières craignaient qu'un tel système collectif de répression de la traite renforce démesurément une supériorité maritime britannique déjà évidente. De fait, seule la Royal Navy disposait des moyens nécessaire à une telle police des mers .

 

 Compte tenu du déséquilibre entre les flottes britannique et celles des autres puissances, s'engager dans un tel projet, c'était offrir au Royaume-Uni un spectaculaire outil de puissance et au delà céder à un principe attentatoire aux souverainetés et dignités nationales autant qu'au droit maritime international, bien que celui-ci soit encore mal fixé, sous l'espèce du principe mare liberum, la mer libre .

 

 Le zèle britannique était d'autant plus important que la chasse aux bateaux négriers dans laquelle était engagée la Royal Navy lui permettait de s'assurer plus facilement des points d'appuis sur la côte africaine.

 

La volonté de poursuivre le combat abolitionniste hors des frontières du monde britannique, manifeste après l'abolition de la traite en 1807, se maintint après l'obtention d'une législation nationale interdisant l'esclavage en 1833.

 

 La British and foreign anti-slavery society succéda en 1839 à l'Anti-slavery society ,  elle joua un rôle d'expertise, envoyant des émissaires dans le monde entier pour vérifier les conditions d'application des décrets anti-esclavagistes et informer le Parlement britannique des persistances de la traite illégale

 

 Elle tint aussi une place prépondérante au sein du mouvement anti-esclavagiste international, participant même au financement de sociétés étrangères comparables, notamment en France.

 

En France
L'abolition révolutionnaire

 

En France, l'article traite des Nègres  de L’Encyclopédie rédigé en 1766 par Louis de Jaucourt condamne l'esclavage et la traite . Cet achat de Nègres, pour les réduire en esclavage, est un négoce qui viole la religion, la morale, les lois naturelles, et tous les droits de la nature humaine. 

 


Brissot créa en 1788 la Société des amis des Nègres dont l'objectif affirmé était l'interdiction de la traite négrière. Condorcet , Réflexions sur l'esclavage des Nègres réclama un moratoire d'une durée de 70 ans entre la fin de l'esclavage et l'accession des affranchis au statut de citoyen.

 

 Malgré les efforts de ses membres éminents, comme l'abbé Grégoire, la Société des amis des Nègres ne put obtenir l'abolition de l'esclavage auprès de l'Assemblée constituante , c'est au cours de ces débats que le député Barnave s'exclama  le Nègre ne peut croire qu'il est l'égal de l'européen.

 

 Le 4 avril 1792, l'Assemblée nationale décida d'accorder la pleine citoyenneté à tous les libres Nègres. Le 16 pluviôse an II , 4 février 1794, la Convention abolit l'esclavage en avalisant et généralisant la décision unilatérale du commissaire civil à Saint-Domingue, Léger-Félicité Sonthonax, prise le 12 fructidor an I , 29 août 1793.

 

Cette abolition, certes dictée par un humanisme hérité des Lumières, avait aussi comme objet de rallier les esclaves révoltés de Saint-Domingue, face à la double menace royaliste et d'invasion anglaise.

 

 Du reste, cette abolition ne fut pas appliquée dans toutes les possessions françaises d'alors en Martinique par exemple, l'esclavage ne fut pas supprimé. De plus, les affranchis furent toujours contraints au travail obligatoire dans les plantations

 

Le rétablissement napoléonien

 

Par la loi du 20 mai 1802, Napoléon Bonaparte rétablit l'esclavage dans les territoires restitués à la suite du traité d’Amiens. La loi de 1802, si elle ne prévoyait pas le rétablissement de l'esclavage dans toutes les colonies françaises, laissait à travers son article IV toute latitude au gouvernement pour légiférer en faveur de son rétablissement général.

 

En Guadeloupe, en mai 1802, une partie des soldats Nègres se rebella. L'insurrection fut écrasée. On estime que près de 4 000 personnes furent tuées entre mai et décembre 1802, dont un millier de soldats réguliers.

 

 L'esclavage fut progressivement rétabli. Le 17 juillet 1802, Richepance publia un arrêté qui refusait aux Nègres de porter le titre de citoyens, qui replaçait les cultivateurs dans une servitude complète et qui supprimait les salaires aux cultivateurs.

 

 En revanche, l'arrêté consulaire du 16 juillet 1802 ne fut jamais été publié. Le rétablissement légal de l'esclavage fut publié le 14 mai 1803. Le 26 mai 1803, la Guadeloupe revint au régime antérieur à 1789

 

En Guyane, Victor Hugues rétablit l'esclavage par le règlement général du 25 avril 1803.

 

Napoléon Ier, de retour de l'île d'Elbe lors des Cent-Jours, décrèta l'abolition de la traite négrière pour se concilier la Grande-Bretagne. Sa décision fut confirmée par le traité de Paris le 20 novembre 1815 et par une ordonnance de Louis XVIII le 8 janvier 1817. Mais la traite de contrebande se poursuivit malgré les sanctions prévues.

 

Le décret d'abolition de 1848

 

Plusieurs mesures visant à l'abolition de l'esclavage furent prises sous la Monarchie de Juillet ,par exemple, les esclaves reçurent un état civil en 1839, l'esclavage fut supprimé à Mayotte en 1843

 

Victor Schoelcher, nommé dans le Gouvernement provisoire de 1848 sous-secrétaire d'État à la Marine et aux Colonies par le ministre François Arago, contribua à faire adopter le décret sur l'abolition de l'esclavage dans les Colonies.

 

 Le Décret d'abolition du 27 avril, signé par tous les membres du gouvernement parut au Moniteur, le 5 mars. 250 000 esclaves des colonies françaises devaient être émancipés

 

Dans les colonies africaines françaises

 

La loi de 1848 ne s'appliquait cependant pas à l'Algérie, pourtant déclarée la même année partie intégrante de la République. Elle ne prévoyait pas non plus le statut des esclaves présents sur les territoires d'éventuelles nouvelles colonies

 

Saint-Louis du Sénégal et Gorée bénéficièrent de la loi mais toutes les nouvelles possessions africaines postérieures à 1848 furent soumises à un régime particulier, défini par un arrêté de Faidherbe en date du 18 octobre 1855.

 

 Ce dernier stipulait que les possesseurs d'esclaves favorables aux autorités françaises pourraient conserver ceux qui sont désignés sous le qualificatif euphémisé de captifs .

 

 Les récalcitrants se virent imposer la libération de leurs esclaves dont certains furent regroupés à partir de 1887 dans des villages de liberté , qui permettaient à l'administration française de disposer d'une main d'œuvre commode employée aux travaux de construction.

 

 Une grande part du corps des tirailleurs sénégalais provint jusqu'en 1905 d'anciens esclaves affranchis. Le 12 décembre 1905, un décret s'appliquant à l'Afrique occidentale française interdit l'atteinte à la liberté d'un tiers , il prohiba, sans l'évoquer explicitement, la pratique esclavagiste. La tolérance à l'esclavage resta cependant élevée comme en atteste la persistance de l'institution au Mali.

 

En Grande Colombie

 

En Amérique du Sud, les voies de l’abolition furent liées, bien que de manière indirecte, au mouvement indépendantiste. Au début du XIXe siècle, les forces sécessionnistes étaient dans leur grande majorité constituées des élites créoles dont la richesse s’appuyait souvent sur le système esclavagiste.

 

 Les revendications indépendantistes s’accompagnaient dès lors le plus souvent d’une volonté de conservation de l’ordre social , l’abolition décidée en 1794 par les hommes de la Révolution française était encore dans toutes les mémoires.

 

La question était d'autant plus sensible que le Venezuela avait connu dix révoltes d’esclaves notables entre 1770 et 1799 et on estime à 30 000 le nombre de Nègres marrons présents dans le pays à la fin du siècle.

 

 L'identification entre élites esclavagistes et mouvement indépendantiste s'exprime, lors des premiers soulèvement contre le roi d’Espagne, dans le ralliement de nombreux esclaves à la couronne contre les indépendantistes, menés par Simón Bolívar.

 

 En 1815, dans sa  La lettre de Jamaïque  à destination de la Royal Gazette de Kingston, Bolivar tenta de nier, contre toute évidence, la spontanéité du ralliement des esclaves à la cause loyaliste, et dressa de leurs conditions de vie un tableau quasiment idyllique .

 

Bolivar effectua toutefois quelques mois plus tard un virage stratégique à 180° en optant explicitement pour l’abolitionnisme.

 

 Réfugié en Haïti après l’échec de sa campagne de 1815, il négocia avec Alexandre Pétion, le président du pays, son soutien contre l’Espagne en échange de la promesse de la suppression de l’esclavage sur les territoires libérés. Il espérait aussi que ce changement de cap rallierait à sa cause la masse des esclaves dont il promettait l’affranchissement.

 

En 1816, les trois décrets du 2 juin, 6 juillet et 31 décembre 1816 tinrent lieu de concrétisation de cette promesse.

 

 Ils visaient également à grossir les rangs de l’armée d’insurrection , le premier des trois textes subordonnait l’émancipation à l’engagement aux côtés des troupes de Bolivar, le second l’accordait sans condition. Au final, les esclaves tinrent une place importante dans les succès de l’armée indépendantiste.

 

Malgré cette adhésion instrumentale à la cause abolitionniste, Bolivar semble avoir mis tout en œuvre pour faire valider ses décrets devant le Congrès fondateur d’Angostura. Néanmoins, ce dernier, dominé par les propriétaires terriens, n’accéda pas à sa demande.

 

 À l'image d'Oruno Denis Lara, certains historiens ont cependant remis en cause cette sincérité, arguant que Bolivar disposait des moyens de faire plier le Congrès

 

 Plusieurs dispositions juridiques, comme la loi d’affranchissement du 21 juillet 1821, mirent en place des systèmes d’émancipation graduels qui ne s'appliquèrent qu’avec parcimonie sur l'ensemble du territoire de la Grande Colombie.

 

Dans un contexte d’instabilité politique et sociale chronique, le nombre d’esclaves diminua toutefois progressivement ,  au Venezuela, il passa de 87 800 en 1810, à 36 000 en 1836 puis 12 000 en 1854.

 

 Au Venezuela, c’est seulement le 24 mars de l’année 1854 que le président José Gregorio Monagas décréta l’abolition de l’esclavage. En Colombie, il avait été aboli trois ans auparavant, en 1851.

 

Aux États-Unis
Un mouvement précurseur ,les Quakers

 

Le premier abolitionnisme américain, en lien avec la Grande-Bretagne, se développa dans les sociétés Quakers , c'est sous leur influence qu'en 1676 l'assemblée de l'État de Rhode Island refusa la réduction de tout Indien en esclavage et en Pennsylvanie, c'est dès 1688 qu'ils rédigèrent et publièrent la Protestation de Germantown contre toute pratique esclavagiste

 

Cependant, ce n'est qu'en 1758, lors du Yearly Meeting, que les Quakers pennsylvaniens condamnèrent officiellement et collectivement l'esclavage et s'interdirent personnellement de le pratiquer.

 

 De fait, jusqu'aux années 1760-1770, l'abolitionnisme ne constitua pas une conviction partagée par tous les Quakers  à de nombreuses reprises de la fin du XVIIe siècle au milieu du XVIIIe siècle, certains de leurs membres portèrent sans succès des pétitions antiesclavagistes devant les assemblées de leur communauté et en Pennsylvanie il fallut attendre 1780 pour que les derniers membres de la Société des Amis propriétaires d'esclaves se voient contraints de la quitter.

 

 Plus largement dans les treize colonies, l'hostilité à l'esclavage se manifesta jusqu'à cette date surtout en des termes généraux et rhétoriques , malgré le combat militant d'Antoine Benezet, John Woolman ou Benjamin Lay.

 

Les contrastes de la guerre d'Indépendance

 

Durant les années 1770, notamment pendant la guerre d'Indépendance, la voix et l'action des antiesclavagistes se firent plus fortes, établissant parfois un lien entre le sort des Américains voulant s'émanciper de la tutelle anglaise et celui des esclaves .

 

 Plusieurs des intellectuels ou hommes politiques en première ligne lors de ces évènements se manifestèrent par leur volonté de défendre les droits des Nègres, comme l'auteur du Sens commun , 1776 Thomas Paine ou pour réclamer purement et simplement l'abolition de l'esclavage, comme Benjamin Franklin , 1706-1790, qui choisit d'affranchir ses esclaves dès 1772.

 

 D'autres éminents personnages de la Révolution américaine, Virginiens et propriétaires d'esclaves, furent d'abord plus réticents, comme les deux futurs présidents des États- Unis Thomas Jefferson et George Washington, James Madison ou Patrick Henry, qui militèrent cependant en ce sens au Congrès.

 

L'esclavage fut aboli en 1777 dans le Vermont, en 1780 en Pennsylvanie, en 1783 dans le Massachusetts et le New Hampshire. Une loi de 1782 votée en Virginie entraîna la libération de 10 000 Nègres en dix ans.

 

 En 1783, le Maryland interdit l'importation d'esclaves. En 1786, la Caroline du Nord augmenta fortement les droits sur l’importation des esclaves.

 

 L'Ordonnance du Nord-Ouest , 1787 interdit l'esclavage dans le territoire du Nord-Ouest et établit de fait la limite entre les états esclavagistes et les autres sur l'Ohio , en 1793, le seul État à autoriser encore l'importation d'esclaves venus d'Afrique était la Géorgie.

 

Cependant, lorsque la Constitution américaine entra en vigueur le 4 mars 1789, elle ne remit pas en cause l'esclavage pratiqué dans les États du Sud, afin de garantir l'union de la jeune nation. Dans ce cadre, les esclaves furent exclus de la citoyenneté.

 

Cependant, les États du Sud réclamèrent qu'ils soient comptabilisés dans le recensement qui devait permettre la répartition des sièges à la Chambre des représentants.

 

 Cette revendication qui aurait avantagé considérablement les États-Unis du Sud aboutit à un compromis connu sous le nom de clause des trois cinquièmes , elle permettait d'ajouter au total de la population libre des différents États les trois cinquièmes de toutes autres personnes  vivant sur le territoire, c'est-à-dire les esclaves qui, comme dans l'ensemble de la Constitution, ne sont pas désignés explicitement

 

Ambiguïtés et difficultés de l'abolition au XIXe siècle

 

Cependant, la mobilisation des abolitionnistes se poursuivi. Thomas Jefferson obtint en 1807, dans la foulée de l'abolition britannique, que la traite négrière fut interdite officiellement sur le territoire américain à partir du 1er janvier 1808, même si les contrebandiers la poursuivirent clandestinement pendant plusieurs années sans que les autorités des États fissent toujours les efforts nécessaires à son éradication avant la seconde moitié du XIXe siècle , Olivier Pétré-Grenouilleau parle même de collusion .

 

 Les XIXvolumes en jeu furent cependant, dans les années qui suivirent, moins importants que ceux du XVIIIe siècle.

 

 En effet, l'abolition officielle de 1808 intervint à un moment où la production de tabac, tâche principale à laquelle étaient alors attachés les esclaves du sud des États-Unis , notamment dans la baie de Chesapeak, était alors en déclin , les planteurs disposaient donc d'une main-d'œuvre suffisante, voire excédentaire, et la fin des importations ne pouvait que faciliter la revente, sur le marché américain, des esclaves en surnombre .

 

 En outre, le taux d'accroissement naturel des esclaves était, aux États-Unis, particulièrement élevé relativement à ceux employés dans les plantations de canne à sucre de la Caraïbe ou d'Amérique du Sud.

 

Officiellement, la lutte contre la traite restait cependant à l'ordre du jour, et en 1820, une telle pratique fut assimilée légalement par le Congrès à de la piraterie, crime qui pouvait être puni de la peine de mort.

 

 Les réticences restaient cependant fortes, du fait des tensions que la question de l'esclavage entretenait au sein de l'Union entre les États du sud esclavagistes et ceux du nord qui interdisaient une telle pratique sur leur territoire.

 

 Par ailleurs, les visées des États-Unis sur l'île de Cuba, où les plantations fondées sur l'exploitation d'une main-d'œuvre servile originaire d'Afrique se révélaient particulièrement rentables, pouvait incliner à la prudence en matière d'abolition.

 

 En outre, les pressions britanniques pour obtenir le droit de visiter les navires américains soupçonnés de s'adonner illégalement à l' infâme trafic  étaient mal perçues dans un pays jaloux de son indépendance vis-à-vis de l'ancien  colonisateur.

 

 D'où la réticence des États-Unis à s'engager de manière contractuelle en faveur de l'abolitionnisme international, et conséquemment la relative désinvolture avec la laquelle la lutte contre la traite illégale fut menée ,  les croisières de répression ne furent qu'épisodiques au moins jusqu'en 1842 et le plus souvent menées par des commandants issus d'États du sud, eux-mêmes propriétaires d'esclaves.

 

 Du reste, notamment à Baltimore, les États-Unis fabriquaient à destination des négriers des navires fins et rapides forts appréciés, pouvaient ponctuellement servir de base de repli pour certains négriers ibériques , voire auraient peut-être vu accordées par des banques américaines  des facilités bancaires et financières pour les opérations de la traite illégale .

 

L'ambiguïté du compromis constitutionnel de 1787 ne fut pas levé en matière de traites négrières avant le déclenchement de la guerre de Sécession, qui obligea les États confédérés à y mettre fin pour obtenir le soutien du Royaume-Uni contre les États du nord.

 

 La question esclavagiste , mais non celle de l'intégration des Nègres dans la communauté nationale fut finalement définitivement réglée à l'issue de ce conflit, lorsque la victoire de l'Union permit en 1865 l'extension l'ensemble des États-Unis de l'abolition de l'esclavage proclamée par Abraham Lincoln le 1er janvier 1863.

 

 Ce texte devint ainsi le 13 décembre 1865 le treizième amendement de la Constitution fédérale. À cette même date, le Ku Klux Klan était fondé dans le Tennessee.

 

Conséquences de l'abolition
La traite des asiatiques et l’engagisme

Pour remplacer les esclaves, les planteurs firent appel à des engagés volontaires  d'origine asiatique, indienne notamment, voire locale , aux Comores.

 

 Cette pratique dégénéra très rapidement en une forme d'exploitation, la clause de retour du contrat des coolies ne fut notamment pas respectée à l'issue de leur période d'engagement et beaucoup durent rester sur place car il n'avaient pas été rémunérés suffisamment pour pouvoir payer le trajet retour.

 

Colonisation de l'Afrique

 

La lutte contre l'esclavage permit aux puissances coloniales de justifier leur pénétration du continent africain.

 

 Le Royaume-Uni, pointe avancée de l'abolitionnisme en Europe dès lors qu'il avait choisi d'interdire la traite dans les territoires qu'il contrôlait, signa, entre 1807 et 1840, une trentaine de traités avec d'autres États européens et des royautés africaines pour tarir les sources d'approvisionnement des négriers.

 

 La lutte contre les négriers entraîna ainsi le développement de relations toujours plus étroites entre les Européens et les souverains africains, tout comme une présence toujours plus grande des marines britanniques et françaises sur les côtes africaines pour débusquer les sites et navires négriers, notamment portugais, qui poursuivaient clandestinement la traite à destination du Brésil.

 

En outre, les abolitionnistes européens, tout au souci de fournir une activité alternative au commerce des esclaves aux communautés africaines qui en vivaient pour une part depuis deux siècles, cherchèrent à établir avec elles des relations commerciales  classiques , comme l'illustre bien les propos de l'abolitionniste britannique Thomas Fowell Buxton en 1840

 

  Rien ne m'ôtera la ferme conviction que l'Afrique peut trouver dans ses ressources propres de quoi compenser largement la perte du commerce des esclaves.

 

 Un commerce légitime ferait tomber le commerce des esclaves en démontrant combien la valeur de l'homme, ouvrier agricole, l'emporte sur celle de l'homme marchandise , conduit d'après des principes de sagesse et d'équité, ce commerce pourrait être le précieux ou plutôt le fidèle ministre de la civilisation, de la paix et du christianisme .

 

 Comme le montre le propos de Buxton, cette pénétration commerciale s'accompagnait de visées missionnaires. La London Missionary Society, créée dans ce but en 1795 envoya ses premiers missionnaires en Sierra Leone dès 1797.

 

 Les activités missionnaires se multiplièrent sur les côtes dans le premier tiers du XIXe siècle, puis à l'intérieur des terres à partir de 1840.

 

 L'expédition sur le fleuve Niger entreprise par Buxton en 1840 illustre bien le caractère entremêlé, dans un but avant tout abolitionniste et  civilisateur , de l'élan missionnaire et de visées scientifiques et commerciales dans le cadre d'une théorie économique coloniale

 

Même si tous les Européens à intervenir auprès des Africains pour des raisons publiquement philanthropiques ne se caractérisaient pas nécessairement par le caractère très pur de leurs intentions, la bonne foi de nombreux abolitionnistes qui, par leurs initiatives, ouvrirent la voie à la ruée des grandes puissances européennes dans le dernier tiers du XIXe pour s'accaparer le maximum de territoires et de richesses sur le continent africain doit être soulignée.

 

 Il est à cet égard symptomatique que la conférence de Berlin de 1884, réunie pour fixer les règles du jeu colonial en Afrique, réaffirme avec force, dans les articles 6 et 9 de son Acte final, la condamnation, par les Européens, de la traite et de l'esclavage qu'ils avaient pratiqué pendant deux siècles et demi, ainsi que leur volonté d'accorder leur protection aux entreprises philantropiques, scientifiques et chrétiennes appelées à concourir à cette œuvre dite de civilisation .

 

Par ailleurs, outre la dimension morale de la lutte contre les traites orientales et internes au continent africain, la mobilisation antiesclavagiste se justifiait économiquement dans le cadre de l'expansion du colonialisme en Afrique, dans la mesure où la pratique des razzias et de la traite négrière pouvaient être cause d'insécurité et d'appauvrissement de territoires colonisés encore imparfaitement contrôlés.

 

La traite contre laquelle les attendus de la conférence de Berlin s'élevaient était celle assurée par les marchands arabes à destination des pays d'Orient. Face à cette traite,  rendue possible par un esclavage domestique africain qui d'ailleurs avait déjà rendue possible la traite occidentale

 

  Cette fois l'Église catholique se retrouva elle aussi à la pointe du combat, représentée notamment par l'évêque d'Alger  Charles Lavigerie. Les protestants restèrent eux à l'écart, considérant que la traite orientale disparaîtrait en même temps que l'esclavage domestique africain, lorsque les actions humanitaires et évangélisatrices menées auraient porté tous leurs fruits

 

Le fait que le combat abolitionniste ait facilité le développement de la domination occidentale sur l'Afrique via le colonialisme est acquis Mais les individus luttant pour la disparition de la traite, guidés par des principes évangéliques , en Grande-Bretagne ou inspirés par la mystique des Droits de l'homme , en France étaient-ils conscients qu'ils ne faisaient que substituer un mode de domination à un autre 

 

Ont ils délibérément choisi de sophistiquer, sans l'abattre, un système de domination de l'homme par l'homme. D'après Jean-François Zorn, ni naïfs, ni cyniques, les abolitionnistes ne pouvaient espérer objectivement mettre fin à la domination de l'Occident sur ces territoires et ces populations.

 

 Dès lors que le combat abolitionniste était le fait des anciens oppresseurs et que ceux-ci s'abstenaient de quitter le territoire africain, il ne pouvait qu'ouvrir la voie à de nouvelles formes de domination compte tenu du déséquilibre considérable entre les deux ensembles, aussi bien d'un point de vue économique que militaire et diplomatique.

 

 En transformant l'homme-marchandise en homme marchand, les Occidentaux ont intégré les peuples africains et d'autres peuples non occidentaux dans le marché mondial dont ils étaient les maîtres.

 

 C'est pourquoi l'analyse des phénomènes actuels de recolonisation, de sous- développement et d'appauvrissement peut être située dans la stricte continuité de phénomènes plus anciens et permanents .

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