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 Le blog de Léonce Lebrun

Drôle de monde dans lequel nous vivons, un monde  où la Démocratie, ne fait pas bon ménage avec l’éthique et la déontologie, il suffit pour une chapelle de ramasser la mise, que dis-je le pactole du Palais Bourbon ave à peine 20% du corps électoral...

Car Il a fallu la maladresse d’un courant, et une chance extraordinaire, pour  rétablir la Bourgeoisie dans toute sa splendeur, sous couvert d’une habile monarchie républicaine.

Oui mais dans tout ce climat idyllique, il y a une masse qui attend son heure pour renverser la table, par tous les moyens, y compris un remake à la mode de la Commune de Paris (1871) alors là, il n’y aura pas de Versaillais pour sauver la mise, car l’Histoire m’a appris qu’on avait toujours tort d’abuser du peuple,...dure sera la chute... 

Au revoir Monsieur François Mitterrand

 

Le temps qui passe, mais le souvenir qui demeure vivace, vaincu, vous partiez en paria, vainqueur, vous avez récolté les lauriers de la gloire, nous quittant en héros.

C'est une loi éternelle, dont chacun doit en mesurer l'immense portée au titre de son action au quotidien, et tout ça parce que vous avez su laisser le temps au temps, bravo !

Et maintenant que vous êtes parti, pour un Caraïbéen, que dois-je retenir de votre passage ?

Paris, nous sommes le 21 mai 1981, c'est un grand jour, le jour de votre investiture à la Présidence de la République Française.

La foule plus que joyeuse remonte avec vous la rue Soufflot.

Tout à coup, suivant le protocole, elle s'arrête devant le Panthéon, immense mausolée, où reposent pour l'éternité, les grands hommes de votre pays.

Dans un silence impressionnant, vous vous détachez et entrez dans le monument, trois roses à la main.

Coup de théâtre, vous déposez l'une d'elle sur le catafalque de " V.S. "

C'est le grand étonnement en France, qui est cet homme dont vos compatriotes ignorent le parcours, à part quelques initiés.

Je m'empresse de préciser n'avoir aucun culte particulier pour "S.", ce grand bourgeois humaniste du XIXe siècle.

Né en Caraïbe, originaire de la Martinique, en effet, je fais partie de celles et ceux, peu nombreux hélas, qui croient que la liberté a été arrachée, d'abord et avant tout par ces femmes et ces hommes qui décidèrent de briser leurs chaînes.

Que chacun ait en mémoire les durs combats de Saint-Pierre, Carbet, Prêcheur et autres.

Néanmoins par ce geste de vingt secondes vous aviez levé un coin du voile sur l'Histoire de votre pays, la France.

Une Histoire ignorée par l'immense majorité des Français.

Une Histoire cachée aux peuples de :
- la Guyane
- la Martinique
- la Réunion
- la Guadeloupe,

une Histoire au titre de laquelle pendant de longs siècles, des enfants, des femmes et des hommes de race Nègre ont été réduits à la servilité et à l'ignominie par le jeu de
l'Esclavage et du Colonialismehier, par l'assimilation, l'intégration et la francophonie aujourd'hui.

Bref, en ce jour du 21 mai 1981, vous aviez restauré le devoir de mémoire pour mes ancêtres, ces nègres marrons.

Par ce geste, j'ai compris que mon choix du 10 mai 1981 n'avait pas été usurpé, quelle qu'ait pu être votre politique pour l'avenir.

Mais du passé, parlons-en…

De passage à Lyon en décembre 1972, dans le cadre de la campagne électorale pour les élections législatives de mars 1973, cher Monsieur Mitterrand, vous m'accordiez cinq minutes de votre précieux temps, au cours duquel l'entretien porta sur l'évolution du statut des territoires de :
- la Guadeloupe,
- la Réunion,
- la Martinique,
- la Guyane.

Vous me renvoyez à juste titre au programme commun de l'Union de la Gauche, fraîchement signé, qui prévoyait précisément dans ses dispositions qu'en cas de victoire des partis signataires, communiste, socialiste et radicaux de gauche, les peuples concernés :
- Guyanais,
- Martiniquais,
- Guadeloupéens,
- Réunionnais,

se prononceraient sur leur destin par voie d'autodétermination.

Cette perspective était pour moi, vous vous êtes rendu compte, plus que grandiose.

Des pays souverains avec :
- nos institutions propres,
- notre drapeau,
- notre hymne,
- notre diplomatie,
le pied collectif quoi !

Hélas, par un matin de septembre 1977, le programme commun sombrait, à cause de quelques nationalisations de plus ou de moins, provoquant l'amertume du peuple de gauche et entraînant dans sa chute mes illusions nationalistes à moyen terme.

Qu'à cela ne tienne, vous étiez fondamentalement persuadé de la nécessité de faire bouger les structures politiques dans nos pays respectifs, permettant aux élus compétents d'assumer leurs responsabilités sans en référer à Paris.

Ainsi, dès votre arrivée à l'Elysée en mai 1981, vous demandiez au ministre concerné de la rue Oudinot, de proposer au Gouvernement d'alors, une réforme qui soit de nature à nous donner partiellement satisfaction, tout au moins au niveau du principe.

Ce fut chose faite avec la loi portant création d'une Assemblée Unique pour :
- la Guyane,
- la Réunion,
- la Martinique,
- la Guadeloupe,

élue au suffrage universel pour remplacer les Conseils généraux et régionaux devenus obsolètes en la circonstance.

Observateurs attentifs, nous savions que cette nouvelle disposition marquait un tournant de l'Etat Français au regard de ses relations avec les quatre pays concernés, leur permettant d'évoluer dans la paix civile, vers plus de liberté et de responsabilité.

Mais le sort en décida autrement, car le texte adopté majoritairement par le Parlement fut censuré au Conseil Constitutionnel sur saisine de l'opposition de droite.

Que le ciel me fut sombre, en ce jour d'automne 1982.

Mais le Combat continue.

Par-delà les aléas du quotidien, aventure sans lendemain, amours déçus, environnement médiocre, échecs de toute nature, pour les uns et les autres, vous nous avez appris qu'un homme responsable se devait d'avoir une vision et laisser le temps au temps pour gagner…

Une certaine vision pour les siens, son peuple, sa race, son pays…

Précisément, une certaine vision pour mon pays, cette terre intégrante de la Caraïbe

Pour mon peuple, peuple chéri, un peuple qui a tant souffert au cours des siècles, dont les enfants écrasés mentalement aujourd'hui, éprouvent mille difficultés à épouser l'ère de la souveraineté, mais néanmoins un peuple fier qui sortira vainqueur, j'en ai la certitude.

Au revoir donc, Monsieur Mitterrand, rendez-vous étant bien pris, pour d'autres combats sans doute, sous d'autres cieux, certainement.

En attendant, viendra le temps où, votre pays la France, devra d'une façon incontournable, s'engager dans la voie de la négociation, afin d'éviter aux miens, les affres de la lutte armée pour la Liberté et la Souveraineté

https://www.youtube.com/watch?v=FGqMMpMkKXs

Léonce Lebrun

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